Un magnifique soleil embrasait le ciel. Assis au milieu de son château, mon fils narguait son assaillant, en brandissant râteau et pelle. Dans cette bataille inégale, les vagues prenaient d’assaut la forteresse de sable.
Je me retournais vers Claire, et l’embrassais. Elle me prit dans ses bras. Le bruit des vagues était reposant. Nous étions bien.
Je décidais de jeter un coup d’œil sur mon fils, le château était vide. Je regardais autour de moi. Il n’était nulle part sur la plage. Mon regard fut subitement attiré par des mouvements dans l’eau. Je vis un bras qui en sortait. Une indicible panique m’envahis, je voulus bondir pour sauver mon fils, mais quelque chose clochait, j’avais beau vouloir essayer de me lever, impossible, j’étais comme collé sur le sable. J’hurlais comme un fou, avec comme seul espoir, de voir ma voix se déplacer à ma place, pour le sauver.
- NICOLAS...NICOLAS !...NOOOOONNN !
- FRANCK…FRANCK... FRANCK, REVEILLE-TOI !
J’ouvrais subitement les yeux, et fixait le plafond. Ma tête me faisait affreusement mal. J’entendais les battements de mon cœur dans mes tempes.
- Cela n’a pas l’air d’aller, me dit Ellie.
- Oui… non…Bon dieu… j’ai mal au crâne, ma tête va exploser… ça va passer.
- Tu es sûr ? Ajouta-elle.
- Ne t’inquiète pas pour moi, ça va aller.
Je me levais de mon lit et me dirigeais tel un robot dans la salle d’eau pour me mettre la tête sous l’eau.
- Je te rejoins dans cinq minutes.
- Très bien, me dit-elle. Je t’attends dehors.
L’eau froide ruisselait sur mon visage, me procurant ainsi un réel mais provisoire soulagement.
Il était environ six heures du matin, nos deux paquetages étaient prêts. Ellie n’était pas d’humeur bavarde. Moi non plus d’ailleurs.
Le soleil commençait à se profiler à l’horizon. Tout à coup, mon regard fut attiré par deux points lumineux dans le ciel, d’ailleurs assez proches l’un de l’autre.
Me voyant scruter le ciel, Ellie me dit :
- Le point le plus lumineux c’est Vénus, l’autre à droite c’est Jupiter.
Je me contentais de hocher la tête en guise de réponse.
Sandra était là aussi, pour nous souhaiter bon voyage. En revanche, aucune trace de Julius depuis hier soir. Il avait certainement dû passer la nuit chez Lucie. Quelques instants plus tard, nous vîmes arriver vers nous ; Trelkovsky accompagner d’un garde. Une fois à notre hauteur, il nous dit :
- Vous voilà prêt pour le départ (Il tourna la tête à droite et à gauche) où est Julius ?
- Il a préféré rester au village.
- Ah ! fit-il. Puis il ajouta ; Je serais bien venu avec vous, mais comme vous le savez ma jambe me joue des tours en ce moment, et j’avoue que je commence à être un peu vieux pour ce genre de balades. (Il marqua une pause). J’ai discuté avec Eric hier soir, il n’est pas d’accord pour qu’un de nos gardes vous accompagne. Je lui ai expliqué que cela pourrait être bénéfique pour nous, de pouvoir ramener un peu de matériel de votre abri. Il n’y a rien eu à faire. Il veut tous ces gardes de disponibles.
- Je croyais que c’était vous le chef de ce village, rétorqua Ellie.
Trelkovsky paru vexé par cette remarque.
- OUI ! En effet je suis le chef de ce village, mais comme vous le savez, Eric est le chef des gardes, et à ce sujet je lui fais une entière confiance.
Il s’interrompit, et grata sa jambe nerveusement. Puis il reprit :
- Hier après-midi, un de nos éclaireurs aurait vu un groupe important de parasites se diriger vers notre cité. Vous comprenez maintenant pourquoi et malgré l’attrait de ramener du matériel de l’abri, nous ne pouvons vous prêter un de nos gars. De toute façon, quand vous serez de retour avec vos amis, nous organiserons certainement une expédition là-bas, si toutefois nous ne sommes pas encore emmerdés par ces foutus cannibales. (Il tourna sa tête vers moi) Essayez tout de même de ramener un peu de matériel avec vous Franck, nous manquons cruellement de certains produits.
Le toubib mit la main dans sa poche, en ressortit une petite liste griffonnée sur un bout de papier, il l’examina quelques secondes, puis il me la tendit, avec une petite boîte.
- C’est quoi cette boîte, lui demandais-je.
- Ce sont des médicaments pour votre migraine. Allez-y doucement avec, ils sont très efficaces.
Sandra acquiesça d’un signe de la tête les propos du toubib.
- Ok ! Merci. En ce qui concerne votre liste, je vais essayer. Je ferais le point avec nos collègues de l’abri.
- S’ils sont encore en vie, répliqua Julius qui venait d’arriver.
- Ah te voila ! Tu viens nous dire au revoir, dit Ellie, sur un ton pour le moins furieux.
Je posai en signe d’apaisement ma main sur son bras.
- Je voulais juste vous souhaiter bonne route, répondit-il, mais je vois que je gène.
La discussion commençait franchement à s’éterniser. Je regardais ma montre.
" Huit heures"
- Trêve de bavardage, il est temps de partir. Allons-y Ellie. Si tout va pour le mieux, nous serons de retour dans un jour ou deux. Je pris Sandra dans mes bras, puis, nous amorçâmes notre marche.
Quelques minutes plus tard la route des dents du Lanfon était derrière nous. Nous étions sortis du village et empruntions à présent la D216.
