Chapitre 29 : ?

29 mai 2070

« Notre civilisation se meure lentement. Par manque de natalité, la race humaine est condamnée à disparaître et à sombrer dans l’oubli. Qui la remplacera ? Ces loups étranges que j’ai croisés non loin de l’abri 15 ? Ou ces mystérieuses créatures mutantes, dont je n’ai aperçu pour le moment qu’une silhouette furtive ? A moins que cela soit toi et tes semblables, mon brave Ulysse. Après tout, c’est peut être mieux ainsi.»
Franck Poole
Le 29 mai 2070


La suite en Janvier...

Chapitre 28 : Un bien étrange sourire


28 Mai 2070

« Quand je vois ce monde en train de se désagréger à petit feu, je ne peux m’empêcher de penser aux générations futures. Sommes-nous réellement sortis de la préhistoire ? »
Armée des ombres
Le 03 décembre 2009

7h00 du matin :
Le soleil bas dans le ciel, nimbait d'une clarté ambrée la rue déserte en contrebas.
Je fourrageais dans mon sac, et en ressortis une grosse tranche de pain d’épice ; celui-ci était délicieux.
Le chien renifla aussitôt dans ma direction. Il se leva, et s’approcha de moi.
- Tu veux gouter ?
Je rompais un morceau, et le lui tendis.
- Tu a l’air d’apprécier. (Je lui mis une tape sur le flanc.)
De la haut, j’avais une vue imprenable sur les gorges du Fier ; entaille nette et franche en travers de la montagne, faite par une gigantesque épée tenue par un Dieu invisible.




J’en profitais pour scruter les alentours immédiats. Et à mon grand étonnement, il n’y avait toujours personne ;  tout était silencieux.
Je ramassais mes affaires et descendais les marches menant au rez-de-chaussée. Une fois devant le parvis de l’église, je levais la tête et scrutais le ciel. Il allait faire beau.
- Bien... (Je regardais mon localiseur). Je dois rejoindre la D14.
Je repris donc mon chemin.
Après être passé devant une jolie cascade, où j’en avais profité pour remplir ma gourde d’eau, fort heureusement non contaminée. J’arrivais au village de Saint André, lui aussi en ruine.
Un chien d’une maigreur effrayante passa en trombe devant moi, poursuivi par un énorme rat noir. Ulysse se mit aussitôt à grogner.
- NON ! Laisse-le, dis-je au chien. Je ne voudrais pas que tu te fasses mordre par cette saloperie de bestiole bourrée de virus.
Entre-temps, le rat avait stoppé sa course et nous fixait. Cela me rappela immédiatement ma mésaventure avec les chiens sauvages de Nâves-Parmelan.
- Viens ! Tirons-nous d’ici avant que nous ayons une armée de rat sur le dos.
D’autres rats surgirent... Beaucoup de rats.
Je pris mes jambes à mon coup en direction des gorges, pour m’arrêter qu’une centaine de mètre plus loin, afin de m’assurer si j’étais toujours poursuivi.
- Pfff !  Pfff !  Fis-je haletant. Je crois... Pfff ! Que nous les avons semés. Quelques gouttes de sueur perlèrent sur mon front.
Mais à y regarder de plus près, je n’avais pas semé ces bestioles, elles s’étaient simplement arrêtées devant l’entrée des gorges. A vue de nez, il y en avait une bonne centaine. Je n’avais jamais vu d’animaux de cette taille, ces satanés rats étaient énormes.
- J’ai eu chaud ! M’exclamais-je à haute voix. Je dois certainement être en dehors de leur territoire. A moins... (Je me retournais en direction des sombres gorges). A moins qu’ils ne veuillent pas rentrer là-dedans. Le rat est réputé pour être un animal intelligent, je suppose qu’il a certainement ses raisons.
De toute façon, même s’il y avait un quelconque danger dans ces gorges, je ne pouvais plus rebrousser chemin à présent, il n’avait qu’une seule route qui allait en direction de l’ouest.
- Continuons ! Dis-je tout en prenant mon arme à deux mains.
Je poursuivis mon chemin sur la route érodée longeant la falaise. Celle-ci était en très mauvais état, le bitume avait totalement disparu par endroit. Quelques arbustes rabougris essayaient tant bien que mal de pousser à même la route. En raison de la disparition des barrières de protections de la voie, je veillais bien à marcher le long de la paroi en amont, me penchant par moment pour apercevoir la rivière en contrebas.




Celle-ci formait des lacets et s’écoulait lentement en direction du Rhône, comme un serpent à demi endormi. Les gorges faisaient environ trois kilomètres de long. Quelques véhicules rouillés telle une masse informe, étaient entassés les uns sur les autres, obstruant parfois la voie, m’obligeant à les enjamber au risque de me blesser. Je dus porter Ulysse plusieurs fois afin de le faire passer de l’autre côté ; les coussinets de ses pattes étant bien plus fragiles que les semelles de mes Rangers.
J’étais à présent au milieu des gorges, je fis une halte bien méritée, près d’un vieux barrage.
- Je vais profiter de ce rayon de soleil pour recharger mon localiseur. (Voyant le chien s’éloigner) Ulysse ne t’éloignes pas !
La batterie se rechargeait doucement, et je n’avais rien d’autre à faire qu’à penser ou regarder le paysage : Des arbres, des rochers, des grottes, encore des arbres, encore des rochers. J’ouvris mon sac et pris le journal de Thorn, et profitais de ce moment de repos pour mettre à jour par écrit, le récit de ces jours écoulés. Je prenais un certain plaisir à coucher sur papier mon aventure, si l’on peut appeler cela ainsi. Cela me motivait, et peut-être qu’un jour quelqu’un parcourrait ces lignes.
Je regardais tout en fermant délicatement mon journal, l’indicateur de charge du localiseur ; celui-ci était presque rempli.
- Cela devrait suffire, allons-y !
Au même moment, je vis Ulysse s’arrêter et  tendre les oreilles en direction du vieux barrage.
- Qu’est-ce qu’il y a, tu as vu quelque chose ?
L’animal grognait. J’avais beau regarder dans tous les sens, je ne remarquai rien d’anormal. Mais il était évident que je faisais plus confiance envers le flair de ce chien, que dans le mien.
- Je ne vois rien... Attends !  Je crois avoir vu un truc là-bas.
J’ôtais mes jumelles de l’étui, et scrutais minutieusement la rivière en contrebas.
- Ouais ! J’ai vu bouger. Trois individus... Peut-être quatre.
La couleur de peau de ces gens était d’un blanc cadavérique.
« Ils se sont peints en blanc ou quoi ? » Me dis-je mentalement.
Voulant changer de place pour mieux les apercevoir, je fis malencontreusement tomber une pierre, qui dégringola jusqu’en bas. Ces personnes levèrent immédiatement la tête dans ma direction.
- Merde ! Quel idiot, ils m’ont repérés.
Je m’accroupissais, et regardais à nouveau en bas. Ils avaient disparu. J’eu à peine le temps de me relever, qu’ils étaient déjà sur la route à une vingtaine de mètre de moi. Même Ulysse n’avait rien vu.
« Incroyable ! Comment ont-ils fait pour grimper aussi vite jusqu’ici » 
Je pouvais les apercevoir très distinctement. Ils étaient tous nus. Leurs peaux blanche étaient ternes et imberbes avec des cheveux abondants et épais, d’assez petites tailles, dans les un mètre soixante cinq environ. Ils me faisaient penser à des hommes de Neandertal, non ! Plutôt des Cro-Magnon. Ma réflexion s’arrêta nette, quand je reçu un projectile dans la cuisse, suivi d’un deuxième sur l’épaule gauche. J’évitais le troisième de justesse qui se dirigeai semble-t-il, droit sur mon crâne.
« Joli traquenard cette route »
- ATTENDEZ... BORDEL ! Je ne vous veux aucun mal. Arrêtez de tirer, sinon je vous descends tous. Je levais l’air menaçant, mon arme en l’air. Aucune réaction de leurs parts. Pas de réponse non plus.
« Des frondes... Ils ont des frondes »
Je regardais autour de moi, il en arrivait de toute part. Je commençais à être pris de panique. Je me mis à courir et tirai une courte salve en l’air, quand j’en vis deux s’apprêter à me sauter dessus.  
Je ne me contrôlais plus, et déclenchais au même moment tout en hurlant comme un dément, un déluge de feu. La tension était énorme.
Les tirs s’arrêtèrent par manque de munitions. J’avais littéralement vidé mon chargeur sur eux. Une dizaine de corps sans vie étaient étendus sur le sol. Un véritable carnage.
- Humpff ... Rhoo !
J’avais envie de vomir. Mes jambes vacillaient, et malgré l’urgence à foutre le camp d’ici au plus vite,  je fus contraint pour reprendre mes esprits, de m’asseoir par terre quelques secondes. J’entendais mon cœur frapper dans mes tempes. Un peu plus bas, sortant d’une grotte, d’autres individus arrivaient, il fallait faire vite.
- Ils vont être ici dans la minute. Foutons le camp.
Malgré ma douleur à la cuisse, je courais comme un forcené, et au bout d’une poignée de minutes :
- Un tunnel ! Pourvu qu’ils ne soient pas de l’autre côté, sinon je suis fait comme un rat.




La chance fût avec moi. Et une fois celui-ci de franchi...
- Ulysse, je crois que nous les avons semés. Je vais finir par croire que je suis un casse-croute ambulant. D’abord ces saletés de rats mutants, ensuite ces... ces créatures à peau blanche.
Le chien aboya comme pour acquiescer.
- Continuons, nous sommes presque sortis de cet enfer.
« Quel idiot j’ai été, de passer par là. »
Je passais devant une ancienne carrière à ciel ouvert, puis dans un autre tunnel (en croisant les doigts.) Un hameau était visible de l’autre côté. Un panneau indicateur me le confirma peu après.
- Nous arrivons au village de Vens, dis-je au chien (j’avais du mal à lire le panneau, tellement il était abimé.)
Ici aussi, toutes les maisons étaient dans un triste état. Sauf une, où se dégageait de sa cheminée, une petite fumée blanche.




Je crus même sentir l’espace d’un instant, une bonne odeur de saucisses.
Je reprenais mon arme à deux mains, et me dirigeai en direction de la bâtisse. Il était midi.
Arrivé à quelques mètres de la porte, j’entendis une voix d’homme menaçante.
- Qui êtes vous, qu’est-ce que vous voulez ! Attention je suis armé. Un pas de plus et je vous transforme en puzzle.
Ma cuisse me faisait mal, et je ne donnais pas cher de ma peau, si je me mettais de nouveau à courir. Je décidais donc de me la jouer courtois.
- Ecoutez ! Je crois que j’ai eu ma dose de frayeur pour aujourd’hui dans les gorges. Et si vous le permettez, je continue mon chemin sans vous créer d’ennui. Ok ?
A ma grande surprise, la porte s’ouvrit et le type apparu sur le perron.
- LES GORGES ! Vous venez des GORGES ! Me dit-il avec son fusil à pompe solidement ancré dans les mains. Puis il se mit à rire.
- Ah ah ah ! Tout le monde me dit que je suis cinglé, mais en ce qui vous concerne, je crois bien qu’au bal des andouilles, vous ne seriez pas dans l’orchestre, dit-il, hilare. Les coups de feu, c’était donc vous, ajouta-t-il.
- Oui !
 J’ai cru qu’il y avait de l’orage là-bas, tellement cela pétaradait. Je suppose que vous avez du faire la connaissance des Morlocks !
- Les Morlocks ?
« C’est étrange, mais ce nom ne m’est pas inconnu »
- Ne cherchez pas, c’est comme cela que je les appelle. Ils ressemblent beaucoup aux créatures que l’on voit dans un vieux film du vingtième siècle. Hum... (Il levait les yeux au ciel) La machine à explorer le temps de H.G. Wells, c’est ça !
« Ce type est encore plus cinglé que Julius Kelp. Mais il n’a pas l’air trop agressif » Me dis-je mentalement.
- Ne vous y trompez-pas, jeune blanc bec, j’ai la gâchette facile, surtout envers les étrangers.
« Il lit dans mes pensées ou quoi ? Le hasard certainement »
- Et vous venez d’où comme ça, avec votre boxer ? Dit-il en reprenant un air faussement menaçant.
- De Nâv... Annecy, je viens d’Annecy.
- De chez les cannibales ! Il eu un léger rictus faisant converger ces rides, lui donnant ainsi un aspect comique. Décidemment, ajouta-t-il, vous aimez le danger jeune homme.
Voyant l’homme baisser légèrement son arme, j’en fis de même,  et ce, afin d’apaiser les esprits.
Le type devant moi, devait avoir facilement dans les soixante quinze ans, si ce n’est plus. De grande taille, malgré un dos qui commençait à se vouter légèrement. Assez maigre, les sourcils touffus et des lèvres fines. Son visage était buriné, et comportait par endroit de profondes crevasses. On aurait dit qu’une charrue lui était passée sur le visage. Il était assez élégamment habillé, ce qui contrastait étrangement avec le milieu ambiant ; Donnant à l’ensemble un aspect pour le moins anachronique. Son regard était vif, et d’un bleu profond.
Soudain !
- Merde ! Dit-il, mes saucisses sont en train de cramer. Bon... Heu... Ben... ne restez pas planter là comme un idiot. Vous avez faim ?
- Quoi ? et bien...
- Venez ! Je ne vais pas vous manger. Ce n’est pas la maison d’Hansel et Gretel  ici. Ah ah ah !
Puis il ajouta :
- Dès la minute où je vous ai vu, je savais que je ne risquais rien avec vous.
- Qu’est-ce qui vous fait croire que...
- Plus-tard les questions, s’exclama-t-il, mangeons ! Au fait, je m’appelle Walter Ilford, et vous ?
- Franck... Franck Poole.
- Et bien, enchanté de faire votre connaissance, dit-il tout en faisant une courbette ridicule.
A l’intérieur de la maison, régnait  un désordre indescriptible.




