Chapitre 30 : La rencontre (1ère partie)

 30 Mai 2070

« Ce monde me fait vomir. Si seulement je pouvais un jour rendre les gens meilleurs ».
John Murdock
11 septembre 2001

Je sentis quelque chose d’humide sur la figure, j’ouvris les yeux et relevai brusquement la tête.
- Hé ! Arrête. Dis-je au chien à haute voix, tout en m’essuyant la joue dégoulinante de bave, avec le revers de ma manche.
Ulysse, avec sa langue, avait fait office de réveil matin. Instinctivement je regardais les aiguilles de ma montre. Celles-ci indiquaient neuf heures du matin.
- Merde ! Déjà.
La marche d’hier m’avait fatigué plus que je ne le pensais ; j’avais dormi comme un bébé.
Après avoir mis un nouveau pansement sur mes ampoules, je décidai de poursuivre ma route sans plus attendre. Dehors, le temps était couvert, et il ne faisait franchement pas très chaud. Quelques oiseaux cependant, gazouillaient joyeusement dans les taillis avoisinants. En contrebas, et en partie envahie par la végétation, s’étendait la ville de Hauteville-Lompnes. Par prudence, et avant d’entreprendre toute traversée,  je choisi de jeter un coup d’œil aux jumelles.
Une petite fumée qui s’échappait d’un gros bâtiment, attira immédiatement mon regard. Je poussais le grossissement à fond.
- On dirait un hôpital, ou un truc dans le genre.


 Je me souvins soudain de la mise en garde de Walter concernant les villes.
- Hum… Je vais la contourner par le sud, cela me rallongera le chemin d’un kilomètre tout au plus. Ne prenons pas de risques inutiles. Quand penses-tu Ulysse ?
Le chien comme à son habitude, releva la tête vers moi, pour acquiescer.
- Et bien dans ce cas, allons-y !
Entre-temps les oiseaux s’étaient brusquement arrêtés de chanter.
Je descendis  prudemment la route éventrée, en prenant bien garde aux nombreux bouts de ferrailles tranchants comme des lames de rasoirs qui gisaient ça et là sur le bitume. Tout à coup, Ulysse s’arrêta.
- Qu’y a-t-il, tu as vu quelque-chose ?
Un bruit de branches cassées, me fit sursauter.
- Ne bouge pas, je t'ai en joue, dit soudain une voix qui sortait de je ne sais où.
- D’accord ! Je ne bouge pas, répondis-je en cherchant du coin de l’œil, d’où provenait cette voix.
- Tu es tout seul ? Personne d’autres avec toi ?
- Non… il n’y a que moi et mon chien.
- Tiens ton animal en laisse, dit à nouveau la voix. Je vais m’approcher, je ne te veux aucun mal, c’est d’accord ?
Je fis machinalement, un oui de la tête.
 « Je suis sur qu’il n’est pas tout seul. Je viens de voir les taillis bouger de chaque côté de la route. Si je touche à mon arme, il me descend, c’est sûr».
Ne sachant trop à qui j’avais à faire, que pouvais-je faire d’autre. J’attachai le chien sans faire de gestes brusques, et attendis de voir la tournure des événements.
- Maintenant, ordonna la voix, enlève ta main de ton arme, et pose là lentement sur le sol. Je ne voudrais pas qu’il y ait de blessés parmi nous.
J’ôtais lentement mon doigt de la queue de détente de mon Sig Sauer.  Ulysse de son côté, ne bronchait pas. Etrangement, l’animal ne semblait pas apeuré, mais demeurait simplement passif.
C’est à ce moment là, que quatre individus surgirent brusquement de derrière les haies ; trois hommes et une femme. Je constatai avec effroi, que Leurs physionomies correspondaient  en tout point avec la description que m’avait faite Walter, lors de son expédition à Genève. J’avais devant moi des… mutants.
Tous étaient armés de couteaux. Non… la femme tenait dans ses mains un Famas antédiluvien.
L’Homme(1) le plus près de moi, avait un bras plus court que l’autre, et une main atrophiée. Il devait mesurer dans les un mètre quatre vingt quinze, voir plus. Le second était entièrement chauve. Son crâne était parsemé d’une multitude de taches brunes. Il avait aussi un œil d’une autre couleur, ainsi qu’une énorme cicatrice sur le front. Un mètre quatre vingt cinq environ. Le troisième mutant avec ses un mètre soixante, contrastait singulièrement à côté des molosses qui l’entouraient. Il avait une  bosse sur son dos et une autre sur le côté de son crâne. En d’autres temps je l’aurai bien vu habité dans une cathédrale, ou jouer dans Eléphant Man. Quand à la femme, avec ses un mètre quatre vingt dix, et sa paralysie faciale côté droit, provoquant au coin de sa lèvre inférieure, un léger filet de bave. Ses yeux étaient d’un vert émeraude étrange.
J’avais l’impression d’assister à une foire aux monstres, comme il y en avait tant à la fin du dix neuvième siècle.