Nous marchions vite, et échangions peu de mots. Ma migraine s'était légèrement calmée, mais revenait de plus belle dès que je basculais la tête en avant. Nous passâmes dans un petit hameau composé de quelques maisons. Elles étaient toutes effondrées et envahies pour la plupart par la végétation. Quelques bruits provenant de l'intérieur d'une bâtisse nous firent sursauter.
- Probablement un chien s'exclama Ellie.
Effectivement, quelques instants après, nous vîmes un clébard partir en courant, comme si celui-ci avait le diable au fesse.
Au fur et à mesure de notre progression, Ellie marchait de moins en moins vite, m’obligeant à m'arrêter fréquemment pour l'attendre.
Au bout de deux kilomètres :
- Franck !...Attends une minute, j'ai un point de côté, il faut que je me repose.
Je me retournais et vint m'asseoir près d'elle. Mon regard fut subitement attiré par une petite tache rouge qui imbibait légèrement son tee-shirt à l'endroit de sa blessure.
- Je crois qu'il n'est pas raisonnable que tu continues. Ta plaie commence à se rouvrir.
- Mais, je...
- Retournons au village, déclarai-je sur un ton catégorique.
- Entendu, répondit Ellie sans me regarder.
Nous fîmes demi-tour. Notre progression était lente. Une heure plus tard nous arrivâmes enfin au village. Il était temps, Ellie commençait à être blanche comme un linge. Arrivé devant la maison à Sandra, je vis Trelkovsky exactement à la même place ou je l'avais laissé, Il était en pleine discussion avec Sandra et trois autres personnes. A notre vue, il s'interrompit, et accourut aussitôt vers Ellie.
- Je vous la laisse, lui dis-je.
- Ok Franck, soyez prudent.
Sans autre explication je repris à nouveau le chemin vers la D216, longeant la montagne de Lachat. J’étais à nouveau seul.
Ma progression s'effectuait sans trop de problèmes, le calme environnant était parfois entrecoupé de quelques aboiements lointains, probablement des chiens errants, comme au hameau toute à l'heure, mais rien de bien inquiétant. D’ici, j’avais une vue imprenable sur le Mont Veyne. Un peu plus tard j'atteignais enfin le pont de Dingy enjambant la rivière du Fier. A peine arrivé sur le pont, je pris mon arme dans les mains, prêt à l’utiliser à la moindre incartade.
Une fois le pont franchi :
- Ah ! Voila la D16
Le long ruban de bitume crevassé et désert, formait quelques lacets. Par endroit, la route était parsemée de véhicules divers, mangés pour la plupart par la rouille.
Les coffres des voitures étaient tous ouverts ; vestiges d’anciens pillages. Par curiosité ou par réflexe je ne saurais le dire, je jetais un coup d'œil à l’intérieur dans l'espoir d y trouver je ne sais quelle saleté. Par endroit quelques arbustes commençaient à envahir la chaussée. Machinalement je levais la tête pour y inspecter la cime des plus gros arbres environnant, qui pour certains auraient pus faire d'excellentes tours de gués. Un besoin naturel m'obligea à m'arrêter quelques instants. A peine j'avais repris ma marche, j'entendis un craquement suspect sur ma droite, ce qui est sur c'est qu’il ne s’agissait pas d’un bruit naturel. On aurait dit des bruits de pas. Et je vis...
Une silhouette sombre et massive se dessinait très distinctement du vert de la foret : deux bras ; deux jambes ; une taille respectable, à vue de nez dans les deux mètres. Cette créature, appelons ça comme ça, avait l’air de me suivre, depuis combien de temps ? Bizarrement, elle restait à une bonne distance de moi. Elle n'avait apparemment pas l'intention de m'attaquer, et se contentait simplement de m’observer.
"Qu'est-ce que tu me veux à la fin. Qu'est-ce que tu veux"
Elle se contentait simplement de me suivre. Au fur et à mesure de ma progression, ma crainte s'estompait peu à peu pour faire place progressivement à de la curiosité. Je m’arrêtais à mon tour pour voir sa réaction. Elle s’arrêta à son tour. Je n’arrivais toujours pas à la voir distinctement, elle restait cachée en lisière de forêt.
"Allez ! Montre-toi " Me disais-je mentalement.
Ce jeu de chat et de la souris (Je suppose que je devais être la souris) devenait intolérable, savoir que j’étais suivi sans savoir par qui ou quoi. Je pivotais et m’avançais à pas lent l’arme à la main vers cette créature. Celle-ci fit aussitôt demi-tour et disparu dans l’obscurité de la forêt.
- Merde ! Pas question que je rentre là-dedans pour la suivre. De là que ça soit un piège à con.
La forêt redevint silencieuse. Je repris ma marche avec tout de même une certaine appréhension. Qui ne le serait pas dans ces circonstances.
A présent, une longue ligne droite se profilait devant moi en direction d’Alex. Cette fois-ci je ne m’y rendais pas, et prenais à droite en direction du village de Villard.
- Plus que quatre kilomètres et je suis arrivé.
Je fis une petite pause casse-croûte à l’intérieur d’une vieille bâtisse en ruine qui avait de nombreuses ouvertures, idéal si je devais fuir.
J'étais assis au premier étage, sur un banc en bois.
De ma position, j'avais une vue excellente sur les environs. La forêt envahissait peu à peu les ruines du village. Un chien probablement attiré par l'odeur de la nourriture, fit soudain irruption dans la maison, avança vers moi en reniflant, et s'immobilisa en bas de l'escalier, puis, il s'assit sur ses pattes de derrière en faisant ressortir sa langue. Il n'avait pas l'air agressif. On aurait dit qu'il attendait quelque chose.
- Que veux tu, toi le chien ? (Je lui montrais mon bout de viande séché) C'est ça que tu veux ?
A la vue du morceau, le clébard bavait de plus belle. Je lui lançai, il l'attrapa en plein vol, et l'emporta dans un coin sombre de la pièce pour le manger.