Partout autour de moi s’entassait des montagnes de livres, revues, magazines de toutes sortes, allant de l’érotique au scientifique le plus pointu. Toutes les tables étaient encombrées de bibelots divers et d’objets tous plus hétéroclites les uns que les autres. Les étagères sur ma droite, regorgeaient d’ouvrages apparemment anciens. Le couloir de gauche était lui aussi encombré d’un tas de livres.
Une fois attablé :
- Vous ne mangez pas ? dit le vieil homme, l’air manifestement navré.
- En vérité... je n’ai pas très faim.
Par prudence, je ne touchai pas à la nourriture qu’il me proposa, et prétextai un mal de ventre imaginaire. Le chien quand à lui, avait l’air d’apprécier la saucisse que l’homme lui avait lancé.
Walter leva soudain les yeux vers moi.
- Quoi ! Vous croyez que j’avais l’intention de vous empoisonner ?
- Non ! Mais...
- Et vous allez où comme ça l’ami ? demanda-il à brûle pourpoint.
- Au nord/est.
- Mais encore !
- En Alsace.
J’ai bien cru qu’il allait s’étrangler avec sa saucisse brulé.
- Kof ! Kof ! C’est bien ce que je pensais, vous êtes plus cinglé que moi. Et vous comptez y aller à pied, en compagnie de votre fidèle animal, c’est ça ?
- Oui, c’est à peu prêt ça.
- Ne le prenez pas mal, me dit-il en reposant sa fourchette sur la table,  mais je ne donne pas cher de votre peau. Vous avez l’air en bonne santé pour quelqu’un qui vient d’Annecy, cela m’étonne, étant donné que la ville n’est pratiquement occupée que par des cannibales et autres dégénérés consanguins.
En réalité je viens de Chamonix.
En guise de réponse, il acquiesça de la tête, et plongea son regard dans son assiette. Il prit son couteau et coupa soigneusement un morceau de pomme de terre.
- Vous mentez ! dit-il sans relever la tête de son assiette. De quoi avez-vous peur Franck ? D’un pauvre vieillard ? (il eu un rire gras)
J’étais mal à l’aise. Comment avait-il deviné que je mentais. J’étais si mauvais comédien que ça.
- Non, ce n’est pas ça. Disons qu’il y a certaines choses dont je ne veux pas parler.
- Après tout c’est votre droit. Tant que vous n’apportez pas les ennuis avec vous.
- Ne vous inquiétez pas…
- Je sais, me répondit-il, sans que j’eusse le temps de finir ma phrase. Pourquoi allez-vous si loin, si ce n’est pas trop indiscret.
J’en avais assez des mensonges. De toute façon, tout le monde se foutais éperdument de mon sort, et encore plus que je vienne d’un abri, où de la planète Mars.
« Tout le monde s’en fout »
- Je viens d’un abri anti-atomique, pas très loin d’Annecy. J’ai hiberné pendant près de cinquante ans ; de deux mille vingt deux à aujourd’hui pour être exact. Je voyageais avec des amis, ils ont été enlevés et emmenés dans le nord de l’Alsace. A Lembach précisément. Voila ! Vous savez tout. (Cela me fit du bien de dire la vérité.)
Il m’adressa un petit sourire approbateur. Puis il me dit :
- Cela me fait drôle de savoir que vous êtes probablement plus vieux que moi. Je n’ai jamais rencontré de congelés comme vous. (Il marqua une pause) Si, une fois, enfin je crois. C’était il y a bien longtemps, la première année que j’habitais ici. J’ai croisé un type pas très loin d’ici. Il avait l’air mal en point. Je lui ai donné un peu d’eau, et ensuite…
- Un hiberné ! Vous a-t-il dit d’où il venait, son nom, où allait-il ?
- Où il est allé ? Pas très loin (il fit un signe de la main) Je l’ai enterré dans le jardin derrière. Quand a son nom… Je ne me souviens pas. Ce dont je me souviens par contre, c’est l’écusson qu’il avait sur le devant de sa veste. Dessus il y était écrit : Abri 15.
Mon sang ne fît qu’un tour.
- MANDRAKE !  M’exclamais-je.
- Vous le connaissiez ?
- Oui, je viens moi aussi de cet abri. Pauvre Mandrake, il a fini ces jours ici.... c’est mieux ainsi. Quand je pense que ce type était prix Nobel de chimie organique. Ajoutais-je.
- Et oui mon ami, mais c’était un homme avant tout. Et la mort ne fait pas de différence entre les pauvres, les riches, les génies comme les imbéciles. Bien ! Assez pleurniché sur notre triste sort. Malgré mon âge, je ne suis pas pressé pour rejoindre votre ami Mandrake.
Je repensais soudain, à ce qu’il m’avait dit toute à l’heure.
- Pourquoi pensez-vous ne rien risquer avec moi ? Demandais-je intrigué.
- Parce qu’ils me l’ont dit, répondit le vieil homme, se retournant sur sa chaise pour me désigner du doigt les deux statues qui se trouvaient derrière lui.
- Je ne comprends pas ?
- Les statues... Elles me parlent.
« Ce type est marteau »
- Vous croyez que je suis fou, c’est ça ?
Walter se leva lentement de sa chaise pour se diriger vers le centre de la pièce. Et avant que je n’ouvre la bouche, il dit :
- Avant la guerre, je travaillais à la bibliothèque de France à Paris. J’étais responsable de la section livres anciens. Quand l’apocalypse est venue, et voyant l’anarchie s’instaurer dans le pays, j’ai décidé, non pas de m’enfuir en toute hâte comme tout ces moutons imbéciles, mais plutôt d’essayer de sauver le maximum de livres. Cela vous étonne n’est-ce pas ?
- Pour être franc... Oui. J’aurais pensé à sauver ma peau, tout mouton que je suis.
- Mais je l’ai sauvée Franck, je l’ai sauvée. Ma vie, ce sont ces livres, je n’ai rien d’autre, vous comprenez. Pas de femme, plus de parents, pas d’enfants... uniquement ces livres.
Maintenant je comprenais pourquoi il y avait une telle quantité d’ouvrages dans cette maison.
Ne sachant trop quoi dire...
- Heu ! Ce sont de jolies reproductions de statues que vous avez-là. 
Walter se retourna violemment vers moi.
- QUOI ! Des copies, vous voulez rire, se sont des statues originales. (Il fit un geste délicat de la main.) Laissez-moi vous présenter Néfertiti et la Vénus de Milo. C’est moi-même qui les ai ramenées du Louvre, ainsi que la Joconde et d’autres toiles, dit-il fièrement.
- Vous avez la Joconde ICI ? Dis-je sur un ton pour le moins incrédule.
- C’est ça, moquez-vous de moi, blanc-bec décongelé… Je vous la montrerais tout à l’heure.
- Ne vous énervez-pas, c’était simplement une question.
Sans un mot, Walter s’assit sur un fauteuil près du poêle, et me fit signe de venir.
- Asseyez-vous Franck, venez vous asseoir. Ces fauteuils sont très confortables. J’y ai passé quelques nuits.
Je m’assis à mon tour près du vieux poêle. Walter tenait dans la main une bouteille de Bordeaux. Il l’ouvrit religieusement, et remplit deux verres à égale quantité.
- Cela faisait longtemps que j’avais envi de l’ouvrir cette bouteille de Château Margaux. Mille neuf cent quatre vingt deux, vous vous rendez compte, dit-il en me tendant un verre. Afin de me rassurer, il but en premier. Ses yeux roulaient dans ses orbites. Quelle merveille vous ne trouvez pas ?
- Excellent en effet.
- Alors Franck, vous avez donc fait la connaissance des Morlocks.
- Oui ! Et je vais finir par croire que le cannibalisme est à la mode.
- Non, vous vous trompez, ce ne sont pas des cannibales comme ceux d’Annecy. Si les Morlocks avaient décidés de vous tuer, ils l’auraient fait au premier jet de pierre. Cela ne vous a pas paru étrange que les projectiles n’atteignent que vos membres ?
- J’avoue que je n’ai pas trop eu le temps de me poser de questions.
- Oui... Evidemment. En réalité ils voulaient vous attraper vivant, et en bonne santé, pour vous offrir en offrande à leur Dieu.
- D’où est-ce qu’ils sortent c’est... Morlocks ? Demandais-je dubitatif.
Le vieil homme ferma les yeux et prit une autre gorgée de vin. Son visage affichait une satisfaction certaine. Puis, il les rouvrit.
- En deux mille vingt deux, quand la guerre a éclatée, et que la panique s’est emparée de la planète, de nombreux habitants ont fuient les villes en raison de la propagation exponentielle du virus. Pensant être plus à l’abri dans les campagnes, certains se sont réfugiés dans les gorges du Fier, dans les grottes plus précisément.




Et d’après ce qu’il ce raconte ; c’est même une légende pour certain. Ils auraient été épargnés et ne seraient jamais ressortis des gorges depuis ce temps, et vénérant celles-ci de les avoir protégées. Ils ont été épargnés certes, mais le virus à provoqué chez-eux une mutation pour le moins surprenante, les faisant ressembler aux créatures de ce film. Voila !
- Mais pour l’offrande... le sacrifice humains ?   
- Ah oui, j’avais oublié ! C’est très simple et tellement logique à la fois. Toute personne qui pénètre dans les gorges est considérée comme impur, et par conséquent, nuisible. Donc, il vous capture et vous offre comme présent à leur Dieu ; les gorges du Fier en l’occurrence, afin que celle-ci continue à les protéger, et-ce jusqu’à la Saint Glinglin.
Walter conclu sa phrase en vidant son verre avec délectation. Le voyant vide, il fit la moue, et m’adressa un clin d’œil amical.
A voir sa tête, je crois bien que je venais de me faire un nouvel ami.
Ulysse vint à son tour s’installer près du vieux poêle. Walter posa sa main sur le crâne de l’animal, et le caressa quelques instants. Le chien ne broncha pas.
J’étais stupéfait de voir Ulysse se laisser approcher comme ça par un étranger, c’était bien la première fois.
Je me levais et déambulais dans la pièce, regardant au hasard les livres à ma portée. Walter, depuis son fauteuil, me suivait d’un regard amusé. Et quelque peu perplexe.
- C’est un sacré foutoir n’est-ce pas, me dit-il.
- On se croirait à Cuisery, chez un bouquiniste. Vous ramenez toutes ces choses de vos expéditions ?
- Oui c’est exact, la dernière remonte à un mois. Je suis allé à Motz, c’est un village pas très loin d’ici. Je commence à me faire vieux, les longues marches me fatiguent. Mais c’est plus fort que moi, dit-il en levant les bras au ciel, il faut toujours que je ramène tout un tas de trucs. D’ailleurs, les livres et objets divers qui sont sur la table derrière vous, proviennent de cette expédition, je suis pas mal occupé avec mon jardin en ce moment, et je n’ai pas eu encore le temps de les classer.
Je me retournai vers la table, et y jetais un rapide coup d’œil. Il y avait de tout : Des cartes postales, des magazines, un livre du philosophe Kant, des cartes routières, livres de science-fiction, et vieux ouvrages de récits de voyages. Il y avait même une bouteille de vin d’Alsace (Walter me surveillait du coin de l’œil, de peur que je ne lui fauche.)



Pendant que je consultai un ouvrage traitant semble-t-il, d’un récit de voyage, Walter me dit en me tendant un livre :
- Tenez ! Comme vous allez à Lembach, je pense que ce bouquin vous sera peut être utile. Là dedans vous avez tous les plans de tous les ouvrages fortifiés de la Ligne Maginot en Alsace. 
- Merci... Merci pour votre aide. (J’étais très touché.)
Pendant que je consultai le livre, le vieil homme s’absenta quelques instants, puis revint avec un magazine poussiéreux dans les mains.
- Je repensai à votre longue marche pour parvenir jusqu’à là bas. Et je me suis rappelé d’un truc. Il y a un mois de cela, lors d’une conversation bien arrosée avec un ami marchand de Seyssel. Il m’a dit qu’il avait vu à Bourg-en-Bresse, dans le sous-sol du palais des congrès, un... comment on appelle ces trucs déjà... J’ai la mémoire qui flanche... un Quad ! C’est ça, une moto à quatre roues si vous préférez. Ce machin là était entreposé dans une espèce de container étanche, caché derrière un monticule de vieux tapis de sol et de rideaux. Malheureusement, il n’a pas eu la possibilité de le ramener. D’abord il a tenté de le démarrer ; trop compliqué, m’a-t-il dit. Ensuite avec ses gars, il essayé de le monter sur sa charrette, mais celle-ci était déjà remplie à raz bord.
- Vous avez dit charrette. Il a des chevaux ? Demandais-je.
- Des chevaux ! Vous voulez rire. Ce sont des bœufs qui traînent sa charrette. Les chevaux, cela fait quinze ans que je n’en ai pas vu. Bref… tout ça pour vous dire qu’il a laissé cet engin là-bas à l’abri des regards indiscrets, dans l’espoir de revenir le rechercher plus tard.
Walter me tendit le magazine.
- Tenez ! C’est en page deux de ce magazine sur le salon de l’auto 2020. Vous verrez à quoi cela ressemble.
Je levais les yeux au ciel à la vue de cet engin. J’avais devant les yeux un Vindicator, le quad le plus puissant ayant été construit à  ce jour. Une véritable bombe, enfin... si l’on peut dire.



- Comment ça fonctionne ce machin là ?
- C’est un moteur électrique à induction, alimenté par l'énergie nucléaire, fournie par des piles qui fonctionnent au Thorium.
- Vous vous y connaissez vous, en moteur à propulsion atomique ?
« Tu parles, que je m’y connais ! »
Oui, c’est mon job, je travaille… je travaillais, dans un centre de recherche atomique. J’étais chercheur en physique nucléaire.
- Et bien ! content de voir un scientifique ici. En fait non… éviter tout de même de le crier sur les toits, beaucoup de gens sont assez haineux envers tout ce qui touche de près ou de loin à ce type de science, si vous voyez ce que je veux dire.
- Je peux le comprendre. Merci du conseil Walter.
- Qu’est-ce que vous en pensez ? Cela vaudrai peut être le coup que vous y alliez faire un petit tour. Qui sait, si vous arrivez à le faire marcher, vous serez rendu en Alsace en deux temps, trois mouvements.
- Je ne sais pas...
- Alors ? Me fit Walter. Ce n’est pas si loin que ça Bourg-en-Bresse, j’y suis déjà allé à pied. J’avais à peu près votre age.
- Je vais y réfléchir.
- Il est flambant neuf à ce qu’il parait, ajouta-il. Moi ce que j’en dis... c’est juste pour vous aider, et puis vous m’êtes sympathique, j’ai l’impression de me retrouver un peu en vous, quand j’étais jeune. Bref... changeons de sujet. Voulez-vous voir mes tableaux ?
- Oui !
Nous nous arrêtâmes devant la Joconde.




- Elle est belle, un ?
- Je ne l’avais jamais vu de si près, c’est drôle je voyais ce tableau plus grand. (J’approchais ma main)
- NON ! Malheureux ne la touchez-pas, vous pourriez l’abimer à jamais.
- Pardon !
- Je passe souvent des heures assis-là, à la contempler, et à lui parler. C’est un peu ma fiancée vous savez.
- Elle a un bien étrange sourire, dis-je à voix basse.
- C’est vrai... elle est tellement belle. Venez ! Retournons nous asseoir.
- Vous avez toujours vécu ici, lui demandais-je.
- Oui, toujours. Mais j’ai pas mal bourlingué pendant ma jeunesse. Les livres vous savez...
- Comment avez-vous pu survivre seul ici ?
- Oh ! Mais je ne suis pas seul, je descends régulièrement à Seyssel pour faire du troc. C’est un village assez dynamique d’une cinquantaine d’habitants. Je connais tout le monde là-bas. Si vous y passez, demandez Pierre, c’est un marchand de fruits et légumes. Vous lui direz que vous venez de ma part. Il vous fera un prix. Vous verrez, ses fruits sont excellents, autre chose que les saloperies qui poussent au hasard des routes du wasteland.
- Ok ! Merci Walter. 
- Pas de quoi mon gars, ou plutôt... Grand-père, devrais-je dire. Et il me mit en riant, une tape amicale sur l’épaule.
La conversation dura comme cela jusqu’au soir. Je prenais beaucoup de plaisir à bavarder avec cet homme. Entouré de tout ce bric à brac, j’avais le sentiment de me retrouver dans l’ancien temps. Dehors, le soleil descendait maintenant sur l’horizon
Me voyant regarder par la fenêtre :
- Si vous voulez, vous pouvez dormir ici cette nuit. Demain je vous ferais gouter mon fromage au lait de brebis.
- Merci pour l’hospitalité.
Walter retira une vingtaine de livres qui encombraient un divan.
- Vous n’aurez qu’à dormir ici, me dit-il en désignant de la main le canapé. Walter se mit à bailler. J’ai un petit coup de fatigue, je vais me coucher. Bonne nuit Franck. Vous êtes sous bonne garde.
Je ne compris pas le sens de sa phrase.
- Sous bonne garde ? Demandais-je intrigué.
- Oui ! Les statues.
- Bien sûr... les statues, acquiesçai-je de la tête.
Quelques minutes plus tard, je m’endormais à mon tour, sous bonne garde de mon chien.

Chapitre 27 : En route vers l'inconnu

27 Mai 2070

«Nos actes ne sont éphémères qu'en apparence. Leurs répercussions se prolongent parfois pendant des siècles. La vie du présent tisse celle de l'avenir.»
Gustave Le bon