Tout cela me paraissait tellement grotesque et grave à la fois. Mais qui étais-je, pour me permettre de juger ces malheureux. Après tout, c’était peut être moi le monstre à leurs yeux. Ces gens étaient le résultat de la folie humaine, dont j’étais l’un des derniers représentants.
La voix d’un des mutants se fit soudain entendre.
- Où est-ce que tu vas comme ça ? Me dit-il sur un ton quelque peu sur la défensive.
- Écoutez ! Je n’ai pas l’intention de vous créer d’ennuis, je ne fait que passer, et…
- Réponds à ma question… s’il te plait.
Le s’il te plait me parut surréaliste, cela me fit machinalement hausser les sourcils.
Le mutant remarqua mon étonnement, et ajouta :
- Quoi ! Qu’est-ce qu’il y a ? C’est le s’il te plait qui t’étonnes. Qu’est-ce que tu crois ? Que par notre apparence nous sommes des brutes analphabètes…
- Je vais vers l’Ouest, répondis-je, comme pour couper court à la conversation.
- Ah oui ! Et où ça vers l’Ouest, demanda le chauve.
- Bourg-en-Bresse.
- Il n’y a rien là-bas, tu perds ton temps, intervint la femme.


- Je sais, mais je ne vais pas là bas pour m’y installer. Je m’y rends simplement pour essayer de trouver des trucs.
- Tu es marchand ? Lança le chauve.
- Oui, c’est ça… je suis marchand.
A voir leurs visages, ils n’avaient pas l’air très convaincus.
« Je suis en train de m’enfoncer»
- Qu’est-ce que tu as dans ton sac ? demanda le bossu passablement excité.
- De la nourriture, quelques affaires et divers trucs.
Mon regard était rivé sur le couteau qu’un des mutants était en train de faire tourner dans sa main. La femme quand à elle, observait mon chien d’une étrange façon ; presque soutenue. On aurait dit que quelque chose l’intriguait chez cet animal. Soudain !
Regardez ! Dit-elle en levant délicatement la patte arrière du chien, sans que celui-ci d’ailleurs, ne prononce aucun grognement. Un autre mutant s’approcha d’Ulysse, et regarda à son tour à l’intérieur de la cuisse de l’animal. Puis il se releva, et me dit :
- Voyez-vous ça ! s’exclama le type avec le bras plus court que l’autre. Un marchand qui se balade tout seul... et avec un chien mutant de surcroit.
Je reçu cette phrase comme une gifle.
- Comment ça mutant ! M’exclamais-je, en désignant incrédule, mon chien de l’index.
- Ton chien, me dit-il avec un léger rictus, possède une marque de laboratoire ; une marque génétique.
Je fus pris soudain d’une sueur froide, qui me parcouru l’échine. Je ne comprenais rien à ce qui se passait, tout allait trop vite. A les regarder de plus près, et malgré leurs corpulences impressionnantes, j’avais l’impression qu’il y avait une certaine crainte dans leurs regards.
- Où as-tu trouvé cet animal ? demanda la femme.
- Au sud-est d’ici, mais ce n’est pas moi qui l’ai trouvé, mais plutôt lui qui m’a trouvé.
- Pourtant, ce n’est pas l’un des nôtres, s’exclama le chauve. Pourquoi ce chien irait-il avec lui ?
- Aucune idée, répondit le bossu, mais je pense que nous devrions l’emmener voir le chef, cela pourrait peut-être l’intéresser.
 Tu crois vraiment que c’est une bonne idée ? Laisse-le sans aller. Il ne peut que nous apporter des ennuis ; comme les autres humains. Rétorqua le balafré.
- Nous aussi, nous sommes des humains, intervint la femme, passablement irritée.
- Oui, je sais Francesca, nous aussi nous sommes des humains, ce n’est pas ce que je voulais dire. Mais… ouvre les yeux, tu vois bien qu’il n’est pas comme nous.
La femme en guise de réponse, cracha par terre, et pivota sur ses jambes.
C’est drôle à dire, malgré l’incertitude de ce qui pouvait advenir de moi, cette femme me faisait de la peine.
Une demi-heure après, et sous bonne escorte, j’arrivais devant l’ancien hôpital de la ville. D’autres mutants étaient là. Une dizaine d’hommes et de femmes, ainsi que deux enfants. A ma vue, les deux jeunes mutants se réfugièrent dans les bras protecteurs de leurs mères. Nous pénétrâmes ensuite dans le hall.


- Attends ici, aboya le bossu, je vais prévenir le chef.
L’attente me parut interminable. Entre-temps, la femme aux yeux verts avait disparu dans le couloir, me laissant seul en compagnie du balafré et du type à la main atrophiée.
Comme pour me rassurer, le balafré me dit :
- Tiens-toi tranquille, et tout ira bien.
 « Oui, bien sûr, c’est ce que l’on dit au poulet avant de lui couper la tête» Me dis-je mentalement.
Le balafré ajouta, en adressant un clin d’œil à son acolyte : Je me demande à quelle sauce on va te manger si tu fais le con.
- Arrête de faire l’idiot Vincent. Ne l’écoute pas étranger, nous ne sommes pas cannibales.
- C’est déjà ça, répondis-je machinalement. Et pour mon arme ?
- Nous verrons, si nous devons te la rendre, tout dépendra de la décision de notre chef.
Pour être franc, je ne donnais pas cher de ma peau. Le visage de ma fille me traversa soudain l’esprit.
« Camille »
La tête du bossu apparu de derrière une porte branlante. Il fit signe à mes geôliers d’approcher.
Nous pénétrâmes dans un long couloir sombre. Arrivé devant une porte, un des mutants me dit, en l’ouvrant :
- Vas-y  entre, notre chef est à l’intérieur.
La vaste pièce était illuminée par quelques bougies moribondes ; celles-ci projetaient sur les murs et le plafond, une multitude d’ombres tremblantes, tels des spectres dansant dans les flammes de je ne sais quel enfer.