- Quelle idée m'a prit de lui donner à manger. Maintenant, tous les chiens du quartier vont rappliquer, et j'ai bien peur que cela finisse comme à Alex (Voir chapitre 20). Mon mal de tête avait reprit de plus belle. Je fouillais dans mes poches et avalais le médicament que m’avait donné Trelkovsky. Au bout de quelques minutes celui-ci faisait son effet. Je me sentais beaucoup mieux à présent, mais tout de même très somnolent.
- Rudement efficace ce truc là.
" J’ai envie de dormir… "
- Ouaf ! Ouaf !
Je me réveillais en sursaut, et regardais ma montre.
- Merde ! Cinq heures.
Je n’avais plus mes migraines, c’était déjà ça. Je décidais de ne pas moisir ici. Le chien était toujours en bas à la même place. Il m’observait. Cette situation étrange, me rappela un souvenir de jeunesse*.
Je descendais lentement les marches, prêt à faire feu à la moindre agression.
" C’est drôles que cet animal ne m’a pas attaqué pendant mon sommeil "
A ma vue, le chien leva la tête et ne montra pas ses crocs. Au contraire, il se leva et commença à me suivre.
- Tire-toi, le chien... dégage... allez, barre-toi !
Rien à faire, il n'avait pas l'air de vouloir partir. Je me glissai au-dehors et suivis le sentier d'un pas rapide en direction de la montagne. Le chien était derrière, et continuait de me suivre. Je n était pas spécialiste en races canines, mais celui-ci ressemblait beaucoup à une sorte de Boxer. Il était de couleur marron et avait la truffe et le museau noir.
Contrairement à certains Boxer qui ont les oreilles droites comme des « i » celui-ci les avaient pendantes. Tout en marchant, je me demandais pourquoi cet animal était seul.
" Ils ne sont jamais seuls. Ils sont toujours en meutes "
" Et moi, je suis bien seul. Pourquoi pas lui "
Je m’arrêtais, et me mis accroupi. (J’avais ma main gauche sur le manche de mon couteau).
- Viens le chien... approche, je ne vais pas te faire de mal.
L’animal s’arrêta un instant, puis il se remit sur ses pattes, et s’approcha de moi. Ses muscles étaient saillants, je sentais de la puissance dans cette bête. Je tendis lentement ma main, il la renifla et la lécha. L’odeur de la viande présente encore sur ma main, y était sûrement pour quelque chose. Ce qui était sûr, c’est qu’il n’avait apparemment pas l’intention de me lâcher. Sans réfléchir un seul instant, je lui posai la main sur son crâne, et lui fit une petite caresse amicale. Il ne broncha pas, et paru même apprécier le geste.
- T’es un tendre brutal, c’est ça le chien ? Allez ! Continuons, nous sommes presque arrivés. Je vais réfléchir à ce que je vais bien pouvoir faire de toi.
A ma grande surprise le chien parut comprendre ce que je venais de dire, et il se mit à aboyer.
- Hé ! Tais-toi sale cabot, tu vas nous faire repérer.
Maintenant que j’y pense, je crois bien que ce n’était pas moi qui l’avait adopté, mais lui. Quoi qu’il en soit, je dois reconnaître que sa présence me rassurait. Surtout pour ce qui était de flairer les ennemis potentiels.
- Gentil chien.
Oui ! Je l’aimais bien.
Je poursuivis mon chemin sur la route érodée qui commençait à s’enfoncer dans la forêt s’étendant à perte de vue. Un petit vent venait de se lever, faisant danser la cime des arbres les plus hauts. Je n’étais plus qu’à une centaine de mètres de l’abri 15.
Une petite trouée dans les arbres me fit machinalement lever la tête. Le ciel virait au gris, il allait certainement pleuvoir.
Photo que j'ai prise à l'endroit ou se situe l'histoire.
- Saleté de temps.
La route débouchait sur une toute petite clairière. Je pouvais discerner au loin la porte de l’abri par laquelle nous étions sortis mes amis et moi. Soudain, je vis le chien se figer comme une statue. Il venait de renifler quelque chose vers l’Est.
- Tu as vu quelque chose ?
L'animal ne bougeait pas. Une poignée de secondes plus tard, je vis trois types armés suivis d’une fille, surgir dans la clairière. L’espace d’un instant je crus apercevoir Valérie Rivière. Par prudence, je me jetais immédiatement au sol. Fort heureusement mon corps était dissimulé par de hautes herbes. Je cherchais le chien, mais celui-ci avait disparu de mon champ de vision. J’apercevais à travers les herbes, un type une corde à la main, en train de tirer une femme.
" Mais ! C’est bien Valérie… Merde ! "
Par chance, le vent venait de la bonne direction, je pouvais entendre des bribes de conversations parvenant de ces individus. Le type qui tenait la corde s’adressait à Valérie :
- Allez ! Avance, j’en ai marre de te traîner.
D’autres voix :
-... Si tu me racontes des conneries, j’te descends, c’est compris.
- C’est par là, je vous jure. Pitié ne me…
- Ferme là ! Ou tu finis comme…
- Francis ! Regarde, il y a quelque chose là-bas, je crois...
- Ouais, t’a raison... (Inaudible)... porte métallique, viens... (Inaudible)
- Fred tu gardes la fille, Mike et moi allons jeter un coup d’œil.
- Et pour le gars à l’intérieur ?
- Je le bute quelle question.
- NOOOONNN ! Hurla la voix de Valérie, vous m’aviez promis que vous ne lui feriez rien.
- Tu es bien naïve jeune fille. Estime-toi heureuse d’être encore en vie.
- Pour le moment, dit une autre voix en ricanant.
- Ouais t’a raison Fred, mais avant j’veux encore m’amuser un peu avec elle.
J’entendais pleurer. Puis les voix reprirent :
- Mike !