5h00 du matin.
- Franck ! Ouvre, c’est Sandra, dit la jeune femme à voix basse.
Je relevais le loquet et entrebâillait la porte. Thomas et Lucie étaient avec elle.
- Bonjour M’sieur, me dit Thomas, le regard encore somnolant.
- Salut jeune homme, lui dis-je, en lui ébouriffant les cheveux.
- Il a voulu absolument venir te dire au revoir. (Je hochais la tête.) Tiens ! Tu en auras besoin, me dit-elle, en me tendant un sac.
- Merci, lui dis-je, tout en regardant à l’intérieur. Celui-ci contenait de la nourriture séchée.
- Nos gardes ont réussis à abattre cinq cannibales cette nuit. Tu es parvenu à dormir un peu.
- Oui ! (Je mentais, je n’avais pas fermé l’œil.)
- Je suis désolé que cela finisse ainsi Franck, mais...
- Ne t’en fais pas Sandra, je commence à m’habituer à ce genre de situation.
Lucie intervint :
- Cette nuit, j’ai essayé de réparer la Norton. Mais il n’y a rien eu à faire, le moteur est serré. Autrement je te l’aurais donné de bon cœur. Le réservoir n’est pas plein, mais tu aurais fait au moins une bonne centaine de kilomètres avec.
- Merci Lucie.
Puis elle ajouta :
- Tu sais... Je l’aime bien Julius. Je suis triste qu’il ne soit plus là. J’espère seulement que ces ordures ne vont pas le tuer.
Sandra, en guise de réconfort, posa sa main sur l’épaule de son amie.
- Où comptes-tu aller ? me demanda Sandra.
- A vrai dire, je ne sais pas exactement... J’y ai réfléchi une bonne partie de la nuit.
- Si tu veux, je te rends la clé de ton abri ?
- Non ! Pourquoi retourner là-bas. J’y ferais quoi ? Tourner en rond comme un singe en cage, jusqu’à que je finisse comme Richard Thorn. Non merci.
- Qui est ce... Thorn ?
- Mon ancien Directeur, il est décédé dans l’abri. Il y a disons... quelques années.
- Qui te parle d’y aller seul à ton abri. Je pourrais venir y vivre avec toi.
- Non ! Je ne crois pas que cela soit possible, répondis-je brutalement. Ta présence est indispensable au village au même titre que Lucie, surtout depuis l’enlèvement de Trelkovsky. C’est toi qui le remplace dorénavant.
- Mais je ne sais pas si...
- Ne t’inquiète pas Sandra, tu en sais suffisamment assez pour prendre la relève. De toute façon Trelkovsky serait parti, d’une façon ou d’une autre.
Lucie intervint :
- Je suis certaine que si tu t’enfuyais avec Franck, Eric partirait à ta recherche. Et le connaissant, il aurait vite fait de te retrouver.
Sandra accepta bon gré mal gré, ce que son amie venait de lui dire. (Elle s’y attendait vraisemblablement.)
- Tu sais, ajoutais-je, j’ai le sentiment que beaucoup de gens ont tendances à mourir brusquement autour de moi, ces derniers temps.
 - C’est ce que commencent à dire les gens du village, lança Lucie. Même ceux qui étaient encore de ton côté, désirent te voir partir.
- Evidemment ! Puisque Eric leurs à fait des menaces, répondit son amie.
- Certains pensent même, ajouta Lucie, que tu emportes la mort... avec toi. (Elle parue gênée pour le dire.)
- Ragots de vieilles sorcières ! rétorqua Sandra, rouge de colère. Maintenant qu’Eric est de nouveau le chef du village, il répand des absurdités pour mieux rassembler les habitants autour de lui.
- Eric est comme il est, mais je pense qu’il sera un bon chef, ajoutais-je, afin de calmer les esprits. J’aurais été à sa place, j’aurais certainement agit de la même façon.
Lucie et Sandra parurent surprises par mes propos.
- Je sais que tu n’y es pour rien, dit Sandra. C’est ce salop de Maxime qui les a fait venir ici. Un point c’est tout.
A cet instant, Sprog arriva en courant, et nous dit à haute voix :
- Ils arrivent...
Lucie se retourna en direction du gamin.
- Merci de nous avoir prévenu mon garçon. (Elle lui mit la main sur sa joue.)
- Il faut que tu partes maintenant, dit Sandra. Je t’accompagne jusqu’à la sortie du village.
Je dis au revoir à Lucie, et à Sprog. Puis, me penchant vers Thomas.
- Tu veilleras bien sur ta maman mon garçon, et n’oublies pas notre petit secret.
L’enfant fit un signe d’approbation de la tête. Sandra ne remarqua pas notre conversation, elle était trop préoccupée par l’arrivée imminente des gardes.
- Allez ! Tu dois partir, s’exclama Lucie. Puis elle ajouta :
- Franck
- Oui ?
- Si tu devais revenir un jour. Ce serait bien si tu pouvais me ramener Julius. Il me manque tellement. Et puis d’ici là, avec le temps, Eric se serra surement calmé, surtout si tu reviens avec notre toubib.
Lucie s’interrompit subitement, puis ajouta :
- Non... pardon, c’est idiot... Je sais qu’il y a aucun espoir. (Elle baissa la tête.)
Je me contentais de faire la moue. Que pouvais-je bien lui répondre.
Quelques minutes plus tard, j’étais à la sortie de la ville.
Sandra me rattrapa par le bras.
- Que vas-tu faire à présent, me dit-elle à nouveau, en larme. Où vas-tu aller ? Tu vas essayer de retrouver ta fille ?
Mon regard se perdait sur la route abandonnée, qui s’étalait devant moi, telle une langue monstrueuse, prête à me happer comme un vulgaire insecte.





Elle semblait m’appeler... m’attirer. J’étais déjà « ailleurs ». Soudain, une pensée me traversa l’esprit. Je me souvins de ce que m’avait fait sous-entendre Trelkovsky : Avoir un but, une motivation, quelque-chose à quoi se raccrocher. J’avais Camille bien sûr. Mais aussi... Ellie, Trelkovsky, Julius et Valérie.
« Qu’allez-vous devenir ? Je ne peux pas vous abandonner.»
- Franck, tu m’écoutes ?
Sandra me secoua le bras. Je me retournais vers elle.
- Je vais aller là-bas. Je vais essayer de les retrouver.
-  Mais ! C’est de la folie ! Te rends-tu compte de la distance.
Je voyais bien dans son regard qu’elle me suppliait de... De quoi d’ailleurs. De m’enfuir avec elle à l’abri 15 ? De partir ailleurs dans l’inconnu, avec un enfant de dix ans sur les bras ? Et pour aller où ? A moins que... Qu’elle veuille que je tue le chef afin de prendre sa place.
« Non ! Hors de question, je ne pourrais pas faire cela. Si je le tue, qu’adviendra-t-il ? Ce n’est pas pour autant que les villageois m’accepteront, surtout avec ce qu’il se dit maintenant sur moi. Le lendemain même, je serais assassiné. Il y a aussi Camille. Même si l’espoir est mince, je dois tout entreprendre pour la retrouvée. »
- Je dois partir. Je suis désolé Sandra.
- Même si tu ne peux pas aller là-bas. Tu reviendras ? Me dit-elle du bout des lèvres.
- J’essaierais... peut-être. (Mais je savais au fond de moi, que je ne reviendrai pas.)
Je vérifiais une dernière fois mon sac à dos. Tout était ok. Je pris Sandra dans mes bras et l'embrassai une dernière fois. Cette étreinte fût malheureusement trop brève, mais je devais partir.  
- Allez Ulysse ! En route.
Je me retournais au bout d’une dizaine de mètres, pour faire un dernier signe de la main. Eric se trouvait à côté de Sandra. Que pouvait-il bien penser à cet instant, en me voyant m’éloigner. Je me retournais en direction de la route. Devant moi, l'inconnu.
Je ne me faisais pas trop d’illusion sur ma durée de vie. Mais bizarrement, je n’éprouvais aucune peur envers ce qu’il pouvait advenir de moi. A y réfléchir, et paradoxalement, le fait d’être à pied pouvait être un avantage non négligeable. Certes, le trajet serait plus long. Mais je serais beaucoup plus discret qu’avec un véhicule à moteur ; pas de bruit ni de fumée détectable à des kilomètres à la ronde. De toute façon les routes étaient impraticables. L’idéal aurait été d’avoir un cheval, mais comme me l'avait expliqué Trelkovsky ; Cette race avait pratiquement disparue pendant la grande famine. Tous les chevaux avaient été mangés, les malades comme les valides. Il fallait bien que je me fasse une raison.
J’allumais mon localiseur, et entrai les coordonnées de Lembach. L’aiguille vacilla quelques microsecondes, puis m’indiqua le Nord/Est. La distance à vol d’oiseaux, était d’environ, trois cent cinquante kilomètres.
- A raison de cinq kilomètres par heure environ, disons... pendant six heures par jour. Il me faudrait... voyons... Une douzaine de jours. A y réfléchir, ce n’était pas impossible. Long, mais faisable.
La lumière du localiseur se mit à diminuer d’intensité.
- Il va falloir que je pense à recharger cet appareil. (Je regardais le ciel.) Deux jours sans soleil, et cette satané batterie est presque à plat.
Au bout d’une heure de marche, sans rencontrer âme qui vive, mise à part quelques gros oiseaux, et deux chiens errants, j’arrivais à Saint-Martin-Bellevue.
- Pour bien faire, il faudrait que je rejoigne l’ancienne autoroute A41 en direction de Villy-le-Pelloux.
Au fur et à mesure de ma progression, une certaine confiance en moi se mettait lentement en place. Ulysse marchait tranquillement à mes côté. Et le mouvement de ses oreilles, tel un radar, m’avertissaient à la moindre chose suspecte. Oui ! J’allais les retrouver. Je devais les retrouver.
Du haut d’une petite colline, j’apercevais enfin, en contrebas, le grand ruban d’asphalte, du moins ce qu’il en restait. La végétation avait envahie peu à peu la chaussée.
- Continuons, dis-je à mon animal.
Mon compteur Geiger commençait à s’exciter un peu.
« Pas bon ça »
Je fis une halte à un ancien poste de péage.




Et profitai de cette courte pause pour me restaurer un peu.
La végétation devenait plus rare en direction du Nord. L’herbe était jaune par endroit. De nombreux arbres étaient... morts. L’aiguille du compteur indiquait un taux de radioactivité en forte hausse. Je me relevais, et profitai de la hauteur d’un vieux bus abandonné, pour grimper sur le toit du poste de péage. Une fois là-haut, je sortis ma paire de jumelles.
Le panorama surréaliste qui défilait dans mes jumelles, était absent de toute vie. Ni arbres, ni prairie. Rien... stérile, pétrifié... lunaire. Le mont Salève qui se profilait à droite, était méconnaissable, le massif avait été littéralement "haché" . Les deux énormes cratères  que j'apercevais au loin, en étaient certainement la cause.



- Probablement deux impacts de bombes atomiques, dis-je à haute voix, en m’adressant au chien qui se trouvait en contrebas.
Celui-ci leva la tête. Son regard me fit comprendre qu’il n’en avait que faire... Evidemment.
- Et bien je crois, mon brave Ulysse, que nous ne pourrons aller plus loin dans cette direction. Essayons de prendre plus à l’Ouest.
Les kilomètres défilaient, et le compteur ne voulait toujours pas descendre sur un taux acceptable. Je commençai à être fatigué, et ma nuit blanche n’arrangea rien. Je fis une pause de quelques minutes, près d'un vieux panneau publicitaire.




- Merde ! Il doit bien y avoir un passage. Si ça commence comme ça, je vais tourner en rond.
Il était midi. Devant moi s’étalaient les ruines du village de Sillingy. Je venais de parcourir environ dix sept kilomètres. L’aiguille du compteur baissa légèrement. Je fis une autre pause. La mauvaise nouvelle était que la fatigue commençait sérieusement à se faire sentir. La bonne était que les radiations baissaient en direction de l’Ouest. Je consultais la carte, et constatais avec résignation que je devais continuer dans cette direction, afin de pouvoir contourner la zone radioactive.
Je traversais d’autres villages, pour la plupart en ruines, et abandonnés depuis des lustres. Le Biolley, Saint Eusèbe, Et enfin Versonnex, où je décidais d’y passer la nuit. Je n’en pouvais plus.





Le clocher de l’église était encore debout. Je pris mes quartiers en haut de l’édifice. L’escalier en bois menant au dernier étage, n’avait pas l’air d’avoir trop souffert des ans. La vue depuis mon perchoir, était imprenable. Durant tout ce chemin je n’avais pas vu âme qui vive. Cela ne m’étonna qu’a moitié. Une fois confortablement assis. Je me mis à réfléchir.
Deux choix se présentaient maintenant à moi. Remonter à présent en direction du Nord, vers Vanzy, au risque de devoir faire demi-tour. Ou continuer un peu vers l’Ouest, en passant par les gorges du Fier. Après une rapide analyse de la carte, et quelques calculs scientifiques effectués suivant plusieurs facteurs environnementaux. J’en déduisis que la taille des cratères d’impacts avaient été provoqués par deux explosions atomiques d’environ deux mégatonnes chacune.
Et m’adressant toujours au chien, qui n’en avait toujours que faire :
- Selon toute logique, les résidus de radioactivités devraient pratiquement disparaitre par là. Mon doigt indiqua la ville de Seyssel. J’optais donc, pour la seconde solution.
Je regardais Ulysse, il s’était allongé sur le plancher pour dormir.
« Demain, je prends la direction de la ville de Seyssel. Après j’aviserais.»
Je bloquais la trappe d’accès à l’aide d’une lourde caisse qui trainait non loin de là, et m’allongeais à mon tour, pour m’endormir aussitôt dans un sommeil sans rêve, à proximité de l’imposante cloche encore solidement attachée à sa poutre en chêne.

Chapitre 26 : Un vrai temps de chien / Bad weather

26 Mai 2070

« Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire. »
Albert Einstein

4h15 du matin :
Un léger bruit me fit ouvrir les yeux. Je tournais machinalement la tête vers les couchettes opposées. La faible lueur de la lampe de poche que tenait Maxime dans sa main, projetait sur le mur sa silhouette quelque peu déformée, donnant à l’ensemble un aspect étrange. Cela me rappela soudain les ombres Chinoises que me faisait parfois mon père avant de me coucher. J’étais toujours terrifié quand il me faisait le loup.




Maxime s’assit sur le lit, enleva ses chaussures, et se mit aussitôt au lit.
- Tout va bien ? Lui demandais-je.
Il se passa quelques secondes avant qu’il daigne me répondre.
- Oui, ça va. Me dit-il sèchement. J’ai eu une insomnie, c’est tout. Je vais tout de même essayer de dormir un peu.
Je ne répondis pas, et me rendormais rapidement.
7h05 du matin :
Je me levais et descendais de ma couchette. En me voyant sur mes deux jambes, Ulysse se leva d’un bond et vint à côté de moi. Maxime et Valérie dormaient encore. Je sortais de la pièce sans faire de bruit, et me dirigeais vers la cuisine.
Je n’avais pas très faim, et je ne pris comme seul déjeuné qu’un grand bol de café.
- Merde ! Encore raté, c’est de la flotte.
Maxime fit irruption dans la pièce. Sans me dire bonjour, ni quoi que ce soit d’autres d’ailleurs, il se dirigeât d’un pas somnolent vers la machine à café.
Il prit une gorgée et fit aussitôt une grimace de dégout en me regardant de travers. (Cette fois c’était justifié). Il avala toute sa tasse, puis la reposa.
- J’espère que le départ est toujours prévu pour aujourd’hui ? Dit-il.
- Oui, en début d’après midi. Répondis-je sans lever la tête.
Je fus tout de même étonné par sa question. Lui qui n’était auparavant pas si pressé de partir.
« Et s’il y avait un rapport avec la radio » Me dis-je mentalement.
Silence...
- Vous avez l’air bien pressé de partir. Ajoutais-je, dans l’espoir dans savoir un peu plus.
Il ne répondit pas et tourna des talons, puis, disparu dans les profondeurs de l’abri.
- Grrr ! Faisait Ulysse, regardant en direction de Maxime.
- Tais-toi ! Le chien, allez-viens, allons voir Valérie.
Elle était assise sur sa couchette, le visage entre les mains. Elle pleurait...
Je posais mon bras autour de son cou, afin de la réconforter un peu. A mon contact, elle sursauta.
- Je n’arrive pas à m’ôter le regard de José de la tête, me dit-elle.
J’opinais du chef.
- Comment vas-tu ? Ta tête ?
- Je vais bien, merci. Je ne souffre plus, du moins... physiquement.
Je comprenais tout à fait, ce quelle voulait dire par là.
- Il y a du café si tu veux, il est... infect, lui dis-je, dans l’espoir de la faire sourire un peu.
- Merci.
Elle se leva sans un mot, et partie en direction de la cuisine.
La matinée passa comme une fusée. Valérie et moi préparions notre paquetage en vue de notre départ, sans oublier d’emporter les médicaments que m’avait réclamé Trelkovsy. Maxime comme à son habitude, faisait bande à part, et préparait son sac dans son coin.
13h00 :
Après un frugal déjeuné, nous étions tous prêts pour le retour à Nâves-Parmelan.
- Rien de nouveau, Maxime, en ce qui concerne la radio ? Pas d’appels ? Demandais-je à brûle-pourpoint.
- Non ! Répondit-il d’un ton sec. Pas depuis hier soir. J’en ai assez d’être ici. Partons ! Ajouta-il.
Valérie se retourna vers moi en roulant les yeux.
- Et bien dans ce cas, dit-elle, si tout le monde est prêt, nous pouvons y aller.
Je pris le premier, en compagnie de mon chien, l’échelle à crinoline menant vers la sortie. J’ouvris la porte du sas, en veillant bien à regarder autour de moi si un ennemi potentiel ne trainait pas dans les parages. Ulysse en profita pour s’extirper à l’extérieur.
A défaut d’ennemi, ce sont des trombes d’eaux qui m’accueillirent. Dehors, c’était un véritable déluge. Le ciel était d’un noir d’encre, à en faire pâlir les œuvres les plus sombres d’Emile Zola.