Les gardes entrèrent à leurs tours et refermèrent la porte. Malgré les bougies, la pièce demeurait très sombre. J’avais beaucoup de mal à discerner les visages des personnes qui m’entouraient. Les deux gardes allèrent s’asseoir dans un coin obscur de la pièce. Puis, plus un bruit pendant quelques secondes, me donnant le sentiment d’être seul dans cet endroit. L’impression fut de courte durée.
- Comment t’appelles tu, dit une voix féminine, surgissant de nulle-part.
- Franck.
- Bien… dit la voix. Moi c’est Catherine, je suis la responsable de cette communauté. Tu n’a rien à craindre, si tu te comporte correctement.
Silence…
- Il est rare, dit-elle, de voir des voyageurs de nos jours. En général, les gens, par prudence, vivent regroupés aux alentours de leurs villages. Tu n’a pas peur de mourir on dirait. Ou alors, tu es simple d’esprit ?
Cette personne était en train de me tester. Je ne répondis volontairement pas à sa question.
Ne me voyant pas prononcer un seul mot, elle ajouta :
- Tu as perdu ta langue ? Réflexion faite, je ne pense pas que tu sois un simple d’esprit. Je pencherais donc pour la première hypothèse.
Le silence retomba, pesant…
- Tu n’es pas bavard, ajouta la voix.
- Que voulez-vous que je vous dise. J’ai déjà dit à vos hommes que j’étais simplement de passage, et que je n’avais pas l’intention de créer de problèmes.
- Je veux bien te croire, répondit la femme, mais... un homme seul, en compagnie d’un chien mutant, ce n’est pas très courant, tu ne trouves pas ?
- Je n’avais pas remarqué que cet animal était… différent.
- Différent ! Qu’est-ce qui te fait croire qu’il est différent.
Je ne répondis pas. Le silence retomba à nouveau.
- Que voulez-vous ?
- Rien… simple curiosité. Je voulais voir à quoi ressemblait l’homme qui voyageait en compagnie de cet animal. La plupart des gens nous craignent, et fuient à notre vue. J’ai le sentiment que tu n’a pas peur de nous. Et puis… si ce chien t’a adopté, c’est que tu n’es pas foncièrement mauvais.
- QUOI ! C’est tout ? C’est simplement pour ça que l’on m’a amené ici. Juste par curiosité, parce que je me balade avec un animal mutant…différent… appelez ça comme vous voulez, je m’en moque. Je ne comprends pas ? Et puis, j’en ai assez de parler dans le noir, où êtes-vous, montrez-vous ?
Je tournais désespérément la tête à la recherche d’une quelconque silhouette, quand son visage apparu subitement à la lumière.


C’était une femme, dans la quarantaine, qui ne présentait pas, du moins en apparence, de traces de mutations. Les traits maigres de son visage, étaient fortement marqués par les années. Ses yeux marron entourés de profondes cernes, me fixaient sans ciller. J’avais l’impression quelle essayait de lire quelque chose à travers mes yeux. Cela me mit mal à l’aise, et je tournai aussitôt la tête.
- Comment savez-vous que mon chien est un mutant ? Demandais-je. Je ne vois pas en quoi une simple marque sur une cuisse, ressemblant vaguement à une forme géométrique, peut…
Sans un mot, la femme souleva devant moi, et sans aucune pudeur, sa tunique. Son torse et ses seins, étaient recouverts de nombreuses plaques rougeâtres.
- Ne t’inquiètes pas, dit-elle en posant sa tunique sur le dossier de sa chaise, je ne suis pas contagieuse. Je possède ces plaques depuis ma naissance.
Puis, elle leva son bras droit en le pivotant légèrement vers moi.
- Regarde ! dit-elle.
- Regardez quoi ? Dis-je passablement gêné.
- Approche-toi ….plus près.