- Ouais chef !
- Passe-moi la clé de cet abri.
Autre silence…
De nouveau une voix :
- Maintenant tu me files le code d’accès.
J’entendis un bruit de coup.
- C’est le 21051890 dit-elle en hurlant de rage.
Un autre bruit de coup.
- Parfais, allons-y.
Je regardais à nouveau entre les herbes.
" A droite ; deux types se dirigeant vers l’entrée de l’abri. L’autre salopard est à gauche avec Valérie "
- Il faut que je fasse quelque chose. Dis-je à voix basse. S’ils pénètrent dans l’abri s’en est fini. Je suis sûr que ces ordures vont la tuer juste après avoir ouvert le sas.
Il fallait que je trouve une solution, et vite
- Psst ! Le chien ?
Pas de réponse.
- Mais ou est passé cet animal.
" Ils sont trois, et armés. Si je me montre comme ça, ils me descendent aussi sec. De toute façon ils sont trop loin, je n'arriverais pas à les avoir tous les trois. J'aurais peut être le temps d'en blesser un, mais les deux autres, ils vont m'avoir c'est sûr. Et puis c’est trop risqué avec Valérie à côté. Il faut qu'ils soient plus près de moi "
Les trois lascars n’étaient à présent plus qu’à quelques mètres de la porte. Mon cerveau tournait à plein régime. Une idée totalement délirante venait de me traverser l'esprit.
" Je suis complètement cinglé "
Quelques secondes après, je me mettais lentement debout en laissant mon arme à terre de telle façon que je puisse l’utiliser très rapidement. Les trois types se retournèrent aussitôt, et restèrent bouches bées en me voyant. Je ne voyais par Valérie. Peut être était-elle allongée sur le sol ; blessée, ou pire encore.
- Ne tirez pas ! Leurs dis-je, en levant lentement les bras au ciel, sur un ton volontairement candide.
- Le plus grand des types parla (sûrement leur chef) :
- Mais ! Qu'est-ce que tu fous à poil, du con. (Les deux autres étaient hilares).
Le chef s’adressa à un de ses sbires :
- Fred tu ne bouges pas, tu restes avec la fille. Mike, viens avec moi, allons voir cet abruti de plus près.
" Venez bande de fumiers."**
Ils commençaient à s'approcher. Tout en marchant, le chef s’adressa de nouveau à moi.
- Je t'ai posé une question du con. Qu'est-ce que tu fais là ?
Ils s'approchaient toujours.
- Voila... je suis avec ma copine, m’exclamais-je, nous étions en train de... enfin… vous voyez ?
- Elle est où ta copine, dit-il, en tournant sa tête dans tous les sens ?
Les deux types n'étaient plus qu'à cinq mètres de moi.
- Elle est allongée par terre, elle à peur, elle n'ose pas se lever.
- Ah oui, elle à peur. ET TOI LA FILLE MET TOI DEBOUT COMPRIS.
- Elle est… toute nue ! Rajoutais-je.
A ces mots, celui qui s’appelait Mike se mit à fantasmer à voix haute.
- FERME-LA ! Mike, répliqua son chef. (Il se retourna à nouveau vers moi) DEBOUT ! T’AS COMPRIS.
Ils se rapprochèrent encore de quelques pas. Et se trouvaient maintenant à bonne distance de tir.
"Je ne peux pas les rater à cette distance, sinon je suis mort"
Ne vous énervez pas, je vais l'aider à se lever.
Le chef se gratta le menton.
- Pourquoi tu veux l'aider, dit-il incrédule.
- Pour ça !
Avant qu'ils lèvent leurs armes sur moi, je pris la mienne à une vitesse fulgurante et fis feu aussitôt sur les deux types. Ils s'écroulèrent sur le sol dans une gerbe de sang. Le troisième type lâcha la corde et courut se mettre à couvert. Au même moment je vis le chien lui sauter à la gorge. Le type se mit à hurler de douleur et tomba à son tour par terre. Je courus comme un forcené mon arme à la main en direction du bandit à terre. Arrivé près de lui, je vis le Boxer en train de lui manger le visage, c’était horrible à voir.
- LAISSE-LE ! Hurlais-je au chien. LÂCHE-LE !
L’animal retira immédiatement ses crocs de son visage, et s’assit à côté de moi. Le boxer avait la gueule couverte de sang. Sans aucun état d'âme j’achevais le type d’une balle entre les deux yeux. Le coup résonna comme un coup de tonnerre concluant ainsi ce cauchemar. Puis, le silence régna de nouveau sur la forêt.
Je me tournai vers le chien.
- Je te dois une fière chandelle le chien, dis-je encore haletant.
Le Boxer aboya.
Valérie était allongée sur le sol, inerte. Je m’accroupis à côté d’elle en la faisant rouler lentement sur le dos. J’approchais mon oreille de sa bouche et pus entendre sa respiration.
- Elle est vivante, m’exclamais-je.
Un petit filet de sang coulait le long de sa joue. Elle avait due recevoir un coup à la tête. Je déplaçai délicatement son corps pour l’adosser contre le mur de l’abri.
- Il ne faut pas traîner ici, d’autres vont peut-être arriver. Je me rhabillais, puis fouillais les poches des trois types, mais ne trouvais rien d'intéressant à récupérer mis à part une petite lampe torche flambante neuve. Je cachais ensuite les corps de ces salopards, dans un fossé qui se trouvait non loin de là, puis recouvrait le tous, avec quelques branches mortes.
Mon oraison funèbre les concernant, fut :
- Allez en enfer !
Je pressais le pas. Arrivé devant la porte, j'ouvris avec ma clé la petite trappe blindée, et composai le code d'ouverture de la porte.