Maxime, depuis le bas du conduit, me demandait sur un ton quelque peu énervé, ce que je fabriquais.
- C’est des trombes d’eau la haut, lui répondis-je à haute voix.
- Qu’est-ce qu’on fait ? Demanda Valérie. On sort ?
Pour être tout à fait honnête, je me voyais mal me taper dix bornes à pied sous un tel déluge.
« Saleté de temps »
Je me retournais en direction de mes compagnons.
- Je préfère attendre que ça ce calme un peu.
Maxime se mit aussitôt à brailler.
- J’EN AI MARRE D’ETRE ICI, JE VEUX M’ TIRER ! VOUS ENTENDEZ LA-HAUT ?
Ce n’est pas les hurlements de Maxime qui me surprirent, mais plutôt son insistance régulière à vouloir quitter l’abri dans les plus brefs délais. Ou alors... Il était pressé d’arriver au village ?
« Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que ce type va nous mettre en danger à un moment ou à un autre »
La moutarde commençait sérieusement à me monter au nez. Je devais en avoir le cœur net.
Je descendis l’échelle en trombe, ratant par la même occasion un échelon à mi-parcours, manquant de me fracasser au sol. Arrivé en bas, je me dirigeais rapidement vers lui. Je lui dis sur un ton quelque peu inquisiteur :
- Je vous trouve bien pressé. A en croire les dires de Valérie, ce n’était pas le cas il y a peu de temps. Allez Maxime, crachez le morceau ! Qu’est-ce que vous avez dit hier, au gars de la radio.
- Je vous l’ai déjà dit. RIEN ! Vous m’emmerder Franck. Je ne vous dois rien.
Je sentais, telle la sève d’un arbre au printemps, l’adrénaline monter en moi. Maxime le voyait bien, et au lieu de calmer le jeu, il s’emportait à son tour.
- Je ne vous aime pas Franck. Et ce, depuis le début. Vous vous prenez pour le chef... Le caïd. Après tout, qu’est-ce qui me dit que vous êtes revenu pour nous aider. (Il disait « nous » afin d’essayer de mettre Valérie de son côté). Il s’en passe des choses pendant une semaine, vous avez très bien pu nous vendre à ces bandits, en échange de je ne sais quoi, et...
- QUOI ! Mais… Vous dites n’importe quoi. Vous êtes complètement parano. mon pauvre gars. J’ai risqué ma peau pour...
- Je ne veux pas moisir ici, c’est tout. J’en ai assez de tourner en rond comme un rat de laboratoire. Laissez-moi, à la fin.
Puis il ajouta :
- Tiens ! Ça ne m’étonne pas si votre femme s’est tirée avec votre fille. Elle devait en avoir raz-le bol de vous…. Petit chef !
Je lui bondis dessus, et lui décochai une droite dans la mâchoire. Sa tête pivota sous le choc, laissant apparaître quelques instants après, un léger filet de sang au coin de sa lèvre inférieure. Il se ressaisit aussitôt. Son regard était menaçant, son visage était devenu rouge écarlate. Il m’attrapa par le col, et me flanquât son poing dans mon oreille gauche. Je sentis une vive douleur, suivie d’un sifflement désagréable. Ensuite, nous nous bâtîmes au sol comme des chiffonniers. Par chance, Ulysse était resté à l’extérieur pour monter la garde. S’il avait été là, il m’aurait certainement défendu, et aurait taillé Maxime en pièce.
Tout en essayant de nous séparer, Valérie se mit à hurler.
- VOUS ETES FOU ! ARRETEZ ! ARRETEZ DE VOUS BATTRE.
Quelques secondes plus tard ; comme pour nous prévenir d’un danger, nous entendîmes au dessus de nos têtes le chien aboyer. Ce qui provoqua immédiatement la fin du round.
Sans me poser de questions, je gravis l’échelle et sortis à l’extérieur. Entre-temps, la pluie s’était un peu apaisée.
- Tu as vu quelque-chose le chien ?
Ulysse était aux aguets, et regardait en direction du fossé ou j’avais enterré les salopards de la veille. Soudain, j’aperçus trois loups de fort belle taille, en train de farfouiller parmi les corps. Je ne sais pas si ma vue me jouait des tours, mais l’un d’eux avait les yeux bleus. Mon chien, bien que courageux, n’osait pas s’éloigner de moi. Il est évident qu’il ne faisait pas le poids face à ces molosses. Maxime et Valérie firent irruptions à leur tour.
- Que se passe-t-il, demanda Valérie.
- Des loups, répondis-je, en les désignant lentement de la main.
- Tirez-leurs dessus, répliqua Maxime, qui finissait d’essuyer avec son mouchoir, le sang sur sa lèvre enflée.
- Fermez-là ! Ernst.
Les trois loups levèrent la tête. Deux firent aussitôt demi-tours et disparurent dans la forêt. Le troisième (celui avec les yeux bleus) ne bougeait pas. Il semblait me fixer.




Etrangement, ce n’était pas Valérie ou Maxime, mais moi seul qu’il observait.
« D’abord la créature de la forêt, et maintenant toi »
Cette pensée me fit frémir.
Ulysse ne bougeait pas, il était comme statufié. Cette situation paraissait totalement irréelle. Un hurlement lointain fit tourner la tête du loup, et il disparu à son tour dans les profondeurs de la forêt.
- Vous avez vu cet animal, s’exclama Valérie, il avait les yeux bleus. J’ai l’impression que c’est toi qu’il regardait Franck.
- Oui, et le plus étrange c’est que nous n’avons pas été attaqués.
- Et bien, c’est tant mieux. On peut y aller maintenant ? La pluie s’est un peu calmée, dit Maxime en scrutant le ciel d’un air satisfait.
- Très bien, allons-y. Ne traînons pas ici.
Le chemin jusqu’à Nâves-Parmelan se fit sans trop de difficulté. Nous abattîmes juste deux chiens errants un peu trop curieux.
Nous arrivâmes enfin sur la D16. Je jetais inconsciemment un coup d’œil sur ma droite.
- Je suis sûr qu’il est là, quelque part.
Valérie vint à ma hauteur.
- Que dis-tu Franck ?
- Rien, je pensais à haute voix.
16h15 :
Le village n’était maintenant plus qu’à deux kilomètres. Nous pressions le pas. Maxime, quant à lui, semblait littéralement courir.
C’est Lucie qui nous accueillie à l’entrée du village au volant d’une vieille Norton. Elle essayait de toute évidence de remettre en route cette moto. Celle-ci fit quelques mètres en crachotant, et rejetait une fumée blanche épouvantable. Lucie passa à notre hauteur en levant un bras, afin de nous saluer. Le moteur toussa, puis se tue… Définitivement.
- Merde ! s’exclama Lucie, saleté de bécane.




Elle posa la Norton contre un mur, en disant :
- Content de te revoir Franck. M’dame, M’sieur. Dit-elle en regardant Valérie et Maxime.
- Je crois que tu as encore pas mal de travail sur cet engin.
- Oui, en effet. Le carburant que j’ai concocté n’est pas encore au point. Mais j’y arriverais. Je ne suis pas du genre à baisser les bras rapidement.
- C’est quoi comme carburant ? Demanda Valérie.
- Un genre d’Ethanol. Répondit-elle. Mais j’ai du me tromper dans le dosage du C2H4.
Nous laissâmes Lucie à ses misères, et continuâmes en direction du centre ville.
Les gardes de l’entrée Est me reconnurent. L’un deux me dit :
- (Il hocha la tête en guise de bonjour). Le chef vous attend à l’ancienne poste.
- Ok, nous y allons.
Le garde ajouta :
- Au fait, Sandra cherche son môme depuis ce matin, vous ne l’avez pas vu par hasard ? On est tous un peu inquiet, surtout qu’il y a quelques cannibales dans les parages. Ils sont revenus nous emmerder hier soir.
- Il ne doit pas être bien loin ce gamin, lança Maxime. Les gosses ça ne fait que des conneries de toute façon.
- Qui c’est celui-là, dit le garde apparemment mécontent, en désignant Maxime de la pointe de son arme.
- Ne faîtes pas attention, répondit Valérie.
Les deux sentinelles retournèrent à leur poste d’observation respectif.
Nous arrivâmes quelques minutes plus tard devant l’ancienne poste. Trelkovsky, Julius et Ellie étaient à l’intérieur.
Après les retrouvailles d’usage. Nous nous assîmes tous autour d’une grande table. La discussion battait son plein. Ellie, Julius et Valérie (quoi que assez fatiguée) discutaient sur ce qu’ils envisageaient de faire dans un avenir proche. Maxime ne prenait pas part à la conversation, et se contentait de passer son temps à se lever toutes les cinq minutes pour regarder par la fenêtre.
Je l’observais depuis un petit moment, son attitude était pour le moins suspecte. On aurait dit qu’il attendait quelque chose, ou quelqu’un. Afin d’éviter un nouveau conflit avec lui, je décidais de passer outre.
Le toubib s’approcha de moi.
- Vous êtes au courant pour Thomas ? Me dit-il.
- Oui
- En fin de matinée, je n’étais pas trop inquiet. Mais la journée commence à être bien avancée. Nous avons effectué des recherches dans tout le village, mais cela n’a rien donné. Même son copain Sprog ne sait pas où il est parti.
Trelkovsky laissa errer son regard quelques instants, puis il ajouta :
- Ce n'est pas la première fois que ce gamin disparait pendant quelques heures. Mais... (Il se frotta le menton) Ce qui m'inquiète ce sont les cannibales qui rôdent en ce moment autour du village. J'aime bien cet enfant, mais nous ne pouvons pas nous permettre de monopoliser plusieurs gardes pour partir à sa recherche... Trop risqué.
- Hum... Je comprends. Où est Sandra ? Demandais-je.
- Elle poursuit les recherches avec d’autres villageois. La dernière fois où je l’ai aperçue, elle était du côté de l’entrée Nord.
Il s’interrompit subitement, puis tourna sa tête en direction de Maxime Ernst.
- Il ne tient pas en place votre ami, me dit-il. Il n’a pas décroché un mot depuis son arrivé.
- Ce n’est pas mon ami. Simplement… (Je ne finis pas ma phrase).
- Que comptez-vous faire à présent Franck ?... Franck ?
- Oui… pardon, je pensais…
- A votre fille ?
- Oui, c’est ça, ma fille. Pour répondre à votre question… Je ne sais pas encore. Il faut que je réfléchisse.
- Votre amie Valérie, m’a dit qu’il y avait un gouvernement à Bourges, et qu’ils avaient des avions.
- Oui, c’est exact, mais je n’ai aucun moyen de savoir si cette information est fondée. Sachant que celle-ci vient de la bouche de Ernst.
- Pourquoi n’y allez vous pas ? Qui sait, vous pourrez peut-être rejoindre le Canada par les airs.
Cette question me parût bien naïve, surtout venant de lui. A moins que celle-ci fût prononcée dans un but bien précis ; comme susciter un peu d’espoir ; un but ; une finalité.
« Pourquoi-pas, après tout »
Il ajouta :
- Au fait, Merci pour les médicaments. Ils vont nous êtres utiles.
- De rien.
- Nous organiserons une expédition à votre abri, dès que nous le pourrons.
J'approuvais d'un hochement de tête.
La conversation porta ensuite sur l'organisation des tâches à répartir à chacun d'entre nous, dans le cas ou nous devions rester quelques temps. Je regardais autour de moi, et à voir leurs têtes, il était fort probable que mes compagnons avaient l'intention de s'installer ici. Mise à part peut être Maxime, qui continuait à faire les cents pas dans la pièce.
19h00 :
La conversation s'éternisait. Je me levais et décidais de trouver Sandra.
Une fois à l'extérieur, je pris la direction que m'avait indiquée Aleksander. Je ne mis pas longtemps avant de la trouver. Elle était assise sur une vieille caisse métallique, devant la dernière maison du village. Le garde qui était à côté d'elle me fit un signe de la tête, et me désigna du bras la forêt qui s'étendait un peu plus loin.
- N'allez pas par là. J'ai vu deux parasites il n'y a pas dix minutes. Ces salopards attendent la nuit pour attaquer. Puis il ajouta avant de se tourner vers Sandra :
- Désolé Sandra mais je ne peux plus te laisser sortir du village pour chercher ton fils. Je sais bien que les enfants son précieux. Mais comme tu le sais, j'ai des ordres d'Eric.
Elle ne répondit pas, et se contentait de pleurer. Je vins m'asseoir à côté d'elle.
- Franck ! Je suis contente de te voir, dit-elle en se frottant la joue.
- Désolé de ne pouvoir être venu plus tôt. Je devais faire le point avec les autres. Je suis au courant pour Thomas.
Elle hocha la tête.
La dernière fois où tu la vu c'était à quel endroit ?
En guise de réponse, elle tendit le bras en direction du Nord.
Je regardais ma montre.
"Il va commencer à faire nuit dans environ trois heures. Il faut que je le retrouve"
- As-tu un vêtement lui appartenant ?
Elle s'absenta quelques minutes, et revint en courant avec un gilet.
- Tiens ! Si cela peut t'aider.
Je fis renifler le gilet à Ulysse. Celui-ci tourna la tête aussitôt vers le Nord.
- Je vais essayer de le retrouver avec le chien, lui dis-je. Mais je ne te promets rien.
- Attend ! Je viens avec toi.
- Non ! Reste ici, je vais me débrouiller. Puis, me retournant vers elle. Tu peux me rendre service ?
- Je t'écoute.
- Je suis revenu avec un homme qui s'appelle Maxime Ernst. Je voudrais que tu le surveilles... Discrètement. Je n'ai pas confiance en lui.
- Je vais essayer, mais je dois retrouver Trelkovsky tout à l'heure, afin de l'assister pour une opération de la jambe. Un de nos gardes s'est fait mordre par un chien errant ce matin.
Je resserrais les sangles de mon sac à dos et m'apprêtais à prendre la route.
- Je vais faire le maximum. ajouta-elle. J'essaierais d'être discrète. Au fait, qu'est-ce qu'il a fait ?
- Rien encore, et c'est bien ce qui m'inquiète, mais... Je t'expliquerais à mon retour.
- Si tu reviens, me répondit le garde. Tu sais, ce n'est pas très prudent. (Il se gratta le front avec le dos de sa main) Je dirais au chef que je ne t'ai pas vu.
Je ne répondis pas, j'étais déjà sur la route du Parmelan menant vers le Nord.
- Allez ! Le chien, je te suis.
Le village était maintenant derrière moi. Je pouvais encore apercevoir le garde. Sandra n'était plus là.
"Surement partie aider Trelkovsky"
La route montait en pente douce. D'après mon localiseur, le village le plus proche était Villaz. Le chien n'avait pas l'air d'en prendre la direction. Par moment j'avais le sentiment d'être épié. Je crus même, l'espace d'un instant, entrevoir une silhouette à côté d'un tronc d'arbre.
Le chien accéléra le pas et continuait de se diriger vers le Nord.
"Sacré flair ce cleps"
J'espérais tout de même qu'il ne m'emmenait pas sur une fausse piste. Le soleil commençait à descendre dangereusement sur l’horizon.
"Où es-tu Thomas, où es-tu..."
Ulysse marqua l'arrêt, et renifla vers l'Est. Une vieille plaque de rue émaillée ne tenant plus qu'avec une vis, pendait lamentablement sur un poteau métallique. Je la relevais, et lus " Route du Bret".
L'animal poursuivi son chemin. La route tournait à droite en direction d'une vieille ferme en ruine. La toiture était effondrée par endroit.




Et ce qui était encore debout, menaçait de s'écrouler à tout moment. Les fenêtres et les portes avaient disparues. Dans la cour ; une vieille Peugeot 409 rouillée, abritait un couple de Geai bleu. A notre vue, ils prirent leur envol.
Le chien s'avança jusqu'à une petite porte donnant semble-t-il sur une cave, et la gratta avec sa patte.
- Tu veux que je rentre la dedans, c'est ça ?
Le chien aboya, comme pour approuver ma décision. Je crus aussitôt entendre une faible voix.
- Chut ! Le chien, Ecoute.
- Au secours...
Mon sang ne fit qu'un tour. Je m'approchais rapidement de l'entrée de la cave.
- Thomas ?
- Par ici, dans la cave... C'est toi Eric ?
- Non, c'est Franck.
Il n'y eu pas de réponse. Au moment où j'ouvrais la porte pour descendre dans la cave, je vis Ulysse se retourner brusquement, il scrutait le ciel en direction de l'Ouest. Un bruit sourd qui avait l’air de se rapprocher, se faisait entendre. On aurait dit comme un ronflement. Ou plutôt... des ronflements. Soudain, je vis trois hélicoptères passer au dessus de ma tête.