Sur son aisselle, il y avait une petite marque, la même que celle d’Ulysse.
Je me rejetais en arrière, totalement désemparé.
- Comme tu peux le constater, dit-elle en rabaissant son bras, ce n’est pas le fruit du hasard.
Nous avons tous ici, la même marque de fabrique ; animaux comme humains, marqués à vie comme du vulgaire bétail.
A mon grand étonnement, la conversation se conclut sur cette phrase.
- Tu peux partir, ordonna-t-elle, tout en se rhabillant.
- Mais ?
- Va-t’en, tu es libre, mes hommes te rendront ton arme à l’extérieur de la ville. J’ai vu ce que je voulais savoir.
- Quoi ? Qu’est-ce que vous vouliez savoir ?
Je n’y comprenais plus rien. Cette femme venait de se dénuder devant moi ; un étranger, sans que je lui demande quoi que ce soit.
« Il doit y avoir une raison ».
Peut-être voulait-elle simplement se confier à quelqu’un. Non ! C’était ridicule. Peut-être pas, après tout. Ne nous ait-il jamais arrivé un jour, à nous aussi, de nous mettre à nue d’une certaine façon. De raconter notre vie à un(e) inconnu(e) ; à un auto-stoppeur, prit part pitié, sous une pluie battante, à un voisin de compartiment, lors d’un voyage en train. Dans une chambre d’hôpital, en compagnie d’une personne ayant comme nous, frôlé la mort, après un accident quelconque. Ou tout simplement à une femme qu’on essaye de séduire, en sachant pertinemment que jamais nous la reverrons. A moins que cette femme essayait de me faire comprendre, qu’elle n’avait aucune pudeur, car marquée comme un animal.
Les deux gardes se levèrent et ouvrirent la porte. Je fis demi-tour, sans dire un mot et m’apprêtai à sortir, quand…
- Attends ! dit la femme.
Je m’arrêtai sur le pas de la porte.
- Ton épaule, dit-elle
- Quoi, mon épaule ?
- Montres-moi ton épaule droite.
Je me retournai, et la lui présentai, sans trop comprendre à quoi cette femme voulait en venir.
- Où a tu trouvé cette veste, avec cet écusson marqué « abri 15 » ?
Instinctivement je tournai la tête en direction de mon épaule, pour regarder à mon tour l’écusson soigneusement brodé.


- C’est la mienne… c’est ma veste, je l’ai toujours eu, pourquoi ?
- D’où viens-tu ?
- Je viens de la région d’Annecy.
Les paupières de Catherine se mirent subitement à battre.
- Tu viens de l’abri 15, c’est ça ?
J’hésitai à répondre à sa question, de peur de m’enfoncer un peu plus.
- Alors !
- En quoi cela peut vous intéresser. De toute façon, il n’y plus personne là-bas.
- Je sais plus de choses que tu peux le croire. Tu viens de cet abri ou pas.
- Oui ! Mais pourquoi voulez-vous…
Ses yeux devinrent brillants, et les deux gardes à côté de moi se regardèrent mutuellement sans trop comprendre ce qu’il se passait.
- Laissez-moi seul un moment avec lui, ordonna la femme.
- Vous croyez que c’est bien prudent Catherine, dit un des gardes.
- Restez derrière la porte, je vous appellerai quand j’en aurai fini avec lui.
- Comme tu voudras répondit un des deux mutants. Ils sortirent et refermèrent la porte derrière eux.
Catherine se rapprocha immédiatement de moi.
- Tu es un hiberné, c’est ça ?
Je fis un signe affirmatif de la tête.
Elle fit subitement un pas en arrière.
- Qu’est-ce qui me dit que tu n’es pas un pilleur. Ton nom !
- Je vous l’ai déjà dit. Franck.
- Franck comment ?
- Franck Poole.
La femme fit la moue.
- Non… cela ne me dit rien. (Son visage devint grave). En quelle année as-tu été hiberné ? Tu as intérêt si tu veux espérer quitter ses lieux, à me donner la bonne réponse, car je la connais.
- Le huit Février deux mille vingt deux. Ça vous va comme réponse !
Son visage se détendit immédiatement. Elle ajouta : Donnes-moi le nom d’autres personnes qui étaient avec toi dans cet abri.
Je ne parvenais toujours pas à comprendre ou elle voulait en venir.
- Et bien… il y avait Richard Thorn, Ellie Arroway, Julius Kelp… ça vous suffit ?
Les yeux de Catherine s’illuminèrent.
- Oui, oui… c’est ça, ce sont eux, dit-elle. Connais-tu Stéphanie Mercier et André Smyslov ?
- Oui, ils étaient aussi dans l’abri, je les ai croisés, mais ils ont été…
- Enlevés en deux mille vingt deux, intervint la femme.
- Comment savez-vous cela, demandais-je stupéfait.
- Parce que… c’étaient mes parents.

Fin de la première partie.
* Je suis en train de mettre (en interne) pas mal de choses à jour très importantes pour les chapitres suivants : Personnages, lieux, trame et cohérence de l'histoire, etc. Tout cela prend pas mal de temps. Donc, un peu de patience pour la seconde partie de ce chapitre, ou Catherine va révéler beaucoup de choses à Franck, et ainsi, l'aider à poursuivre son périple.. 

(1) Malgré que cela soit des mutants, il s’agit tout de même d’humains avant tout. Ne vous étonnez donc pas, chers lecteurs, si je les appelle tantôt des mutants, tantôt des humains.

Chapitre 29 : Une journée presque ordinaire


29 mai 2070

« Notre civilisation se meure lentement. La race humaine, par manque de natalité, est condamnée à disparaître et à sombrer dans l’oubli. Qui la remplacera ? Ces loups étranges que j’ai croisés non loin de l’abri 15 ? Ou ces mystérieuses créatures mutantes, dont je n’ai aperçu pour le moment qu’une silhouette furtive ? A moins que cela soit toi et tes semblables, mon brave Ulysse. Après tout c’est peut être mieux ainsi.»
Franck Poole
Le 29 mai 2070


J’avais l’impression d’avoir dormi une éternité, et chose étonnante, je n’avais pas cette fois-ci mon traditionnel mal de tête post-réveil. Et comme une bonne nouvelle n’arrivait jamais seule ; ma cuisse, malgré un gros hématome, ne me faisait plus mal.
A proximité, sur une petite table, était posé dans une assiette, un gros morceau de fromage d’un blanc immaculé. Sur le dessus, de légères stries régulières, telles des petites vaguelettes façonnées par une mer d’huile, lui donnait un aspect fort appétissant. Je pris mon couteau et coupai soigneusement un morceau.