Il y eu un petit sifflement et la lourde porte circulaire se déverrouilla, laissant sortir une forte odeur de renfermé. Je fis un rapide coup d'oeil autour de moi, souleva le corps de Valérie et l’emmena à l’intérieur de l’abri. Tache pour le moins périlleuse étant donné que l’unique accès au sas de secours, était une échelle à crinoline.
Pendant ce temps, mon nouveau compagnon montait la garde à l’extérieur.
- Je reviens te chercher tout à l’heure le chien.
Nous étions tous à présent en sécurité dans l’abri. Devant nous se profilait le couloir sombre menant au premier sas.
Qu’étaient devenu José Vasquez et Maxime Ernst ? Je regardais ma montre. Il était vingt et une heures. Dehors, le soleil n’allait pas tarder à se coucher.
Je décidais, avant de poursuivre mon chemin dans les profondeurs de l’abri, de me reposer quelques instants. Le chien s’était couché devant l’entrée du tunnel, tournant sa tête de gauche à droite, telle une girouette, reniflant les odeurs qui parvenaient jusqu’à lui.
Je vins m’asseoir à côté de Valérie, qui était allongée sur le sol en béton. Je me mis à la secouer doucement, afin de la réveiller.
- Tu m’entends ?
Elle remua ses lèvres, puis ouvrit lentement les yeux. Elle me fixa avec un regard vide, et ne parue pas me reconnaître tout de suite.
- C’est moi… Franck. Franck Poole. Tu te souviens ?
- Franck... dit-elle d’une voix à peine audible.
- Tu as reçu un coup sur la tête. On peut dire que tu reviens de loin.
Elle posa sa main sur sa nuque, tout en faisant un petit rictus de douleur.
- Je suis contente de te voir (elle parlait lentement, et chercha ses mots). Où sont Ellie et Julius ?
- Ne t’inquiète pas, ils sont sains et saufs. Ils sont restés au village. Mais je t’expliquerais cela plus tard. Que s’est-il passé ici pendant notre absence ? Elle essaya de s’asseoir en s’aidant de ses coudes.
- Au bout d'une semaine, ne vous voyant pas revenir, nous avons pensé que vous étiez tous morts. Après une violente discussion avec Maxime, et en dépit de son refus, José et moi décidâmes quand même d'effectuer une sortie.
Pendant qu'elle me parlait, je pris ma gourde, dévissai le bouchon, et mis un peu d'eau sur un mouchoir, afin de lui nettoyer le sang séché qui maculait son visage. Elle prit ma main, et la serra fortement.
- Merci Franck. Tu n'aurais pas été là, je serais morte à l'heure qu'il est.
N’ayant entendu toute à l’heure que des bribes de conversations, je voulais savoir ce qui était arrivé aux autres.
- Où est José ? (J’avais un mauvais pressentiment)
- Il est mort, répondit-elle sans attendre.
Je pouvais voir son regard se perdre dans le vague.
- Que lui est-il arrivé, que s’est-il passé ?
Elle avait les larmes aux yeux.
- C'était atroce... Ces monstres l'ont torturé avant de le tuer. Tout ça sans raison, juste pour le plaisir.
Elle tremblait de tout son corps. J’ôtais ma veste, et la posai sur elle.
- Je sais que c'est éprouvant, mais peux-tu me dire ce que vous aviez fait une fois à l'extérieur de l'abri ?
Elle tourna subitement sa tête en direction du mur.
- Une fois dehors, José et moi avions pris la direction du village d'Alex. A part quelques chiens morts qui jonchaient la rue principale, il n'y avait pas âme qui vive.
- Les chiens morts s'était nous, lui répondis-je.
Elle ne parut pas prêter attention à ce que je venais de lui dire. Elle poursuivie :
- Nous sommes allez ensuite en direction du village de Thônes. La aussi il n'y avait personne, enfin... c'était se que nous pensions. Mais soudain, cinq types firent irruptions de nulle part, et ils nous ont sautés dessus. Ni José, ni moi n’avons eu le temps d'utiliser nos armes. Une demi-heure plus tard nous nous retrouvâmes ligotés et dépouillés de tout ce que nous avions.
Valérie se retourna et me rendit ma veste. Elle semblait aller mieux, son visage avait reprit quelques couleurs.
- Et ensuite ?
- Le chef nous demanda d'où nous venions. José essaya tant bien que mal, de discuter avec lui, dans l'espoir de le raisonner un peu. En guise de réponse, il reçut un violent coup de pied dans la figure. Il... (Elle se mit à tenir son visage entre les mains) il avait le visage en sang. Ensuite, et sans un mot, ils l'ont emmené, je dirais plutôt ; traîné dans une pièce à côté. Je n'oublierai jamais son regard à ce moment là. Avant de refermer la porte, leur chef s'est retourné vers moi avec un petit sourire. Je me retrouvais seule dans la pièce, dans l’impossibilité de m'enfuir. J'étais ligotée sur ma chaise, m'obligeant ainsi à entendre les hurlements de José.
Ce cauchemar dura environ une quinzaine de minutes, puis, plus rien. Plus un son. Le silence… Soudain, la porte s'est ouverte brusquement, et les cinq types sont apparus. Je me rappellerai toujours ce qu'une de ses ordures ma dit :
- Il n’est pas très résistant ton copain, ma jolie. Il est déjà mort. C'est dommage, nous commencions juste à lui poser quelques questions. A ces mots, ils se mirent tous à rire, faisant découvrir leurs bouches édentées. C'était horrible.