Je me jetais sans réfléchir sur le sol. Relevant lentement la tête pour voir ce qu’ils faisaient.
Ils se dirigeaient de toute évidence, en direction de Nâves-Parmelan.
- D'où est-ce qu'ils sortent ?
Il était 21hr00.
« Je dois retourner au village le plus vite possible... Il y a le gamin aussi»
- Ulysse reste ici et monte la garde.
Le chien s’exécuta, et s’assis sur ses pattes de derrière. Je n’en revenais toujours pas de son obéissance.
« Cet animal est incroyable »
Je rampais jusqu'à la porte, puis descendis les marches en pierre menant à la cave. Il faisait nuit noire, et ça puait la moisissure.
J’avançais lentement, la torche attachée sur mon arme. J’eu soudain un sursaut, quelque-chose venait de me frôler la tête. Je balayais le faisceau de ma lampe dans tous les sens, faisant apparaître une dizaine de chauves souris virevoltantes, incommodées par la lumière. Quelques secondes plus tard, elles s’échappèrent vers l’extérieur.
- Thomas où es-tu ?
- Par là m’sieur.
Sa voix me guida, et quelques mètres plus loin, je le vis. Il était assit contre un mur, se tenant la cheville.
- Ah ! Te voila mon garçon.
- J’ai mal M’sieur.
Ce n’était pas le moment de larmoyer, et de lui demander ce qu’il pouvait bien foutre tout seul ici, et si loin du village. Il fallait que je fasse vite.
- Tu peux te lever ?
- Non, j’ai le pied coincé. Et dès que je tire sur ma jambe, ça me fait mal.
J’orientais la lampe en direction du sol, son pied droit était passé au travers d’une vieille grille d’égout. Je mis dix bonnes minutes pour lui retirer la jambe. Puis il essaya de se mettre debout, et fit aussitôt un rictus de douleur.
- Merde ! Il ne manquait plus que ça.
« J’aurais préféré que ça soit le bras. Au moins il aurait pu marcher »
- Bon... Je vais te porter. Encore heureux que tu ne pèse pas soixante kilos.
J’ôtais mon sac à dos, et l’accrochais autour de ma taille.
Allez ! Monte sur mon dos.
Nous sortîmes tant bien que mal de la cave. Et reprîmes aussitôt le chemin du village.
J’avais à peine effectué quelques mètres, quand j’entendis...
- C’est des coups de feu ça !
Les détonations étaient de plus en plus nombreuses, et provenaient, c’était maintenant sûr, du village. Je crus même entendre le bruit caractéristique, d’une mitrailleuse rotative montée sur les hélicoptères d’attaques.
Je compris à cet instant, la gravité de la situation. Il y avait des combats au village.
- Ils ne vont pas faire le poids fasse à tel armement. Ils vont tous se faire massacrer. (En effet, comme nous le savons, les gardes du village ne disposaient pas d’un tel armement)
J’essayais d’accélérer le pas, mais avec l’enfant sur les épaules, ce n’était pas évident.
Nous arrivâmes pratiquement à la tombée de la nuit, enfin à l’entrée du village. Quelques incendies s’étaient déclarés par endroit, suivi d’une épaisse fumée provenant du centre du village. Quelques cris et pleurs me parvenaient également.
Je fis descendre Thomas de mes épaules.
- Ecoutes-moi bien mon garçon. Tu rentres dans cette maison, et tu n’en sort pas, jusqu’à que je revienne te chercher. Ok ?
Il hocha la tête.
J’avançais prudemment le Sig à la main, léchant les murs, tel une ombre.
Un cadavre, deux, puis trois.
Je fus soulagé quand je vis l’autre gamin du village surgir en pleurant, au coin d’une rue. A en voir le spectacle de désolation qui régnait autour de moi, j’en avais déduit que tout était maintenant terminé.
« Affaire rondement menée, en même pas une heure. Du travail de pro. » Me dis-je mentalement. Ce qui me fit penser immanquablement à Maxime Ernst.
« Si tu es la cause de tout ça, je te fais la peau espèce d’ordure » Ajoutais-je mentalement.
Je croisais la route de quelques villageois hagards. Certains étaient assis à même le sol, encore sous le choc. D’autres, ramassais les morceaux de chairs dispersés ci et là, dans l’espoir de savoir de qui il s’agissait.
« Un véritable carnage »
J’arrivais enfin à l’ancienne boulangerie. La porte était ouverte.
- Trelkovsky... Sandra... Il y a quelqu’un ?
Le restant d’une vitre brisée tomba sur le sol, ce qui me fit sursauter. Je pénétrais dans l’infirmerie, enjambant le corps sans vie d’un garde ayant les tripes à l’air. Sandra était là, assise sur un fauteuil, le regard absent. Elle tremblait.
- Sandra ! Par bonheur tu es vivante.
Elle ne répondit pas, et se contentais simplement de fixer la fenêtre qui lui faisait face.
- Où sont les autres ?
Elle ouvrit la bouche comme pour prononcer un mot, mais aucun son n’en sorti. Je m’approchai d’elle lentement (Elle était encore sous le choc).
- Thomas... Thomas est vivant. Je l’ai retrouvé, il est en sureté.
Des larmes se mirent aussitôt à couler sur ses joues.
- Ils... ils les ont tous emmenés. Dit-elle d’un ton presque inaudible.
- Quoi ? Qu’est-ce que tu dis. Qui a été emmené ?... C’était qui ?
Sandra se releva et je la prenais aussitôt dans mes bras. Elle m’embrassa sur la joue. Je sentais ses larmes sur ma peau. Puis elle me murmura à l’oreille :
- Des engins volants... des hélicoptères, sont venus. Ils se sont posés sur la place. Trelkovsky et moi étions en train de recoudre le garde blessé. Je suis allé regarder par la fenêtre, et j’ai vu planté au milieu de la place, le type qui s’appelle Maxime, leurs faire de grands gestes, comme pour leurs souhaiter la bienvenue. Quelques secondes plus tard, Eric a débarqué en trombe ici, avec deux de ses gardes, en disant que ces types étaient membres du gouvernement Français. Puis, il a demandé à Trelkovsky de venir avec lui de toute urgence, Elle essuya ses larmes, et continua :
- Je venais juste de terminer de recoudre le garde. Par prudence j’ai préféré rester à l’infirmerie. Je me suis caché dans l’angle de la fenêtre. Ce qui m’a permis d’observer ce qu’il se passait. J’avais une excellente vue d’où j’étais.
Elle s’interrompit.
- Que s’est-il passé ensuite ?
- Je les ai vus discuter longuement sur la pace. Il y avait de plus en plus de villageois curieux. Ensuite, la porte s’est ouverte et Trelkovsky est apparu dans la pièce.
- Alors ? Il a dit quelque chose ?
- Oui ! Il a dit : « Si ces types font partis du gouvernement, alors moi je suis le Prince Charles » Puis il m’a dit à moi et au garde qui était encore allongé sur le billard. « Surtout vous ne bougez pas d’ici ». Ensuite il est sorti pour rejoindre de nouveau, le groupe sur la place.
- C’était des militaires ?
- Oui, ils étaient tous en uniformes et lourdement armés. Ce qui est étrange...
- Qu’est-ce qui est étrange, demandais-je.
- Certains de ces soldats avaient le visage caché. Ils mesuraient bien dans les deux mètres. Je pouvais même apercevoir la forme de leurs muscles à travers leurs vêtements. Des véritables armoires à glace. Puis, un homme est sorti du troisième hélico, suivi d’un autre type. Soudain, j’ai vu Trelkovsky se raidir comme un piquet. On aurait dit qu’il avait vu le diable en personne. L’homme s’est approché de lui, si prêt que j’ai cru un instant qu’ils ne faisaient plus qu’un. Cette personne avait l’air de lui chuchoter quelque-chose à l’oreille.
- Et ?
- Trelkovsky s’est retourné, et il s’est dirigé à nouveau vers l’infirmerie, d’un pas incertain, un peu comme s’il était victime de vertiges. Il est à nouveau rentré dans la pièce. Son visage était livide. J’ai essayé de lui demander ce qu’il se passait, mais il bafouillait, ce qu’il disait était incohérent. Pendant ce temps à l’extérieur, j’ai vu tous tes amis de l’abri en train d’embarquer à bord des hélicoptères, sous l’escorte de ces militaires. J’ai vu l’espace d’un instant, le visage de Maxime quand il est monté dans l’appareil. Je peux te dire qu’il n’affichait plus le large sourire qu’il avait, quand il a accueillit les hélicos à leurs arrivées.
- C’était donc ça le message radio. Cet imbécile à fait venir je ne sais qui.
Sandra se détacha de moi, puis elle alla se mettre prêt de la fenêtre.
- Ensuite, dit-elle, Trelkovsky ma mis la main sur la joue, et il m’a dit à voix basse : « Je dois aussi partir avec eux, sinon ils tuent tous le monde ». Je ne sais comment l’expliquer, mais j’avais l’intime conviction qu’il connaissait l’homme qui venait du troisième appareil. Je lui ai posé la question. Il m’a simplement répondu : « Une plaie vient de se rouvrir. Les fantômes du passé viennent de me rattraper » Puis il a ajouté avant de sortir : « Je sais où nous allons. Tu diras à Franck, que nous avons été emmenés à Lembach par Murdoch et ses sbires, dans une ancienne base militaire de la ligne Maginot »
MURDOCH… Ce nom résonna dans ma tête comme un coup de canon.
Il était donc encore en vie. Comment étais-ce possible, il aurait aujourd’hui, presque... Cent ans.
- Qu’est-ce qui a déclenché ce carnage ? Demandais-je.
Sandra se retourna vers moi.
- Dès que Trelkovsky est monté à bord de l’hélico. Eric a levé son arme vers l’homme qui s’était entretenu avec lui. Ensuite ça a dégénéré et les tirs sont partis de tous les côtés. Ces ordures tiraient sur tout le monde, y compris les femmes et les vieillards.
Sandra eu soudain la nausée.
- Je veux voir mon fils… Je veux mon fils, dit-elle en s’essuyant la bouche.
- Oui... Bien sûr, je t’accompagne.
- Franck
- Oui ?
- Qu’est-ce qu’on va devenir ?
Je n’avais malheureusement aucune réponse à lui apporter.
- EN TOUT CAS, moi je sais ce que TU va devenir, me dit soudain une voix derrière moi.
Je me retournais, c’était Eric, accompagné de trois de ses gardes. Il avait son bras droit qui pissait le sang.
- Je pourrais te descendre d’un claquement de doigt. Ici... Maintenant, dit-il.
- ERIC... NON !
- Ne te mêle pas de ça Sandra.
Les trois gardes me tenaient en joues. J’étais bien forcé de l’écouter. Que pouvais-je faire d’autre. Ulysse commençait à grogner. Eric se pencha en direction du chien. Manifestement, l’animal ne lui faisait pas peur.
- Dis à ton clébard de la fermer, où je lui ouvre le ventre. (Il sortit un couteau à dents)
Je le fis sortir, sous l’œil vigilant des gardes.
- TOUT ÇA ! Dit-il, en me désignant la place de son bras valide, c’est de TA FAUTE. Quatre de mes gardes sont morts, sans compter une dizaine d’habitants. Tu sais ce qui me retient de t’abattre comme un chien ?
Je ne répondis pas.
Il s’approcha si près de moi, que je pouvais sentir son souffle sur la figure.
- Je vais te laisser la vie sauve, parce que tu as sauvé Trelkovsky et le môme à Sandra. Il y eu ensuite un long silence.
- Et aussi... parce qu’elle m’a suppliée de t’épargner, ajouta-il en désignant Sandra de la tête.
- Maintenant, barre-toi d’ici, avant que je ne change d’avis.
Un autre garde fit irruption dans la pièce.
- Chef ! Dit-il essoufflé. Une dizaine de cannibales viennent de pénétrer dans le village à l’Ouest.
- Je peux peut-être vous aider à les combattre, lançais-je.
- NON ! Je ne veux pas de ton aide, répondit Eric avant de sortir. Si demain matin tu es encore au village, je t’envoie en enfer.
« J’y suis déjà »
Demain... Tu as compris ? ajouta-il, en s’éloignant au pas de course accompagné de ses gardes.
Je me retrouvais à nouveau face à Sandra.
- Il dit la vérité. Eric va te tuer, si tu es encore là demain. Je serais bien venue avec toi...
- Non, répondis-je, sans lui laisser le temps de finir sa phrase. C’est impossible, en plus il y a Thomas... C’est trop risqué. Je ne sais même pas moi-même ce que je vais faire.
Je ressortis de ma poche un petite clé, ainsi qu’un bout de papier ou je griffonnais quelques chiffres. Je lui tendis le tout.
- Tiens ! C’est la clé de l’abri 15, ainsi que le code d’accès. Surtout ne le perd pas, sinon tu ne pourras jamais y entrer.
- Mais ?
- Je n’ai pas l’intention de retourner là-bas. Il reste beaucoup de matériel dans l’abri. Des armes, des médicaments, et pleins d’autres choses. Vous en aurez plus besoin que moi.
- Et toi ?
- Moi ? J’ai tout ce qu’il me faut dans mon sac, j’ai fait le plein de matériel avant de partir de là-bas.
Elle me mit sa main sur la joue.
- Tu ne peux pas partir maintenant, avec ces parasites qui rôdent. Tu sais ou est l’ancien poste de pompiers.
- Oui ?
- Vas-y pour la nuit. Je te rejoindrais demain matin de très bonne heure. Je t’apporterais de quoi manger pour la route. Puis elle ajouta :
- Je suis désolé Franck, mais c’est tout ce que je puisse faire.
Elle se retourna, et disparue dans la nuit.
Tout en marchant dans les rues sombres et maintenant silencieuses, je ne cessais de songer à ce qui pouvait advenir d’Ellie, Julius, Valérie et Trelkovsky.




Cette pensée m’obsédait. Non ! Cela ne pouvait pas finir ainsi.
Je pénétrais accompagné de mon chien, dans l’ancien poste de pompiers. Une fois la porte barricadée. J’aménageais une couchette de fortune dans la remise à l’étage. De ma position, je pouvais apercevoir la rue en contrebas. De temps à autre, quelques ombres furtives disparaissaient aussi vite qu’elles étaient apparues. Humains ? Cannibales ? Je ne saurais le dire.
Il faisait maintenant nuit noir. Ulysse montait la garde. Quant à moi, je n’arrivais pas à fermer l’œil.
«Trelkovsky... tu ne m’a pas tout dit »

Chapitre 25 : Retour à l'abri 15

25 Mai 2070

" Il y a toujours eu des guerres, et il y en aura toujours. Pourquoi veux-tu que cela change. L’Homme n’est pas parfait. Dieu m’a donné les clés pour que je le rende meilleur, et personne ne m’en empêchera."

Colonel John Murdoch
Centre de recherche génétique militaire de Lembach               
Le 15 août 2020 


                       

Un magnifique soleil embrasait le ciel. Assis au milieu de son château, mon fils narguait son assaillant, en brandissant râteau et pelle. Dans cette bataille inégale, les vagues prenaient d’assaut la forteresse de sable.
Je me retournais vers Claire, et l’embrassais. Elle me prit dans ses bras. Le bruit des vagues était reposant. Nous étions bien.
Je décidais de jeter un coup d’œil sur mon fils, le château était vide. Je regardais autour de moi. Il n’était nulle part sur la plage. Mon regard fut subitement attiré par des mouvements dans l’eau. Je vis un bras qui en sortait. Une indicible panique m’envahis, je voulus bondir pour sauver mon fils, mais quelque chose clochait, j’avais beau vouloir essayer de me lever, impossible, j’étais comme collé sur le sable. J’hurlais comme un fou, avec comme seul espoir, de voir ma voix se déplacer à ma place, pour le sauver.
- NICOLAS...NICOLAS !...NOOOOONNN !
- FRANCK…FRANCK... FRANCK, REVEILLE-TOI !
J’ouvrais subitement les yeux, et fixait le plafond. Ma tête me faisait affreusement mal. J’entendais les battements de mon cœur dans mes tempes.
- Cela n’a pas l’air d’aller, me dit Ellie.
- Oui… non…Bon dieu… j’ai mal au crâne, ma tête va exploser… ça va passer.
- Tu es sûr ? Ajouta-elle.
- Ne t’inquiète pas pour moi, ça va aller.
Je me levais de mon lit et me dirigeais tel un robot dans la salle d’eau pour me mettre la tête sous l’eau.
- Je te rejoins dans cinq minutes.
- Très bien, me dit-elle. Je t’attends dehors.
L’eau froide ruisselait sur mon visage, me procurant ainsi un réel  mais provisoire soulagement.   
Il était environ six heures du matin, nos deux paquetages étaient prêts. Ellie n’était pas d’humeur bavarde. Moi non plus d’ailleurs.
Le soleil commençait à se profiler à l’horizon. Tout à coup, mon regard fut attiré par deux points lumineux dans le ciel, d’ailleurs assez proches l’un de l’autre.