« C’est vrai qu’il est délicieux son fromage. »
J’en repris une autre portion.
- Alors ! Il n’est pas bon mon fromage de brebis, s’exclama Walter, faisant soudainement irruption dans la pièce.
- Excellent en effet, répondis-je la bouche encore pleine de fromage.
- Rien que pour ça ! dit-il en dégustant à son tour un morceau, cela vaut la peine de venir au monde, vous ne croyez pas ?
- Je n’avais jamais envisagé cela sous cet angle.
« Sacré bonhomme »
Après tout, c’était peut être lui qui avait raison. N’étais-ce pas mieux de vivre ainsi. Walter avait son potager et son petit troupeau, composé de chèvres, brebis, et que sais-je encore. Le choix d’une vie simple en somme. D’ailleurs, comment était-il possible de vivre autrement de nos jours. A l’observer en train de se délecter de son fromage, j’étais pratiquement convaincu qu’il était plus heureux maintenant, qu’avant la guerre.
- Venez Franck, je vais vous montrer mon potager.
- C’est gentil, mais je...
- Allez ! Vous avez bien le temps, dit-il sur un ton impatient.
Le vieil homme s’assit sur un vieux banc en bois faisant face à son jardin, puis il écarta les bras de la même façon qu’un curé désireux de bénir ses ouailles.
- Je viens tout juste de transplanter mes choux et mes pommes de terre. J’ai semé aussi un peu de haricots verts, et de l’ail aussi. Je suis très fier de mon jardin, dit-il le regard satisfait.
Je vins m’asseoir à côté de lui.
- Je voulais vous demander.
- Oui Franck ?
- Vous qui avez pas mal bourlingué à travers la France. Je me demandais si… vous aviez quelques conseils à me donner ?
- Des conseils !… Hum… le vieil homme se leva et se gratta le front un instant. Evitez les autoroutes, ils sont truffés de mines et de pièges divers, et malgré les années, bon nombre sont encore actifs. Prenez plutôt les routes secondaires. Fuyez autant que possible, les grandes villes, elles sont infestées de rats, et autres bestioles inidentifiables. Sans parler des cannibales. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’il n’y a plus beaucoup d’habitants dans ce pays, toutes les cités que j’ai traversées étaient pratiquement toutes désertes ; de véritables villes fantômes.



- Je vois… D’après les informations qu’ils m’ont été données ; quatre vingt quinze pourcent de la population mondiale a été décimée après la guerre. Et d’après mes calculs qui prennent en compte différents facteurs ; tel que les maladies et plus particulièrement le peu de natalité, il devrait y avoir en France aujourd’hui, au bas mot, pas plus de trois cent mille habitants. Ce qui fait moins d’un habitant au kilomètre carré.
- Cela ne m’étonne pas s’exclama Walter, en dehors de quelques villages, il était rare que je rencontre âme qui vive.
- Walter, avez-vous rencontré des mutants lors de vos différents voyages ?
- Des mutants ! Des mutants humains comme les Morlocks, c’est ça ?
- Oui.
- Je… je crois en avoir aperçus une fois. C’était il y a environ cinq ans. Je revenais avec mes amis, d’une expédition en Suisse, du côté de Genève exactement. Nous étions à la recherche d’armes pour le village ; plus précisément de munitions. Je me rappelle maintenant, c’était dans une forêt, un matin de très bonne heure. Nous nous apprêtions à repartir pour Seyssel, quand tout à coup, Richard nous a fait signe de nous mettre à plat ventre. Une fois au sol, il nous a dit à voix basse qu’il venait d’apercevoir une dizaine de créatures d’apparences humaines.
- Vous les avez vus ?
- Oui, dit-il, j’ai relevé lentement la tête, et j’en ai aperçu un. Il était grand et très athlétique, mais son corps semblait quelque peu difforme. Un peu comme s’il avait eu une malformation à la naissance. Quelques minutes plus tard, j’en ai vu d’autres ; l’un deux avait un bras plus court que l’autre, un autre avait une chevelure qui lui descendait jusqu’aux fesses. Il y avait une femme aussi. Bizarrement elle était chauve, elle avait un gros ventre… surement enceinte. Nous en avions comptés en tout, une bonne dizaine. Puis il ajouta : Ils avaient aussi des chiens avec eux. L’un deux en avait d’ailleurs un, qui avait les yeux d’un bleu pas ordinaire.