" Manifestement, j'ai eu plus de chance que toi, ma pauvre Valérie"
Elle but une gorgée d’eau, et continua :
- Ensuite, ils m’ont posés pleins de questions ; où avais-je trouvé de telles armes, et surtout les munitions ? D'où je venais, etc. J'avais terriblement peur, je ne voulais pas mourir. Leur chef m'a dit qu'il ne me tuerait pas si j'étais coopérative. Je ne le croyais évidemment pas. (Elle se passa la main sur le front) Que pouvais-je faire d'autres ? Je leurs ai dit que je venais d'un abri qui était situé à quelques kilomètres de là. Quand j'ai prononcé le mot abri, je vis immédiatement leurs visages s’illuminer. Ils paraissaient subitement excités. On aurait dit qu'ils allaient partir pour une chasse au trésor.
Elle s’interrompit quelques instants pour ranger sa gourde, puis elle ajouta sur un ton hésitant :
Ensuite, ils m'ont...
Je lui mis aussitôt la main sur la bouche, afin de lui épargner une douleur supplémentaire.
Valérie reprit :
- Le lendemain, trois de ces types m'ont emmené avec eux. Voila ! La suite tu la connais.
- Tu peux marcher, ça ira ? Lui demandai-je en me levant.
- Oui... je crois. Je me sens un peu mieux.
Je hochais la tête en guise de réponse, et lui tendis la main pour l’aider à se mettre debout. Nous continuâmes notre marche vers le sas.
- Où as tu trouvé ce chien ? Me demanda-t-elle, en me montrant l’animal de la main.
- A vrai dire ce n'est pas moi qui l'ai trouvé, mais lui.
Elle se retourna en direction de l'animal. Celui-ci nous suivait tranquillement.
- En tout cas, il ma sauvé la vie, dit-elle. Tu lui as donné un nom ?
- Non. J'avoue que l’idée ne ma pas traversée l’esprit.
Nous arrivâmes devant la porte du sas de décontamination.
- Ulysse !
- Quoi, Ulysse ? Répondis-je.
- Je trouve que ce nom lui irait bien, dit-elle.
Tout en ouvrant la porte du sas, je répondis machinalement :
- Heu ! Oui, si tu veux, allons-y pour Ulysse.
A y réfléchir ce nom n'était pas plus mauvais qu'un autre.
Quelques instants plus tard nous arrivâmes dans la salle commune. Mise à part quelques ronflements de néons qui allaient bientôt rendre l’âme. Il n’y avait pas un bruit. Aucune trace de Maxime Ernst.
- MAXIME, TU ES LÀ ? Criait Valérie (elle se tourna vers moi). Cela fait quatre jours qu'il est tout seul, j'espère qu'il n'a pas fait de bêtises. Au même moment, nous le vîmes sortir de la salle radio. En nous voyant il se figea sur place.
- Valérie... Franck ! dit-il surpris.
- Le détecteur d'ouverture ne t'a pas averti que quelqu'un était entré ? Dit Valérie, sur un ton passablement énervé.
Il parut embarrassé.
- Je n'ai pas du l'entendre, j'étais dans la salle radio avec le casque sur les oreilles. Avec tous ces boutons et ces sondes qui clignotent et sonnent constamment, j'avoue que je n'ai pas fait attention.
- Si c'était des bandits qui étaient rentrés à notre place. Je crois que tu serais mort sans avoir compris comment, lui répondis-je.
- Ah ! Vraiment, dit-il (Il me foudroya du regard).
Un petit rongeur passa non loin de là. Ulysse parti aussitôt à sa poursuite.
Maxime regarda l'animal s'éloigner par dessus mon épaule. Il ne sembla pas lui prêter une quelconque attention.
- Où sont les autres ? Dit-il sur un ton nonchalant.
J'allais parler...
- José est mort intervint Valérie, et...
- JE VOUS L’AVAIS BIEN DIT de ne pas sortir, s'exclama t-il. Il marqua une pause, puis il ajouta : Et Ellie Arroway, et cet imbécile de Julius, morts eux aussi je suppose ?
- NON ! Répondis-je d’un ton cinglant. Ils sont bien vivants. Nous avons eu plus de chance, et ils nous attendent dans un village pas très loin d'ici.
Maxime se gratta la tête, et sembla se calmer un peu.
- Allons nous asseoir, racontez-moi ce qui s'est passé. Puis il ajouta : Je...je suis désolé... mais vous comprenez, j'étais...
- C'est bon, n'en parlons plus répondis-je.
Nous passâmes d'abord à l'infirmerie pour soigner la blessure de Valérie, qui après examen, ne paraissait pas trop grave. Elle avait été sonnée, mais fort heureusement pour elle, le coup de crosse qu'elle avait reçue avait dérapé sur son crâne, provoquant ainsi une grosse coupure au cuir chevelu.
Le chien réapparu avec un rat dans la gueule. Il le déposa à mes pieds, en attente d’une réaction de ma part.
- Brave chien lui dis-je. (Je lui mis une petite tape sur son flanc).
Le Boxer parut satisfait, et il repartit avec son trophée dans la gueule, dans les profondeurs de l’abri.
Une fois dans le réfectoire, Valérie et moi racontâmes respectivement notre périple.
Chose étonnante, Maxime nous écoutait religieusement. Peut-être commençait-il à redescendre sur terre ? Plus nous avancions dans notre récit, plus il adoptait une attitude neutre envers nous, voir (parfois) amicale. Il lui arrivait même d’adresser de temps en temps un petit sourire à Valérie. Il acquiesçait même de la tête en signe d'assiduité sur certains de mes propos. Je crois bien que, malgré les apparences qu'il voulait bien donner, il était bien content de nous revoir (un peu trop à mon goût). Cette petite cure de solitude l'avait peut-être fait mûrir un peu. Il avait peut être prit conscience qu'il n'était pas le nombril du monde. Une fois notre histoire terminée, il se leva et entama une marche autour de la table. Puis il s'arrêta, et dit :
- Pendant votre absence, j'ai eu tout loisir d'écouter la radio, et...
- Et ? dit Valérie.
- Et... j'ai de bonnes nouvelles, enfin... je crois. Ce matin, j'ai réussi à capter quelques émissions radio.