Me voyant scruter le ciel, Ellie me dit :
- Le point le plus lumineux c’est Vénus, l’autre à droite c’est Jupiter.
Je me contentais de hocher la tête en guise de réponse.
Sandra était là aussi, pour nous souhaiter bon voyage. En revanche, aucune trace de Julius depuis hier soir. Il avait certainement dû passer la nuit chez Lucie. Quelques instants plus tard, nous vîmes arriver vers nous ; Trelkovsky accompagner d’un garde. Une fois à notre hauteur, il nous dit :
- Vous voilà prêt pour le départ (Il tourna la tête à droite et à gauche) où est Julius ?
- Il a préféré rester au village.
- Ah ! fit-il. Puis il ajouta ; Je serais bien venu avec vous, mais comme vous le savez ma jambe me joue des tours en ce moment, et j’avoue que je commence à être un peu vieux pour ce genre de balades. (Il marqua une pause). J’ai discuté avec Eric hier soir, il n’est pas d’accord pour qu’un de nos gardes vous accompagne. Je lui ai expliqué que cela pourrait être bénéfique pour nous, de pouvoir ramener un peu de matériel de votre abri. Il n’y a rien eu à faire. Il veut tous ces gardes de disponibles.
- Je croyais que c’était vous le chef de ce village, rétorqua Ellie.
Trelkovsky paru vexé par cette remarque.
- OUI ! En effet je suis le chef de ce village, mais comme vous le savez, Eric est le chef des gardes, et à ce sujet je lui fais une entière confiance.
Il s’interrompit, et grata  sa jambe nerveusement. Puis il reprit :
- Hier après-midi, un de nos éclaireurs aurait vu un groupe important de parasites se diriger vers notre cité. Vous comprenez maintenant pourquoi et malgré l’attrait de ramener du matériel de l’abri, nous ne pouvons vous prêter un de nos gars. De toute façon, quand vous serez de retour avec vos amis, nous organiserons certainement une expédition là-bas, si toutefois nous ne sommes pas encore emmerdés par ces foutus cannibales. (Il tourna sa tête vers moi) Essayez tout de même de ramener un peu de matériel avec vous Franck, nous manquons cruellement de certains produits.
Le toubib mit la main dans sa poche, en ressortit une petite liste griffonnée sur un bout de papier, il l’examina quelques secondes, puis il me la tendit, avec une petite boîte.
- C’est quoi cette boîte, lui demandais-je.
- Ce sont des médicaments pour votre migraine. Allez-y doucement avec, ils sont très efficaces.
Sandra acquiesça d’un signe de la tête les propos du toubib.
- Ok ! Merci. En ce qui concerne votre liste, je vais essayer. Je ferais le point avec nos collègues de l’abri.
- S’ils sont encore en vie, répliqua Julius qui venait d’arriver.
- Ah te voila ! Tu viens nous dire au revoir, dit Ellie, sur un ton pour le moins furieux.
Je posai en signe d’apaisement ma main sur son bras.
- Je voulais juste vous souhaiter bonne route, répondit-il, mais je vois que je gène.
La discussion commençait franchement à s’éterniser. Je regardais ma montre.
" Huit heures" 
- Trêve de bavardage, il est temps de partir. Allons-y Ellie. Si tout va pour le mieux, nous serons de retour dans un jour ou deux. Je pris Sandra dans mes bras, puis, nous amorçâmes notre marche.
Quelques minutes plus tard la route des dents du Lanfon était derrière nous. Nous étions sortis du village et empruntions à présent la D216.
Nous marchions vite, et échangions peu de mots. Ma migraine s'était légèrement calmée, mais revenait de plus belle dès que je basculais la tête en avant. Nous passâmes dans un petit hameau composé de quelques maisons. Elles étaient toutes effondrées et envahies pour la plupart par la végétation. Quelques bruits provenant de l'intérieur d'une bâtisse nous firent sursauter.
- Probablement un chien s'exclama Ellie.
Effectivement, quelques instants après, nous vîmes un clébard partir en courant, comme si celui-ci avait le diable au fesse.
Au fur et à mesure de notre progression, Ellie marchait de moins en moins vite, m’obligeant à m'arrêter fréquemment pour l'attendre.
Au bout de deux kilomètres :
- Franck !...Attends une minute, j'ai un point de côté, il faut que je me repose.
Je me retournais et vint m'asseoir près d'elle. Mon regard fut subitement attiré par une petite tache rouge qui imbibait légèrement son tee-shirt à l'endroit de sa blessure.
- Je crois qu'il n'est pas raisonnable que tu continues. Ta plaie commence à se rouvrir.
- Mais, je...
- Retournons au village, déclarai-je sur un ton catégorique.
- Entendu, répondit Ellie sans me regarder.
Nous fîmes demi-tour. Notre progression était lente. Une heure plus tard nous arrivâmes enfin au village. Il était temps, Ellie commençait à être blanche comme un linge. Arrivé devant la maison à Sandra, je vis Trelkovsky exactement à la même place ou je l'avais laissé, Il était en pleine discussion avec Sandra et trois autres personnes. A notre vue, il s'interrompit, et accourut aussitôt vers Ellie.
- Je vous la laisse, lui dis-je.
- Ok Franck, soyez prudent.
Sans autre explication je repris à nouveau le chemin vers la D216, longeant la montagne de Lachat. J’étais à nouveau seul.
Ma progression s'effectuait sans trop de problèmes, le calme environnant était parfois entrecoupé de quelques aboiements lointains, probablement des chiens errants, comme au hameau toute à l'heure, mais rien de bien inquiétant. D’ici, j’avais une vue imprenable sur le Mont Veyne. Un peu plus tard j'atteignais enfin le pont de Dingy enjambant la rivière du Fier. A peine arrivé sur le pont, je pris mon arme dans les mains, prêt à l’utiliser à la moindre incartade.
Une fois le pont franchi :
 - Ah ! Voila la D16
Le long ruban de bitume crevassé et désert, formait quelques lacets. Par endroit, la route était parsemée de véhicules divers, mangés pour la plupart par la rouille.




Les coffres des voitures étaient tous ouverts ; vestiges d’anciens pillages. Par curiosité ou par réflexe je ne saurais le dire, je jetais un coup d'œil à l’intérieur dans l'espoir d y trouver je ne sais quelle saleté. Par endroit quelques arbustes commençaient à envahir la chaussée. Machinalement je levais la tête pour y inspecter la cime des plus gros arbres environnant, qui pour certains auraient pus faire d'excellentes tours de gués. Un besoin naturel m'obligea à m'arrêter quelques instants. A peine j'avais repris ma marche, j'entendis un craquement suspect sur ma droite, ce qui est sur c'est qu’il ne s’agissait pas d’un bruit naturel. On aurait dit des bruits de pas. Et je vis...
Une silhouette sombre et massive se dessinait très distinctement du vert de la foret : deux bras ; deux jambes ; une taille respectable, à vue de nez dans les deux mètres. Cette créature, appelons ça comme ça, avait l’air de me suivre, depuis combien de temps ? Bizarrement, elle restait à une bonne distance de moi. Elle n'avait apparemment pas l'intention de m'attaquer, et se contentait simplement de m’observer.



 
"Qu'est-ce que tu me veux à la fin. Qu'est-ce que tu veux"
Elle se contentait simplement de me suivre. Au fur et à mesure de ma progression, ma crainte s'estompait peu à peu pour faire place progressivement à de la curiosité. Je m’arrêtais à mon tour pour voir sa réaction. Elle s’arrêta à son tour. Je n’arrivais toujours pas à la voir distinctement, elle restait cachée en lisière de forêt.
"Allez ! Montre-toi " Me disais-je mentalement.
Ce jeu de chat et de la souris (Je suppose que je devais être la souris) devenait intolérable, savoir que j’étais suivi sans savoir par qui ou quoi. Je pivotais et m’avançais à pas lent l’arme à la main vers cette créature. Celle-ci fit aussitôt demi-tour et disparu dans l’obscurité de la forêt.
- Merde ! Pas question que je rentre là-dedans pour la suivre. De là que ça soit un piège à con.
La forêt redevint silencieuse. Je repris ma marche avec tout de même  une certaine appréhension. Qui ne le serait pas dans ces circonstances.
A présent, une longue ligne droite se profilait devant moi en direction d’Alex. Cette fois-ci je ne m’y rendais pas, et prenais à droite en direction du village de Villard.
- Plus que quatre kilomètres et je suis arrivé.
Je fis une petite pause casse-croûte à l’intérieur d’une vieille bâtisse en ruine qui avait de nombreuses ouvertures, idéal si je devais fuir.
J'étais assis au premier étage, sur un banc en bois.




De ma position, j'avais une vue excellente sur les environs. La forêt envahissait peu à peu les ruines du village. Un chien probablement attiré par l'odeur de la nourriture, fit soudain irruption dans la maison, avança vers moi en reniflant, et s'immobilisa en bas de l'escalier, puis, il s'assit sur ses pattes de derrière en faisant ressortir sa langue. Il n'avait pas l'air agressif. On aurait dit qu'il attendait quelque chose.
- Que veux tu, toi le chien ? (Je lui montrais mon bout de viande séché) C'est ça que tu veux ?
A la vue du morceau, le clébard bavait de plus belle. Je lui lançai, il l'attrapa en plein vol, et l'emporta dans un coin sombre de la pièce pour le manger.
- Quelle idée m'a prit de lui donner à manger. Maintenant, tous les chiens du quartier vont rappliquer, et j'ai bien peur que cela finisse comme à Alex (Voir chapitre 20). Mon mal de tête avait reprit de plus belle. Je fouillais dans mes poches et avalais le médicament que m’avait donné Trelkovsky. Au bout de quelques minutes celui-ci faisait son effet. Je me sentais beaucoup mieux à présent, mais tout de même très somnolent.
- Rudement efficace ce truc là.
" J’ai envie de dormir… "
- Ouaf ! Ouaf !
Je me réveillais en sursaut, et regardais ma montre.
- Merde ! Cinq heures.
Je n’avais plus mes migraines, c’était déjà ça.  Je décidais de ne pas moisir ici. Le chien était toujours en bas à la même place. Il m’observait. Cette situation étrange, me rappela un souvenir de jeunesse*.
Je descendais lentement les marches, prêt à faire feu à la moindre agression.
" C’est drôles que cet animal ne m’a pas attaqué pendant mon sommeil "
A ma vue, le chien leva la tête et ne montra pas ses crocs. Au contraire, il se leva et commença à me suivre.
- Tire-toi, le chien... dégage... allez, barre-toi !
Rien à faire, il n'avait pas l'air de vouloir partir. Je me glissai au-dehors et suivis le sentier d'un pas rapide en direction de la montagne. Le chien était derrière, et continuait de me suivre. Je n était pas spécialiste en races canines, mais celui-ci ressemblait beaucoup à une sorte de Boxer. Il était de couleur marron et avait la truffe et le museau noir.




Contrairement à certains Boxer qui ont les oreilles droites comme des « i » celui-ci les avaient pendantes. Tout en marchant, je me demandais pourquoi cet animal était seul.
" Ils ne sont jamais seuls. Ils sont toujours en meutes "
" Et moi, je suis bien seul. Pourquoi pas lui "  
Je m’arrêtais, et me mis accroupi. (J’avais ma main gauche sur le manche de mon couteau).
- Viens le chien... approche, je ne vais pas te faire de mal.
L’animal s’arrêta un instant, puis il se remit sur ses pattes, et s’approcha de moi. Ses muscles étaient saillants, je sentais de la puissance dans cette bête. Je tendis lentement ma main, il la renifla et la lécha. L’odeur de la viande présente encore sur ma main, y était sûrement pour quelque chose. Ce qui était sûr, c’est qu’il n’avait apparemment pas l’intention de me lâcher. Sans réfléchir un seul instant, je lui posai la main sur son crâne, et lui fit une petite caresse amicale. Il ne broncha pas, et paru même apprécier le geste.
- T’es un tendre brutal, c’est ça le chien ? Allez ! Continuons, nous sommes presque arrivés. Je vais réfléchir à ce que je vais bien pouvoir faire de toi.
A ma grande surprise le chien parut comprendre ce que je venais de dire, et il se mit à aboyer.
- Hé ! Tais-toi sale cabot, tu vas nous faire repérer.
Maintenant que j’y pense, je crois bien que ce n’était pas moi qui l’avait adopté, mais lui. Quoi qu’il en soit, je dois reconnaître que sa présence me rassurait. Surtout pour ce qui était de flairer les ennemis potentiels.
- Gentil chien.
Oui ! Je l’aimais bien.
Je poursuivis mon chemin sur la route érodée qui commençait à s’enfoncer dans la forêt s’étendant à perte de vue. Un petit vent venait de se lever, faisant danser la cime des arbres les plus hauts. Je n’étais plus qu’à une centaine de mètres de l’abri 15.




Une petite trouée dans les arbres me fit machinalement lever la tête. Le ciel virait au gris, il allait certainement pleuvoir.




Photo que j'ai prise à l'endroit ou se situe l'histoire.

- Saleté de temps.
La route débouchait sur une toute petite clairière. Je pouvais discerner au loin la porte de l’abri par laquelle nous étions sortis mes amis et moi. Soudain, je vis le chien se figer comme une statue. Il venait de renifler quelque chose vers l’Est.
- Tu as vu quelque chose ?
L'animal ne bougeait pas. Une poignée de secondes plus tard, je vis trois types armés suivis d’une fille, surgir dans la clairière. L’espace d’un instant je crus apercevoir Valérie Rivière. Par prudence, je me jetais immédiatement au sol. Fort heureusement mon corps était dissimulé par de hautes herbes. Je cherchais le chien, mais celui-ci avait disparu de mon champ de vision. J’apercevais à travers les herbes, un type une corde à la main, en train de tirer une femme.
" Mais ! C’est bien Valérie… Merde ! "
Par chance, le vent venait de la bonne direction, je pouvais entendre des bribes de conversations parvenant de ces individus. Le type qui tenait la corde s’adressait à Valérie :
- Allez ! Avance, j’en ai marre de te traîner.
D’autres voix :
-... Si tu me racontes des conneries, j’te descends, c’est compris.
- C’est par là, je vous jure. Pitié ne me…
- Ferme là ! Ou tu finis comme…
- Francis ! Regarde, il y a quelque chose là-bas, je crois...
- Ouais, t’a raison... (Inaudible)... porte métallique, viens... (Inaudible)
- Fred tu gardes la fille, Mike et moi allons jeter un coup d’œil.
- Et pour le gars à l’intérieur ?
- Je le bute quelle question.
- NOOOONNN ! Hurla la voix de Valérie, vous m’aviez promis que vous ne lui feriez rien.
- Tu es bien naïve jeune fille. Estime-toi heureuse d’être encore en vie.
- Pour le moment, dit une autre voix en ricanant.
- Ouais t’a raison Fred, mais avant j’veux encore m’amuser un peu avec elle.
J’entendais pleurer. Puis les voix reprirent :
- Mike !
- Ouais chef !
- Passe-moi la clé de cet abri.
Autre silence…
De nouveau une voix :
- Maintenant tu me files le code d’accès.
J’entendis un bruit de coup.
- C’est le 21051890 dit-elle en hurlant de rage.
Un autre bruit de coup.
- Parfais, allons-y.
Je regardais à nouveau entre les herbes.
" A droite ; deux types se dirigeant vers l’entrée de l’abri. L’autre salopard est à gauche avec Valérie "
- Il faut que je fasse quelque chose. Dis-je à voix basse. S’ils pénètrent dans l’abri s’en est fini. Je suis sûr que ces ordures vont la tuer juste après avoir ouvert le sas.
Il fallait que je trouve une solution, et vite
- Psst ! Le chien ?
Pas de réponse.
- Mais ou est passé cet animal.
" Ils sont trois, et armés. Si je me montre comme ça, ils me descendent aussi sec. De toute façon ils sont trop loin, je n'arriverais pas à les avoir tous les trois. J'aurais peut être le temps d'en blesser un, mais les deux autres, ils vont m'avoir c'est sûr. Et puis c’est trop risqué avec Valérie à côté. Il faut qu'ils soient plus près de moi "
Les trois lascars n’étaient à présent plus qu’à quelques mètres de la porte. Mon cerveau tournait à plein régime. Une idée totalement délirante venait de me traverser l'esprit.
" Je suis complètement cinglé "
Quelques secondes après, je me mettais lentement debout en laissant mon arme à terre de telle façon que je puisse l’utiliser très rapidement. Les trois types se retournèrent aussitôt, et restèrent bouches bées en me voyant. Je ne voyais par Valérie. Peut être était-elle allongée sur le sol ; blessée, ou pire encore.
- Ne tirez pas ! Leurs dis-je, en levant lentement les bras au ciel, sur un ton volontairement candide.
- Le plus grand des types parla (sûrement leur chef) :
- Mais ! Qu'est-ce que tu fous à poil, du con. (Les deux autres étaient hilares).
Le chef s’adressa à un de ses sbires :
- Fred tu ne bouges pas, tu restes avec la fille. Mike, viens avec moi, allons voir cet abruti de plus près.
" Venez bande de fumiers."**
Ils commençaient à s'approcher. Tout en marchant, le chef s’adressa de nouveau à moi.
- Je t'ai posé une question du con. Qu'est-ce que tu fais là ?
Ils s'approchaient toujours.
- Voila... je suis avec ma copine, m’exclamais-je, nous étions en train de... enfin… vous voyez ?
- Elle est où ta copine, dit-il, en tournant sa tête dans tous les sens ?
Les deux types n'étaient plus qu'à cinq mètres de moi.
- Elle est allongée par terre, elle à peur, elle n'ose pas se lever.
- Ah oui, elle à peur. ET TOI LA FILLE MET TOI DEBOUT COMPRIS.
- Elle est… toute nue ! Rajoutais-je.
A ces mots, celui qui s’appelait Mike se mit à fantasmer à voix haute.
- FERME-LA ! Mike, répliqua son chef. (Il se retourna à nouveau vers moi) DEBOUT ! T’AS COMPRIS.
Ils se rapprochèrent encore de quelques pas. Et se trouvaient maintenant à bonne distance de tir.
"Je ne peux pas les rater à cette distance, sinon je suis mort"
Ne vous énervez pas, je vais l'aider à se lever.
Le chef se gratta le menton.
- Pourquoi tu veux l'aider, dit-il incrédule.
- Pour ça !
Avant qu'ils lèvent leurs armes sur moi, je pris la mienne à une vitesse fulgurante et fis feu aussitôt sur les deux types. Ils s'écroulèrent sur le sol dans une gerbe de sang. Le troisième type lâcha la corde et courut se mettre à couvert. Au même moment je vis le chien lui sauter à la gorge. Le type se mit à hurler de douleur et tomba à son tour par terre. Je courus comme un forcené mon arme à la main en direction du bandit à terre. Arrivé près de lui, je vis le Boxer en train de lui manger le visage, c’était horrible à voir.
- LAISSE-LE ! Hurlais-je au chien. LÂCHE-LE !
L’animal retira immédiatement  ses crocs de son visage, et s’assit à côté de moi. Le boxer avait la gueule couverte de sang. Sans aucun état d'âme j’achevais le type d’une balle entre les deux yeux. Le coup résonna comme un coup de tonnerre concluant ainsi ce cauchemar. Puis, le silence régna de nouveau sur la forêt.
Je me tournai vers le chien. 
 - Je te dois une fière chandelle le chien, dis-je encore haletant.
Le Boxer aboya.
Valérie était allongée sur le sol, inerte. Je m’accroupis à côté d’elle en la faisant rouler lentement sur le dos. J’approchais mon oreille de sa bouche et pus entendre sa respiration.
- Elle est vivante, m’exclamais-je.
Un petit filet de sang coulait le long de sa joue. Elle avait due recevoir un coup à la tête. Je déplaçai délicatement son corps pour l’adosser contre le mur de l’abri.
- Il ne faut pas traîner ici, d’autres vont peut-être arriver. Je me rhabillais, puis fouillais les poches des trois types, mais ne trouvais rien d'intéressant à récupérer mis à part une petite lampe torche flambante neuve.  Je cachais ensuite les corps de ces salopards, dans un fossé qui se trouvait non loin de là, puis recouvrait le tous, avec quelques branches mortes.
Mon oraison funèbre les concernant, fut :
- Allez en enfer !
Je pressais le pas. Arrivé devant la porte, j'ouvris avec ma clé la petite trappe blindée, et composai le code d'ouverture de la porte.
Il y eu un petit sifflement et la lourde porte circulaire se déverrouilla, laissant sortir une forte odeur de renfermé. Je fis un rapide coup d'oeil autour de moi, souleva le corps de Valérie et l’emmena à l’intérieur de l’abri. Tache pour le moins périlleuse étant donné que l’unique accès au sas de secours, était une échelle à crinoline.