« Comme ce loup dans la forêt » me dis-je mentalement.
- Ils étaient armés ?
- Non… je ne crois pas. Enfin… si, ils avaient des bâtons et des haches. Je n’ai pas très bien vu, j’avais le soleil dans les yeux. C’est drôle…
- Qu’est-ce qui est drôle ?
- Ces créatures, ne me semblaient pas hostiles.
- Et qu’avez-vous fait ensuite ?
- Ce qu’on a fait ! Rien. Nous avons attendu qu’ils s’éloignent, puis nous avons repris notre chemin sans demander notre reste.
- Je ne comprends pas. Qu’est-ce qui vous fait croire que ces mutants ne semblaient pas agressifs.
- Je ne sais pas, répondit le vieil homme, l’air soudainement songeur. Je ne me l’explique pas. C’est ainsi.
- Bon… et bien… il est temps pour moi de partir.
Me rappelant soudain mon entrée triomphale à Nâves-Parmelan :
- Une dernière question Walter.
- Oui ?
- Est-ce que les gardes de la ville ont tendances à sauter sur tous les voyageurs qui y entrent ?
- Non, pas à ma connaissance. Seyssel est la seule ville commerçante à des kilomètres à la ronde. Si vous montrez pattes blanches, et adopter une attitude humble, vous devriez pouvoir pénétrer dans la ville sans trop de soucis. Attendez-vous à être tout de même surveillé du coin de l’œil par un ou deux gardes pendant votre séjour, du moins au début.
- Merci du conseil Walter.
Nous nous serrâmes la main et je pris congés. J’avais à peine fait une centaine de mètres, quand :
- Franck ! Attendez.
Je me retournai, et vis le vieil homme un sac militaire à la main, s’approcher à grandes enjambées.
- Qu’y a- t-il ?
- Réflexion faite, Je vais vous accompagner à Seyssel, dit-il le souffle court, j’ai quelques achats à faire. Cela ne vous dérange pas ?
- Pas du tout, au contraire.
Au bout d’une demi-heure de marche, nous arrivâmes enfin à l’entrée de la ville. Un garde fit un salut de la main en direction de Walter.
- Salut vieux brigand, dit le garde qui affichait une mine déçue.
- Bien le bonjour Bernard, répondit le vieil homme. Alors ces chaussures ?
- Tu parles de chaussures, elles ne sont pas à la même taille. Tu m’as encore arnaqué.
- Pas du tout, rétorqua Walter. Tu m’as dit que tu avais un pied plus petit que l’autre ; c’est pour ça que je t’ai vendu une chaussure en taille quarante trois, et une autre en quarante deux. Tu les as essayées hier, en me disant qu’elles t’allaient bien… faudrait savoir ce que tu veux l’ami.
- N’empêche que j’ai mal au pied.
Le garde se retourna subitement vers moi, et me dévisagea de la tête aux pieds.
- Il est avec toi ? S’exclama-t-il l’air perplexe.
- Oui, t’inquiètes pas… pas de problème, c’est un ami à moi.
- Ok ! Dans ce cas, allez-y.
Nous continuâmes notre marche en direction du centre ville. Walter avait l’air de connaitre tous les habitants. A chaque fois que nous passions à côté de quelqu’un, il le saluait.
- Vous avez l’air de connaitre tout le monde.
- Depuis le temps que je viens ici, le contraire serait étonnant, répondit-il en serrant une autre poignée de main au passage.
Peu après :
- Gardez votre chien près de vous Franck, les gardes tirent à vues sur les animaux errants.
- Entendu. Mais je n’ai encore jamais attaché cet animal. Je ne sais pas si…
Je pris un bout de corde et le mis autour du cou de l’animal. Ulysse sembla comprendre mon geste, et il ne broncha pas.
- Ah ! Nous voilà chez Pierre.