- Vous avez réussi à les localiser ?
- Oui. Certaines émanaient des environs d’Orléans, Rennes, Haguenau et Chartres. Mais malheureusement les voix étaient pratiquement toutes inaudibles.
- C’est tout, dit Valérie. C’est ça les bonnes nouvelles ?
- Non, j’y arrive, répondit-il sur un ton de nouveau suffisant. Cet après-midi j’ai réussi à rentrer en contact radio avec trois villes : Tournus, Bourges et une que je ne connais pas : Lembach, un nom comme ça.
- Bourges je connais. Dit Valérie. Tournus aussi.
- Tournus, ce n'est pas en dessous de Dijon ?
- C'est exact répondit Maxime.
- Que disaient-elles ? demanda la jeune Biologiste.
- En ce qui concerne la ville de Tournus, j'ai réussi à rentrer en contact avec une personne qui s’appelle Roman Castevet. Apparemment il s'agirait d'un abri. L'abri 17 je crois. Il disait...
- Je le connais intervint Valérie, c'est un abri appartenant au CNRS. J’ai failli y aller. A cette époque j’étais encore étudiante, je devais effectuer un stage de Biologie moléculaire. Pardon... je vous ai coupé, continuez...
Maxime poursuivit :
- Il disait avoir besoin de secours. Je lui ai demandé s’il était seul. Il m'a répondu qu’ils étaient sept personnes vivant à l’extérieur, depuis maintenant quelques mois. Mais résidaient tout de même à proximité de l’abri, y retournant régulièrement, afin de rester à l’écoute des ondes. D’après ce que j’ai pu comprendre, depuis quelques jours ils sont victimes d'attaques répétées de créatures mutantes.
- Comment ça mutante ! S’exclama Valérie.
- Je ne sais pas ? Il a juste dit : mutantes. Ils ont eu quelques échanges de coups de feu avec eux. Mais ils se sont vite retrouvés à cours de munitions, et furent contraints de regagner leur abri. Quelques jours se sont passés, et hier matin, ils ont entendus taper contre la porte. Les mutants venaient de découvrir l’emplacement de leur abri.
Maxime s’interrompit.
- C’est tout ?
- Oui, c’est tout, après j’ai perdu le contact, répondit-il.
- Ce que je trouve étrange, c’est qu’ils n’aient pas essayés de quitter cette ville une fois décryogénisés.
- Peut-être avaient-ils décidés de rester à tournus pour y vivre, dit Valérie.
- Malheureusement je n’en sais pas plus, répondit Maxime.
- Et pour Bourges ? Demandais-je.
- Pour Bourges… Je suis tombé sur un type peu loquace, se disant faire parti du gouvernement actuel, dont la nouvelle capitale serait la ville de Bourges. Malheureusement, je n’ai pas tout compris, sa voix était parfois inaudible.
J’ai tout de même réussi à lui extirper quelques informations, dont le nom du chef de l’état : Le Général George Broulard. A la suite de ça, j’en ai conclu facilement, que le pays était dirigé par les militaires.
- Cela ne m’étonne pas, s’exclama Valérie.
- Bon ! Il y a un Gouvernement en place, c’est toujours ça, répondis-je machinalement.
Maxime poursuivit :
- Il m’a ensuite proposé de les rejoindre là bas, mais par mes propres moyens.
- En gros, démerde-toi, dit Valérie. Vous ne leurs avez pas demandé, s’ils avaient des véhicules ?
- Si justement, je lui ai posé la question pensez donc. Il m’a répondu qu’ils avaient des chars, des véhicules tous terrains, des quads et même quelques avions de combats encore opérationnels.
- Des avions de combats ! M’exclamais-je.
Une pensée me traversa soudain l’esprit
« Et si… »
- Je lui ai dit que j’étais un scientifique. Mais il n’a rien voulu savoir. Sa réponse a été claire : « Désolé, ce sont les ordres, toute personne voulant rejoindre le gouvernement doit venir par ses propres moyens ». Puis il a rajouté : « Il y a quelques mois nous aurions pu venir vous chercher, mais malheureusement nous sommes actuellement en guerre contre … »
- Contre… Contre QUOI ? Demandais-je, passablement énervé.
- Aucune idée, répondit Maxime, la voie a été coupée.
- Merde ! … Au fait, vous avez dit « trois villes » toute à l’heure.
- Oui, Lembach.
- C’est où ça ? demanda Valérie.
- En Alsace, pas très loin de Wissembourg.
- Et ? demanda Valérie. Vous avez parlé avec quelqu'un ?
Pendant que Valérie parlait, j’observais Maxime. Son attitude venait subitement de changer. Il avait l’air plus fuyant, et surtout plus évasif dans ses explications.
- Alors ? Pour Lembach, redemanda Valérie.
- Heu… rien de particulier, j’ai eu un type à l’autre bout du fil. Il disait faire parti d’un centre de recherche.
- Un centre de recherche sur quoi ? Lui demandai-je.
- Aucune idée, il ne m’a rien dit là dessus.
Valérie se mit subitement à le bombarder de questions.
- Ils font partis du gouvernement ? Combien sont-ils ? Peuvent-ils nous chercher ?
- Je n’en sais rien… répondit Maxime. Arrêtez de m’emmerder, puisque je vous dis que je n’en sais pas plus. Ce type ne m’a rien dit d’autre, voila !
Et vous, que vous lui avez-vous dit ?
J’attendais sa réponse. Elle tardait à venir. Je voyais bien que ma question ne lui plaisait pas.
- C’est un interrogatoire ou quoi ! Je ne lui ai rien dit de particulier, je… (Il bafouillait) j’ai… juste dit que j’étais dans un abri, que… je venais de rentrer en contact avec la ville de Bourges, et l’abri 17 à Tournus. Et enfin, que je sortais de cryogénisation. Voila ça vous va ?