Pendant ce temps, mon nouveau compagnon montait la garde à l’extérieur.
- Je reviens te chercher tout à l’heure le chien.
Nous étions tous à présent en sécurité dans l’abri. Devant nous se profilait le couloir sombre menant au premier sas.



 
Qu’étaient devenu José Vasquez et Maxime Ernst ? Je regardais ma montre. Il était vingt et une heures. Dehors, le soleil n’allait pas tarder à se coucher.
Je décidais, avant de poursuivre mon chemin dans les profondeurs de l’abri, de me reposer quelques instants. Le chien s’était couché devant l’entrée du tunnel, tournant sa tête de gauche à droite, telle une girouette, reniflant les odeurs qui parvenaient jusqu’à lui.
Je vins m’asseoir à côté de Valérie, qui était allongée sur le sol en béton. Je me mis à la secouer doucement, afin de la réveiller.
- Tu m’entends ?
Elle remua ses lèvres, puis ouvrit lentement les yeux. Elle me fixa avec un regard vide, et ne parue pas me reconnaître tout de suite.
- C’est moi… Franck. Franck Poole. Tu te souviens ?
- Franck... dit-elle d’une voix à peine audible.
- Tu as reçu un coup sur la tête. On peut dire que tu reviens de loin.
Elle posa sa main sur sa nuque, tout en faisant un petit rictus de douleur.
- Je suis contente de te voir (elle parlait lentement, et chercha ses mots). Où sont Ellie et Julius ?
- Ne t’inquiète pas, ils sont sains et saufs. Ils sont restés au village. Mais je t’expliquerais cela plus tard. Que s’est-il passé ici pendant notre absence ? Elle essaya de s’asseoir en s’aidant de ses coudes.
- Au bout d'une semaine, ne vous voyant pas revenir, nous avons pensé que vous étiez tous morts. Après une violente discussion avec Maxime, et en dépit de son refus, José et moi décidâmes quand même d'effectuer une sortie.
Pendant qu'elle me parlait, je pris ma gourde, dévissai le bouchon, et mis un peu d'eau sur un mouchoir, afin de lui nettoyer le sang séché qui maculait son visage. Elle prit ma main, et la serra fortement.
- Merci Franck. Tu n'aurais pas été là, je serais morte à l'heure qu'il est.
N’ayant entendu toute à l’heure que des bribes de conversations, je voulais savoir ce qui était arrivé aux autres.
- Où est José ? (J’avais un mauvais pressentiment)
- Il est mort, répondit-elle sans attendre.
Je pouvais voir son regard se perdre dans le vague.
- Que lui est-il arrivé, que s’est-il passé ?
Elle avait les larmes aux yeux.
- C'était atroce... Ces monstres l'ont torturé avant de le tuer. Tout ça sans raison, juste pour le plaisir.
Elle tremblait de tout son corps. J’ôtais ma veste, et la posai sur elle.
- Je sais que c'est éprouvant, mais peux-tu me dire ce que vous aviez fait une fois à l'extérieur de l'abri ?
Elle tourna subitement sa tête en direction du mur.
- Une fois dehors, José et moi avions pris la direction du village d'Alex. A part quelques chiens morts qui jonchaient la rue principale, il n'y avait pas âme qui vive.
- Les chiens morts s'était nous, lui répondis-je.
Elle ne parut pas prêter attention à ce que je venais de lui dire. Elle poursuivie :
- Nous sommes allez ensuite en direction du village de Thônes. La aussi il n'y avait personne, enfin... c'était se que nous pensions. Mais soudain, cinq types firent irruptions de nulle part, et ils nous ont sautés dessus. Ni José, ni moi n’avons eu le temps d'utiliser nos armes. Une demi-heure plus tard nous nous retrouvâmes ligotés et dépouillés de tout ce que nous avions.
Valérie se retourna et me rendit ma veste. Elle semblait aller mieux, son visage avait reprit quelques couleurs.
- Et ensuite ?
- Le chef nous demanda d'où nous venions. José essaya tant bien que mal, de discuter avec lui, dans l'espoir de le raisonner un peu. En guise de réponse, il reçut un violent coup de pied dans la figure. Il... (Elle se mit à tenir son visage entre les mains) il avait le visage en sang. Ensuite, et sans un mot, ils l'ont emmené, je dirais plutôt ; traîné dans une pièce à côté. Je n'oublierai jamais son regard à ce moment là. Avant de refermer la porte, leur chef s'est retourné vers moi avec un petit sourire. Je me retrouvais seule dans la pièce, dans l’impossibilité de m'enfuir. J'étais ligotée sur ma chaise, m'obligeant ainsi à entendre les hurlements de José.
Ce cauchemar dura environ une quinzaine de minutes, puis, plus rien. Plus un son. Le silence… Soudain, la porte s'est ouverte brusquement, et les cinq types sont apparus.  Je me rappellerai toujours ce qu'une de ses ordures ma dit :
 - Il n’est pas très résistant ton copain, ma jolie. Il est déjà mort. C'est dommage, nous commencions juste à lui poser quelques questions. A ces mots, ils se mirent tous à rire, faisant découvrir leurs bouches édentées. C'était horrible.
" Manifestement, j'ai eu plus de chance que toi, ma pauvre Valérie"
Elle but une gorgée d’eau, et continua :
- Ensuite, ils m’ont posés pleins de questions ; où avais-je trouvé de telles armes, et surtout les munitions ? D'où je venais, etc.  J'avais terriblement peur, je ne voulais pas mourir. Leur chef m'a dit qu'il ne me tuerait pas si j'étais coopérative. Je ne le croyais évidemment pas. (Elle se passa la main sur le front) Que pouvais-je faire d'autres ? Je leurs ai dit que je venais d'un abri qui était situé à quelques kilomètres de là. Quand j'ai prononcé le mot abri, je vis immédiatement leurs visages s’illuminer. Ils paraissaient subitement excités. On aurait dit qu'ils allaient partir pour une chasse au trésor.
Elle s’interrompit quelques instants pour ranger sa gourde, puis elle ajouta sur un ton hésitant :
Ensuite, ils m'ont...
Je lui mis aussitôt la main sur la bouche,  afin de lui épargner une douleur supplémentaire.
Valérie reprit :
- Le lendemain, trois de ces types m'ont emmené avec eux. Voila ! La suite tu la connais.
- Tu peux marcher, ça ira ? Lui demandai-je en me levant.
- Oui... je crois. Je me sens un peu mieux.
Je hochais la tête en guise de réponse, et lui tendis la main pour l’aider à se mettre debout. Nous continuâmes notre marche vers le sas.
- Où as tu trouvé ce chien ? Me demanda-t-elle, en me montrant l’animal de la main.
- A vrai dire ce n'est pas moi qui l'ai trouvé, mais lui.
Elle se retourna en direction de l'animal. Celui-ci nous suivait tranquillement.
- En tout cas, il ma sauvé la vie, dit-elle. Tu lui as donné un nom ?
- Non. J'avoue que l’idée ne ma pas traversée l’esprit.
Nous arrivâmes devant la porte du sas de décontamination.
- Ulysse !
- Quoi, Ulysse ? Répondis-je.
- Je trouve que ce nom lui irait bien, dit-elle.
Tout en ouvrant la porte du sas, je répondis machinalement :
- Heu ! Oui, si tu veux, allons-y pour Ulysse.
A y réfléchir ce nom n'était pas plus mauvais qu'un autre.
Quelques instants plus tard nous arrivâmes dans la salle commune. Mise à part quelques ronflements de néons qui allaient bientôt rendre l’âme. Il n’y avait pas un bruit. Aucune trace de Maxime Ernst.
- MAXIME, TU ES LÀ ? Criait Valérie (elle se tourna vers moi). Cela fait quatre jours qu'il est tout seul, j'espère qu'il n'a pas fait de bêtises. Au même moment, nous le vîmes sortir de la salle radio. En nous voyant il se figea sur place.
- Valérie... Franck ! dit-il surpris.
- Le détecteur d'ouverture ne t'a pas averti que quelqu'un était entré ? Dit Valérie, sur un ton passablement énervé.
Il parut embarrassé.
- Je n'ai pas du l'entendre, j'étais dans la salle radio avec le casque sur les oreilles. Avec tous ces boutons et ces sondes qui clignotent et sonnent constamment, j'avoue que je n'ai pas fait attention.
- Si c'était des bandits qui étaient rentrés à notre place. Je crois que tu serais mort sans avoir compris comment, lui répondis-je.
- Ah ! Vraiment, dit-il (Il me foudroya du regard).
Un petit rongeur passa non loin de là. Ulysse parti aussitôt à sa poursuite.
Maxime regarda l'animal s'éloigner par dessus mon épaule. Il ne sembla pas lui prêter une quelconque attention.
- Où sont les autres ? Dit-il sur un ton nonchalant.
J'allais parler...
- José est mort intervint Valérie, et...
- JE VOUS L’AVAIS BIEN DIT de ne pas sortir, s'exclama t-il. Il marqua une pause, puis il ajouta : Et Ellie Arroway, et cet imbécile de Julius, morts eux aussi je suppose ?
- NON ! Répondis-je d’un ton cinglant. Ils sont bien vivants. Nous avons eu plus de chance, et ils nous attendent dans un village pas très loin d'ici.
Maxime se gratta la tête, et sembla se calmer un peu.
- Allons nous asseoir, racontez-moi ce qui s'est passé. Puis il ajouta : Je...je suis désolé... mais vous comprenez, j'étais...
- C'est bon, n'en parlons plus répondis-je.
Nous passâmes d'abord à l'infirmerie pour soigner la blessure de Valérie, qui  après examen, ne paraissait pas trop grave. Elle avait été sonnée, mais fort heureusement pour elle, le coup de crosse qu'elle avait reçue avait dérapé sur son crâne, provoquant ainsi une grosse coupure au cuir chevelu.
Le chien réapparu avec un rat dans la gueule. Il le déposa à mes pieds, en attente d’une réaction de ma part.
- Brave chien lui dis-je. (Je lui mis une petite tape sur son flanc).
Le Boxer parut satisfait, et il repartit avec son trophée dans la gueule, dans les profondeurs de l’abri.
Une fois dans le réfectoire, Valérie et moi racontâmes respectivement notre périple.