Walter ouvrit la porte du magasin, et nous pénétrâmes à l’intérieur. Quelques cageots remplis de fruits et légumes aussi divers que variés, emplissaient la boutique. Un mélange d’odeurs très agréable s’en échappait. Dans un angle de la pièce, un garde à la mine patibulaire, passablement somnolent, surveillait la boutique.
- Salut Walter, dit le commerçant. Qu’est-ce que tu as de beau à me vendre aujourd’hui ?
- Beau ! Je ne sais pas, mais ce qui est sûr c’est que c’est rare. (Walter m’adressa un clin d’œil.)
Le vieil homme ouvrit son sac et en ressortit deux bouteilles de cognac apparemment très anciennes. Les yeux de Pierre se mirent aussitôt à sortir de leurs orbites.
- Par tous les saints ! S’exclama le commerçant. Où as-tu déniché ça, vieux filou ?
- Par très loin d’ici, du côté de… Walter se tut subitement, puis ajouta : Tu ne crois tout de même pas que je vais te révéler d’où ça vient, et mon business alors !
Et tous les deux se mirent à rirent à gorges déployées, sous le regard amorphe du garde. Soudain, le rire de Pierre s’interrompit brusquement.
- Combien pour les deux bouteilles ! dit-il à Brûle-pourpoint.
Je vis Walter rouler des yeux. Il dit :
- Deux caisses de légumes et une caisse de fruits. Et le briquet tempête que tu caches sur ton étagère là-haut.
- Des Légumes ?… des fruits ? Je croyais que tu avais un potager ? Enfin… tu y va un peu fort tout de même, deux bouteilles pour tout ça. Il faut que je réfléchisse…
Le vieil homme s’impatientait.
- C’est du Cognac HORS D’AGE, Pierre. Pas de la pisse de Morlock.
- Oui… Oui JE SAIS !… Bon !... Marché conclu. Aboule les bouteilles…vieil escroc.
Et les deux hommes se mirent de nouveau à rirent.
- Vous avez l’air de bien vous entendre avec lui, dis-je à Walter à voix basse.
- Oui, surtout depuis que je lui ai sauvé la vie, il y a de cela un an.
- Que s’est-t-il passé ?
- Il s’est fait attaquer par des chiens errants non loin de son verger, répondit le vieil homme. Je passai par là. Et j’ai descendu ces maudites bestioles. Depuis nous sommes devenus amis. Mais… bon ! les affaires restent les affaires.
- Et ton ami, il veut quelque-chose aussi ? s’exclama le commerçant.
- Et bien…
- Non ! Lança Walter avant que je finisse ma phrase, mon ami n’a besoin de rien. Nous devons partir.
- Comme tu voudras l’ami.
Walter et moi firent demi-tour et sortîmes de la boutique. Une fois dehors, la voie de Pierre se fit de nouveau entendre.
- Hé ! Walli, tu as oublié ton briquet. (Le commerçant lui lança)
- Merci ! Je commence à perdre la tête, répondit le vieil homme.
- La tête peut être, mais pas le sens des affaires, ajouta Pierre, en refermant la porte de sa boutique.
- Pourquoi vous a-t-il appelé Walli ?
- C’est le surnom que les gens me donnent ici. C’est le diminutif de Walter Ilford. Certains autres m’appellent comme cela, en raison de ma manie de ramasser et d’entasser toutes ces reliques du passé. Par contre là, je ne vois vraiment pas le rapport  avec mon nom? Assez bavardé, allons un peu à l’écart des curieux, j’ai deux trois trucs à vous donner.
Walter posa ses cageots sur un vieux mur en pierre.
- Tenez ! Me dit-il en me tendant quelques fruits et légumes, ainsi que le briquet. C’est pour vous. Un peu de vitamines vous fera du bien, vous avez une mine de poulet décongelé. Et pour le briquet… Bah ! Il vous sera peut être utile ?
- Merci Walter, c’est gentil. Mais je… Pourquoi faites-vous tout ça pour moi ?
- Parce que vous êtes mon ami. (Il me mit une petite tape sur l’épaule) Allez ! Ne vous inquiétez pas, j’ai en réserve bien caché dans une planque, une montagne de trucs de valeurs à échanger. Je suis tranquille pour cent cinquante piges* (années en argot)
Je rangeai soigneusement les fruits et légumes dans mon sac, et remettais celui-ci sur mon dos.
Le vieil homme m’accompagna jusqu’à la sortie de la ville. Nous passâmes ensuite sur un vieux pont qui enjambait le Rhône.



Nous marchâmes encore quelques centaines de mètres, puis Walter s’arrêta.
- Et bien Franck, c’est ici que nos chemins se séparent, et je dois avouer que si j’avais eu dix ans de moins, j’aurais fait, l’histoire de me dégourdir un peu les jambes, volontiers le voyage avec vous.
Walter et moi, nous nous serrâmes longuement la main.
- Soyez prudent dit-il, et n’oubliez pas mes petits conseils.
J’hochais la tête en guise de réponse.
- Au revoir Franck, et tachez de rester en vie.
- Au revoir… Walli, à un de ces jours… peut être ?
- Oui… peut être, mais ne tardez pas trop, répondit-il avec un léger rictus, je commence à me faire vieux.
Sans un mot, J’ôtais la corde autour du cou du chien.
- Allez Ulysse ! En route.
Je pris mon localiseur, et entrai les coordonnées de Bourg-en-Bresse. Celui-ci m’indiqua de prendre la route D991 puis la D123 menant dans la montagne, vers le col de la biche, en direction du village de Brénaz.
Je fis un dernier signe de la main à Walter. Quelques minutes plus-tard, je m’engouffrais sur la route défoncée.



Comme pour m’accueillir ; un couple d’oiseaux passa au dessus de ma tête et disparut dans la forêt profonde qui se présentait devant moi. J’étais de nouveau seul.
La matinée était déjà pas mal avancée.
- Il va falloir que je me fixe comme objectif d'arriver à Hauteville-Lompnes avant ce soir.
La route montait en lacet jusqu’au sommet de la montagne, pour redescendre ensuite vers le village de Brénaz. Je décidai d’accélérer le pas.
Un peu plus tard, j’arrivai sur une zone dégagée, m’offrant un joli point de vue sur la vallée, ainsi que sur le Mont-Blanc. J’avais du mal à imaginer, en contemplant ce magnifique
panorama, qu’une guerre atomique avait eu lieu. Tout avait l’air si paisible. Je pus apercevoir sur ma droite, à l’aide de mes jumelles, les gorges du Fier ; repaire des Morlocks. Malgré les arbres qui la dissimulaient, je reconnus la maison de Walter, grâce à la fumée qui s’en échappait.