- Vous lui avez donné le numéro de l’abri ?
Il se renfrogna subitement.
- NON ! Bien sûr que non, dit-il sur un ton peu convaincant.
« Il me cache quelque chose. Je suis sur qu’il n’a pas tout dit »
La discussion porta ensuite sur différents points. Notamment l’inventaire du matériel et de la nourriture à emmener.
La fatigue commençait à se faire ressentir. Je regardais ma montre.
- Il est vingt trois heures trente. Je propose que nous allions nous coucher. Nous verrons demain pour les divers préparatifs du départ. Valérie acquiesça.
- Vous comptez partir dès demain ? Demanda Maxime sur un ton quelque peu embarrassé.
- Oui, bien sur, nous avons prévu de retourner à Nâves-Parmelan dès demain. Mais je vous rassure, nous ne vous laisserons pas tout seul ici cette fois. Vous viendrez avec nous.
Maxime ne parut pas apprécier mes propos, et me foudroya une nouvelle fois du regard.
Valérie rompit le silence qui venait subitement de tomber, et s’adressa à Maxime :
- Allez Maxime, dit-elle. Franck voulait simplement plaisanter. Vous n’aviez tout de même pas l’intention de rester ici. Allez ! Venez-vous coucher.
Son visage s’était assombri.
- Je… je vous rejoins dans quelques minutes, j’ai… j’ai deux trois choses à faire avant, répondit-il tout en se dirigeant d’un pas lent vers la cuisine.
Valérie et moi partagions la même chambre. Le chien quant à lui, avait déjà élu domicile sur une couchette. Valérie prit le lit du haut, et moi celui du bas. La couchette de Maxime devait certainement être celle ou Ulysse s’étendait de tout son long. J’étais curieux de voir sa réaction, quand il viendrait se coucher.
Une demi-heure plus tard. Maxime n’était toujours pas là.
- Franck (Elle parlait à voix basse)
- Oui ?
- Toute à l’heure, j’ai vu Maxime se diriger vers la cuisine, puis il s’est arrêté devant la porte. Ensuite, il a tourné la tête vers le dortoir. J’ai l’impression qu’il ne voulait pas être vu. Puis il a fait demi-tour et s’est dirigé rapidement vers la salle radio.
- Tu étais où ?
- J’étais derrière la porte du sas d’accès aux chambres. Je pense qu’il ne m’a pas vu.
- Et alors, répondis-je, il a peut-être oublié quelque chose dans la salle radio.
- Oui… tu as raison… je deviens paranoïaque.
J’éteignais la lumière.
- Essaie de dormir, nous avons une grosse journée demain.
Quelques minutes plus tard :
- Franck… tu dors ?
J’avais les yeux ouverts dans le noir. Je ne répondais pas.
Je regardais les aiguilles luminescentes de ma montre, elles indiquaient : une heure du matin. Maxime n’était toujours pas là. Entre temps, Valérie s’était endormie. Je décidais de me lever pour aller voir ce qu’il faisait. Et juste à ce moment là, la porte s’ouvrit, Maxime pénétra dans la chambre. Voyant le chien sur son lit, il poussa un juron à voix basse, et essaya en vain de déloger le boxer. Ulysse leva la tête et commença à grogner.
- Saleté de cabot, dit-il à voix basse.
Maxime s’apprêtait à aller se coucher sur le lit supérieur.
- Ulysse ! Allez, descend du lit, Dis-je au chien.
Je n’en revenais toujours pas, de voir ce chien m’obéir à ce point.
L’animal s’exécuta, et vint se coucher au pied de mon lit. Sans un mot, Maxime secoua la couverture, marmonnât quelque chose, et alla se coucher.
A y réfléchir je me sentais un peu stupide sur ce coup-là. N’étant pas de nature provocatrice, je m’en voulais un peu d’avoir laissé volontairement le chien s’installer sur son lit, simplement pour voir.
Quoi qu’il en soit, une chose était certaine, ce type ne m’inspirait pas confiance.
« Il va falloir que je l’ai à l’œil. »
Le sommeil tardait à venir. Plus je me disais qu’il fallait que je dorme, moins j’avais envie de dormir. Mais au bout d’un moment. La fatigue eue raison de moi. Et je sombrais dans un profond sommeil salvateur…
De l’autre côté de la chambre, le lit de Maxime était de nouveau vide…
*NDA : Histoire vraie : Un matin de Septembre, j’étais en train de bricoler dans mon garage, quand je vis au fond de mon allée un chat que je n’avais jamais vu. Le matou était allongé par terre, légèrement caché derrière un massif de lavande. Il est resté comme cela toute la matinée, à observer mes faits et gestes. Le lendemain, je ne sais par quelle façon il était entré, mais je l’ai retrouvé sous mon lit. Il avait élu domicile chez-moi.
**NDA : Essayez de vous mettre à la place de Franck.
Imaginez un peu la haine qu’il doit avoir à cet instant.
Bien sûr, il pourrait prendre ses jambes à son coup, mais… quelque chose l’oblige et le pousse à accomplir cet acte de bravoure.
Qui veut-il sauver ou défendre ? La fille ? Sa peau ? Est-ce vraiment des humains qu’il veut secourir ? Où veut-il plutôt (inconsciemment) défendre une certaine idée de la liberté ? S’il fait parler lui aussi la poudre pour défendre ses idées, cela ne représente t-il pas aussi une forme de barbarie ? Qui peut oser prétendre être le seul juge.
Pour répondre simplement, je dirais que dans ce monde comme dans l’ancien, le bon EST le plus fort.
Y a-t-il toujours eu des méchants et des gentils ?
Tout dépend de quel côté où l’on se place.
Et vous, qu’en pensez-vous ?