Je l’imaginai en train de préparer quelques saucisses. Cette pensée me donna subitement l’eau à la bouche. Me voyant toujours en train de regarder dans mes jumelles, le chien se mit à aboyer :
- Ouaf !
- Tu as raison Ulysse, ne trainons pas, il y a encore beaucoup de chemin à faire.
Le temps commençait sérieusement à s’assombrir. Au loin, l’orage grondait, et ne tarderait pas à être bientôt sur nous.
- Drôle de temps, dis-je à haute voix.
Quelques minutes plus tard, une pluie soutenue se mit à tomber. Je fus contraint de me mettre à l’abri sous un sapin.
- Me voila au sec.
Je patientai ainsi quelques minutes, dans l’espoir que ce déluge d’eau se calme un peu ; il n’en fut rien. Soudain, un lapin passa devant moi, puis s’arrêta. Il me regarda un moment, puis il reprit sa route en sautillant joyeusement. Je commençai à appréhender les animaux qui se mettaient subitement à me regarder, mais cette fois, rien ne se passa ; pas de rats à sa poursuite, ni de chiens sauvages, ou que sais-je encore.
- Ouf !
Au loin, une petite maison en ruine attira mon attention. Je quittai aussitôt mon abri précaire, et courrai en direction de la bâtisse. A proximité de celle-ci, un vieux panneau routier indiquait : Golet de la biche – Forêt de Brénaz.
- Je vais en profiter pour manger un morceau.
Malgré un grincement sinistre, la porte, à ma grande surprise, s'ouvrit sans effort. Je me retrouvai dans la cuisine. Tout avait déjà été pillé, même dans cet endroit fort reculé. La seule chose qui n'avait pas été volé, c’était ces quelques paires de chaussures reposant sur des étagères non loin de l’entrée.



- Cette table et cette chaise feront l'affaire.
Une fois assis, je fis un rapide repas. Walter avait dit vrai, les fruits de ce commerçant étaient excellents. Mon repas terminé, je regardai par la fenêtre. Entre-temps, la pluie s’était enfin arrêtée. Quelques rayons de soleil transperçaient ça et là les sombres nuages. Je repris la route, et une heure plus tard, j’arrivai enfin au village de Brénaz.
- Plus que quinze kilomètres à faire, et je serai arrivé à Hauteville-Lompnes.
Je profitai d’une courte pause pour vérifier la radioactivité ambiante. La flèche indiquait un taux largement en dessous de la norme.
- Bien ! Continuons.
Les hameaux en ruines, pour la plupart, se succédaient les uns après les autres ; Chemillieu, Lilignod.



Je n’avais rencontré personne depuis mon départ de Seyssel ; ce qui, à la réflexion, ne m’étonnai pas vraiment, étant donné le peu d’habitants que comportait aujourd’hui la France. Une grande majorité des gens, des survivants devrais-je plutôt dire, s’étant regroupées dans quelques villages bien gardés ; tels-que Nâves-Parmelan et Seyssel.
Le calme ambiant était parfois entrecoupé par des cris d’animaux.
Passant à proximité d’un point d’eau non contaminé du nom de : Puits des Tines, j’en profitai pour remplir une des mes deux gourdes déjà vide. Je levais la tête et vis une pancarte où il y était écrit : Puits des Tines. Site pittoresque sur la rive du Séran. Haute cuve rocheuse, profonde de 6 m, creusée par l'énergie tourbillonnante des eaux au cours des siècles. Très spectaculaire en période de pluie. Tines signifient cuves. Ce sont les noms donnés à ces étranges cavités sculptées dans la roche par fa force du courant.
Le reste du texte était illisible. Je remettais en place ma gourde, et continuai mon chemin. Arrivé au village de Lompnieu, je fis une nouvelle pause, à cause d’une ampoule au pied qui commençait à me faire mal. Histoire d’aérer un peu mes pieds, je retirai mes chaussures et mes chaussettes humides de transpiration. L’odeur n’était pas franchement agréable. Je posai mes pieds nus dans l’herbe sèche, c’était très agréable. Assis dans l’herbe, je regardai la petite montagne sur ma gauche.



- Ce doit être le col de la Rochette, de l’autre côté c’est Hauteville-Lompnes, dis-je au chien.
Ulysse aboya.
- Courage ! Ajoutais-je, plus que quelques kilomètres et nous serons arrivés, et s’en sera fini pour aujourd’hui.
Une fois le col franchi, j’arrivai enfin en vue de Hauteville-Lompnes. Une jolie cascade où s’abreuvait une biche, attira un instant mon regard. L’animal pris de surprise, s’enfuit en un éclair à travers la forêt.



Quelques minutes plus tard, et à bout de force, avec une ampoule de plus au pied, je prenais possession pour la nuit, de la première maison du village.
- Et bien mon brave Ulysse, voila une journée comme j’aimerai en voir plus souvent. Mis à part ces quelques cloques aux pieds. Il n’y a eu aucun danger pendant le trajet. Une poignée de secondes après, Je m’endormais aussitôt, à même le sol, sous l’œil vigilant de mon compagnon, dans un profond sommeil. Il était vingt deux heures trente.



Franck aura-t-il demain, une journée aussi tranquille que celle-ci. Que nous réserve comme surprise la ville de Hauteville-Lompnes. Parviendra-t-il à atteindre sain et sauf Bourg-en-Bresse ?
Réponse prochainement…

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