Chose étonnante, Maxime nous écoutait religieusement. Peut-être commençait-il à redescendre sur terre ? Plus nous avancions dans notre récit, plus il adoptait une attitude neutre envers nous, voir (parfois) amicale. Il lui arrivait même d’adresser de temps en temps un petit sourire à Valérie. Il acquiesçait même de la tête en signe d'assiduité sur certains de mes propos. Je crois bien que, malgré les apparences qu'il voulait bien donner, il était bien content de nous revoir (un peu trop à mon goût). Cette petite cure de solitude l'avait peut-être fait mûrir un peu. Il avait peut être prit conscience qu'il n'était pas le nombril du monde. Une fois notre histoire terminée, il se leva et entama une marche autour de la table. Puis il s'arrêta, et dit :
- Pendant votre absence, j'ai eu tout loisir d'écouter la radio, et...
- Et ? dit Valérie.
- Et... j'ai de bonnes nouvelles, enfin... je crois. Ce matin, j'ai réussi à capter quelques émissions radio.
- Vous avez réussi à les localiser ?
- Oui. Certaines émanaient des environs d’Orléans, Rennes, Haguenau et Chartres. Mais malheureusement les voix étaient pratiquement toutes inaudibles.
- C’est tout, dit Valérie. C’est ça les bonnes nouvelles ?
- Non,  j’y arrive, répondit-il sur un ton de nouveau suffisant. Cet après-midi j’ai réussi à rentrer en contact radio avec trois villes : Tournus, Bourges et une que je ne connais pas : Lembach, un nom comme ça.
- Bourges je connais. Dit Valérie. Tournus aussi.
- Tournus, ce n'est pas en dessous de Dijon ?
- C'est exact répondit Maxime.
- Que disaient-elles ? demanda la jeune Biologiste.
- En ce qui concerne la ville de Tournus, j'ai réussi à rentrer en contact avec une personne qui s’appelle Roman Castevet. Apparemment il s'agirait d'un abri. L'abri 17 je crois. Il disait...
- Je le connais intervint Valérie, c'est un abri appartenant au CNRS. J’ai failli y aller. A cette époque j’étais encore étudiante, je devais effectuer un stage de Biologie moléculaire. Pardon... je vous ai coupé, continuez...
Maxime poursuivit :
- Il disait avoir besoin de secours. Je lui ai demandé s’il était seul. Il m'a répondu qu’ils étaient sept personnes vivant à l’extérieur, depuis maintenant quelques mois. Mais résidaient tout de même à proximité de l’abri, y retournant régulièrement, afin de rester à l’écoute des ondes. D’après ce que j’ai pu comprendre, depuis quelques jours ils sont victimes d'attaques répétées de créatures mutantes.
- Comment ça mutante ! S’exclama Valérie.
- Je ne sais pas ? Il a juste dit : mutantes. Ils ont eu quelques échanges de coups de feu avec eux. Mais ils se sont vite retrouvés à cours de munitions, et furent contraints de regagner leur abri. Quelques jours se sont passés, et hier matin, ils ont entendus taper contre la porte. Les mutants venaient de découvrir l’emplacement de leur abri.
Maxime s’interrompit.
- C’est tout ?
- Oui, c’est tout, après j’ai perdu le contact, répondit-il.
- Ce que je trouve étrange, c’est qu’ils n’aient pas essayés de quitter cette ville une fois décryogénisés.
- Peut-être avaient-ils décidés de rester à tournus pour y vivre, dit Valérie.
- Malheureusement je n’en sais pas plus, répondit Maxime.
- Et pour Bourges ? Demandais-je.
- Pour Bourges… Je suis tombé sur un type peu loquace, se disant faire parti du gouvernement actuel, dont la nouvelle capitale serait la ville de Bourges. Malheureusement, je n’ai pas tout compris, sa voix était parfois inaudible.
J’ai tout de même réussi à lui extirper quelques informations, dont le nom du chef de l’état : Le Général George Broulard. A la suite de ça, j’en ai conclu facilement, que le pays était dirigé par les militaires.
- Cela ne m’étonne pas, s’exclama Valérie.
- Bon ! Il y a un Gouvernement en place, c’est toujours ça, répondis-je machinalement.
Maxime poursuivit :
- Il m’a ensuite proposé de les rejoindre là bas, mais par mes propres moyens.
- En gros, démerde-toi, dit Valérie. Vous ne leurs avez pas demandé, s’ils avaient des véhicules ?
- Si justement,  je lui ai posé la question pensez donc. Il m’a répondu qu’ils avaient des chars, des véhicules tous terrains, des quads et même quelques avions de combats encore opérationnels.
- Des avions de combats ! M’exclamais-je.
Une pensée me traversa soudain l’esprit
« Et si… »
- Je lui ai dit que j’étais un scientifique. Mais il n’a rien voulu savoir. Sa réponse a été claire : « Désolé, ce sont les ordres, toute personne voulant rejoindre le gouvernement doit venir par ses propres moyens ». Puis il a rajouté : « Il y a quelques mois nous aurions pu venir vous chercher, mais malheureusement nous sommes actuellement en guerre contre … »
- Contre… Contre QUOI ? Demandais-je, passablement énervé.
- Aucune idée, répondit Maxime, la voie a été coupée.
- Merde ! … Au fait, vous avez dit « trois villes » toute à l’heure.
- Oui, Lembach.
- C’est où ça ? demanda Valérie.
- En Alsace, pas très loin de Wissembourg.
- Et ? demanda Valérie. Vous avez parlé avec quelqu'un ?
Pendant que Valérie parlait, j’observais Maxime. Son attitude venait subitement de changer. Il avait l’air plus fuyant, et surtout plus évasif dans ses explications.
- Alors ? Pour Lembach, redemanda Valérie.
- Heu… rien de particulier, j’ai eu un type à l’autre bout du fil. Il disait faire parti d’un centre de recherche.
- Un centre de recherche sur quoi ? Lui demandai-je.
- Aucune idée, il ne m’a rien dit là dessus.
Valérie se mit subitement à le bombarder de questions.
- Ils font partis du gouvernement ? Combien sont-ils ? Peuvent-ils nous chercher ?
- Je n’en sais rien… répondit Maxime. Arrêtez de m’emmerder, puisque je vous dis que je n’en sais pas plus. Ce type ne m’a rien dit d’autre, voila !
Et vous, que vous lui avez-vous dit ?
J’attendais sa réponse. Elle tardait à venir. Je voyais bien que ma question ne lui plaisait pas.
- C’est un interrogatoire ou quoi ! Je ne lui ai rien dit de particulier, je… (Il bafouillait) j’ai… juste dit que j’étais dans un abri, que… je venais de rentrer en contact avec la ville de Bourges, et l’abri 17 à Tournus. Et enfin, que je sortais de cryogénisation. Voila ça vous va ?
- Vous lui avez donné le numéro de l’abri ?
Il se renfrogna subitement.
- NON ! Bien sûr que non, dit-il sur un ton peu convaincant.
« Il me cache quelque chose. Je suis sur qu’il n’a pas tout dit »
La discussion porta ensuite sur différents points. Notamment l’inventaire du matériel et de la nourriture à emmener.
La fatigue commençait à se faire ressentir. Je regardais ma montre.
- Il est vingt trois heures trente. Je propose que nous allions nous coucher. Nous verrons demain pour les divers préparatifs du départ. Valérie acquiesça.
- Vous comptez partir dès demain ? Demanda Maxime sur un ton quelque peu embarrassé.
- Oui, bien sur, nous avons prévu de retourner à Nâves-Parmelan dès demain. Mais je vous rassure, nous ne vous laisserons pas tout seul ici cette fois. Vous viendrez avec nous.
Maxime ne parut pas apprécier mes propos, et me foudroya une nouvelle fois du regard.
Valérie rompit le silence qui venait subitement de tomber, et s’adressa à Maxime :
- Allez Maxime, dit-elle. Franck voulait simplement plaisanter. Vous n’aviez tout de même pas l’intention de rester ici. Allez ! Venez-vous coucher. 
Son visage s’était assombri.
- Je… je vous rejoins dans quelques minutes, j’ai… j’ai deux trois choses à faire avant, répondit-il tout en se dirigeant d’un pas lent vers la cuisine.
Valérie et moi partagions la même chambre. Le chien quant à lui, avait déjà élu domicile sur une couchette. Valérie prit le lit du haut, et moi celui du bas. La couchette de Maxime devait certainement  être celle ou Ulysse s’étendait de tout son long. J’étais curieux de voir sa réaction, quand il viendrait se coucher.
Une demi-heure plus tard. Maxime n’était toujours pas là.
- Franck (Elle parlait à voix basse)
- Oui ?
- Toute à l’heure, j’ai vu Maxime se diriger vers la cuisine, puis il s’est arrêté devant la porte. Ensuite, il a tourné la tête vers le dortoir. J’ai l’impression qu’il ne voulait pas être vu. Puis il a fait demi-tour et s’est dirigé rapidement vers la salle radio.
- Tu étais où ?
- J’étais derrière la porte du sas d’accès aux chambres. Je pense qu’il ne m’a pas vu.
- Et alors, répondis-je, il a peut-être oublié quelque chose dans la salle radio.
- Oui… tu as raison… je deviens paranoïaque.
J’éteignais la lumière.
- Essaie de dormir, nous avons une grosse journée demain.
Quelques minutes plus tard :
- Franck… tu dors ?
J’avais les yeux ouverts dans le noir. Je ne répondais pas.
Je regardais les aiguilles luminescentes de ma montre, elles indiquaient : une heure du matin. Maxime n’était toujours pas là. Entre temps, Valérie s’était endormie. Je décidais de me lever pour aller voir ce qu’il faisait. Et juste à ce moment là, la porte s’ouvrit, Maxime pénétra dans la chambre. Voyant le chien sur son lit, il poussa un juron à voix basse, et essaya en vain de déloger le boxer.  Ulysse leva la tête et commença à grogner.
- Saleté de cabot, dit-il à voix basse.
Maxime s’apprêtait à aller se coucher sur le lit supérieur.
- Ulysse ! Allez, descend du lit, Dis-je au chien.
Je n’en revenais toujours pas, de voir ce chien m’obéir à ce point.
L’animal s’exécuta, et vint se coucher au pied de mon lit. Sans un mot, Maxime secoua la couverture, marmonnât quelque chose, et alla se coucher.
A y réfléchir je me sentais un peu stupide sur ce coup-là. N’étant pas de nature provocatrice, je m’en voulais un peu d’avoir laissé volontairement le chien s’installer sur son lit, simplement pour voir.
Quoi qu’il en soit, une chose était certaine, ce type ne m’inspirait pas confiance.
« Il va falloir que je l’ai à l’œil. »
Le sommeil tardait à venir. Plus je me disais qu’il fallait que je dorme, moins j’avais envie de dormir. Mais au bout d’un moment. La fatigue eue raison de moi. Et je sombrais dans un profond sommeil salvateur…
De l’autre côté de la chambre, le lit de Maxime était de nouveau vide…



*NDA : Histoire vraie : Un matin de Septembre, j’étais en train de bricoler dans mon garage, quand je vis au fond de mon allée un chat que je n’avais jamais vu. Le matou était allongé par terre, légèrement caché derrière un massif de lavande. Il est resté comme cela toute la matinée, à observer mes faits et gestes. Le lendemain, je ne sais par quelle façon il était entré, mais  je l’ai retrouvé sous mon lit. Il avait élu domicile chez-moi.


**NDA : Essayez de vous mettre à la place de Franck.
Imaginez un peu la haine qu’il doit avoir à cet instant.
Bien sûr, il pourrait prendre ses jambes à son coup, mais… quelque chose l’oblige et le pousse à accomplir cet acte de bravoure.
Qui veut-il sauver ou défendre ? La fille ? Sa peau ? Est-ce vraiment des humains qu’il veut secourir ? Où veut-il plutôt (inconsciemment) défendre une certaine idée de la liberté ?  S’il fait parler lui aussi la poudre pour défendre ses idées, cela  ne représente t-il pas aussi une forme de barbarie ? Qui peut oser prétendre être le seul juge.
Pour répondre simplement, je dirais que dans ce monde comme dans l’ancien, le bon EST le plus fort.
 Y a-t-il toujours eu des méchants et des gentils ?
Tout dépend de quel côté où l’on se place.
Et vous, qu’en pensez-vous ?



Chapitre 24 : Dernier jour au village

24 Mai 2070:



Cela faisait maintenant une semaine que nous étions au village de Nâves-Parmelan. Après ma première et unique nuit chez Eric, Sandra m’avait proposé de rejoindre Ellie et Julius chez-elle. Cette promiscuité m’avait permis de nouer de bonnes relations (amicales) avec Sandra. Une nuit, pendant qu’ Ellie et Julius dormaient, Sandra vint dans ma chambre, sans un mot, elle me prit par la main. Je me levais sans trop me poser de questions. Elle m’amena dans sa chambre, et elle m’ouvrit son lit…
Ellie allait beaucoup mieux depuis deux jours, elle pouvait enfin marcher sans trop de difficultés. Julius quand à lui, avait fait la connaissance de tous les habitants du village, passant d’une personne à une autre, telle une abeille butinant de fleurs en fleurs. Sacré Julius, il changeait de jours en jours. J’avais remarqué qu’il s’était acoquiné d’une femme du nom de Lucie. Cette fille était incroyable, c’était la mécanicienne du village, la madame touche-à-tout en quelque sorte. Elle était capable de réparer n’importe quoi. Julius était aux anges avec elle. Ils s’entendaient à merveille tous les deux. En fait, ils étaient presque devenus inséparables. Julius m’a dit un jour que Lucie avait des ancêtres Québécois. Une lointaine arrière grand-mère qui travaillait là-bas dans les transports, un truc comme ça.
Ma main était pratiquement guérie, mais il y resterait tout de même une belle cicatrice entre le pouce et l'index. Pas de quoi en faire une maladie. En tout cas je pouvais fermer et ouvrir ma main sans pousser des cris de douleurs.
Il était environ neuf heures du matin. Je marchais nonchalamment dans la rue principale, quand je vis au loin un vieux banc qui me tendait les bras. Je décidais de m'y asseoir. Ces vieilles planches de bois commençaient sérieusement à être fatiguées. De mon observatoire j'avais une vue imprenable sur la rue. Quelques habitants vaquaient à leurs occupations. Eric, comme à son habitude, engueulait un garde. En me voyant il s’interrompit, et, à ma grande surprise, il me fit un timide signe de la main, pour me dire bonjour, mais sans esquisser le moindre rictus. (Il ne faudrait pas exagérer tout de même).
« Il doit être de bonne humeur »
- Drôle de type, dis-je à haute voix.
A une dizaine de mètres sur ma droite, Thomas et Sprog se chamaillaient pour une histoire de tricherie à cause d'une bille qui avait été "aidée" à tomber dans le trou.



Je les regardais amusé, et j'avais le sentiment de me revoir enfant. Juste à ma gauche un vieil arbre probablement centenaire, avait l'air de me toiser du haut de ces vingt mètres. Je le regardais, il était beau. Gamin je serais monté en haut histoire de montrer que c'était moi le moins peureux. Tout cela paraissait tellement désuet aujourd'hui. Les cris des enfants se faisaient de plus en plus forts, cela tournait même à la bagarre. Éric et Sandra surgirent subitement, et ils se dirigèrent vers eux d'un pas qui en disait long sur ce qui allait leur arriver, du moins sur leurs derrières. Éric attrapa les deux enfants par le col, et leurs mis un coup de pied aux fesses, sans autre forme de procès, puis il fit demi-tour, et repartit d’où il venait. Quand à Sandra, elle prit Thomas par le bras et le secoua en lui faisant un cour de moral magistral. Je ne pouvais pas m'empêcher de rire, ce que je voyais était tellement, disons…irréel, par rapport au monde qui m'entourait. Je fis un petit signe de la main à Sandra. Elle me vit, et vint vers moi avec Thomas, qui traînait la jambe en signe de mécontentement.
- Bonjour Franck, me dit-elle.
J’allais ouvrir la bouche…
- Maman ! Maman !
- Oui mon fils ?
- Dis… tu l'aimes le Monsieur ?
Sandra et moi, nous nous mirent à rire.
- Parce que papa ne serait pas d'accord, ajouta-t-il.
A ces mots, Sandra devint rouge de colère et elle mit une gifle à Thomas.
- NON ! Sandra, ce n'est pas grave, c'est normal qu'il ait cette réaction. (Je lui tendis la main). Approche mon garçon.
Le gamin approcha vers moi à pas lent.
- Ne t'inquiète pas Thomas, tu sais ta maman aimera toujours très fort ton papa, et ce jusqu'à la fin des temps.
- Mais pourquoi elle te tourne autour, depuis que tu es arrivé ici alors ? Je t’ai même vu aller dans sa chambre une nuit.
Le regard du môme était perçant, mais non menaçant. Pendant ce temps, Sandra rongeait son frein.
- Je vais t'expliquer quelque chose Thomas, tu es d'accord ?
- Oui M'sieur
- Quand tu es triste… Cela t'arrive quelquefois d'être triste mon garçon ?
- Oui… des fois.
- Bien ! Quand tu es triste, tu va voir ta maman pour quelle te réconforte.
- Oui, ma maman je l'aime plus que tout au monde.
- C'est bien mon garçon. Et bien c'est pareil pour ta maman. Tu vois, quand elle est triste, elle a besoin aussi d'avoir un peu de réconfort. (Je prenais les devants, je me doutais de la réponse). Bien sûr tu es là aussi pour la réconforter. Mais vois-tu, ta maman à aussi besoin d'une grande personne. C'est important pour elle.
Je me levais et me mis accroupi pour être à sa hauteur. Je m'approchais de son oreille, et lui murmurai quelque chose. Il fit un signe approbateur de la tête.
- Qu'est-ce que tu lui as dit Franck ?
- C'est un secret entre lui et moi.
Je me levais et fit un petit clin d'œil à Thomas.
- Maman je peux retourner jouer maintenant ?
- Oui, vas-y, mais gare à toi si tu te bats encore, c'est compris.
- Oui Maman chérie.
Au bout de quelques mètres le môme se retourna, et dit à sa mère :
- Maman !
- Oui mon garçon.
- Je t’aime !
- Moi… moi aussi je t’aime mon chéri, répondit Sandra.
Le gamin fila comme une comète en direction de son copain qui était, comme nous devions nous en douter, déjà dehors, en train de l'attendre.
- Je peux m'asseoir un peu à côté de toi Franck ?
- Bien sûr, viens.
Un petit coup de vent passa juste au dessus de nos têtes, Sandra en profita pour poser sa tête contre mon épaule.
- Franck.
- Oui ?
- Tu parles très peu de toi. Je sais juste que tu viens d'un abri, et que tu étais chercheur. Avant hier je t'ai demandé si tu avais de la famille, et tu ne m’as pas répondu.
- Excuse-moi je n'avais pas du t'entendre.
Sandra fit la moue.
- J'étais marié, et j'avais une fille. Ma femme s'appelait Claire, et ma fille Camille.
- J'avais.... j'étais, pourquoi tu en parle au passé ?
- Je ne sais pas, cela fait tellement d'années maintenant. Et Il y a eu tellement de morts.
- Comment peux-tu dire ça, ils sont peut être encore en vie. Quel âge avait ta fille ?
- Huit ans, et ma femme trente trois.
Sandra se rassis sur le banc, et me dit :
- Ne le prend pas mal Franck, j'essaie juste de comprendre. Quand la grande catastrophe est arrivée, tu m'avais dit que tu venais de Sarclay.
- Saclay, la ville s'appelait Saclay. Pardon ! Excuse moi, cela n’à aucune importance.
- Tu étais seul dans ta voiture ? Tu n'avais pas ta famille avec toi pour aller te réfugier dans cet abri ?
- Oui, j'étais seul, j'ai fais cette saleté de route tout seul.
- Je m'excuse, j'arrête de te poser des questions.
- Tu n'y es pour rien Sandra. Je vais te répondre.
Je lui pris la main.
- C'était le 7 Février 2022 il était 8h45, je m’en rappellerais toute ma vie. J'étais dans mon labo à Saclay, j'ai reçu un coup de fil de notre responsable de recherche qui était déjà réfugié dans l'abri 15. Il venait d'apprendre par le ministre de la défense, que la France venait de rentrer en guerre. Il m'a demandé de rejoindre l'abri le plus vite possible, avant que l'annonce officielle paraisse dans les médias en fin de journée. La première chose que j'ai faite est d'appeler ma famille. J'ai dit à ma femme et ma fille de quitter le plus vite possible notre appartement en ville et d'aller habiter dans notre maison de campagne au nord du pays.
- Ta famille n'habitait pas à Saclay ?
- Non.
- Ils étaient dans une autre ville c'est ça. Mais, je…
Je lui coupais la parole.
- Sandra, j'aurais fais n'importe quoi pour les emmener avec moi, si j'avais pu, j'aurais donné ma vie pour qu'elles soient dans cet abri à ma place. Je n'ai pas pu les emmener pour la simple et bonne raison quelles étaient au Canada.
- Au canada ! Évidemment, je comprends maintenant, dit-elle.
- Et même si il y avait une petite chance quelles soient encore en vie, comment aller là-bas. Je n'aurais jamais du accepter ce poste en France.
Sandra vint se blottir à nouveau contre moi.
- Franck.
- Oui ?
- Que va tu faire maintenant, maintenant que tu es guéri ?
- Je pense partir pour l’abri 15 demain matin, si tout va bien. D’ailleurs, il faut que je vois Ellie et Julius, pour faire le point.
- Je le sais bien, dit Sandra, je ne peux pas t’obliger à rester. Et ensuite ?
- Ensuite… nous allons probablement revenir ici, et après nous aviserons.
Je vis tout à coup sur le visage de Sandra, un large sourire.
- Je ne pensais pas que tu dirais ça Franck. Je ne songeais pas que tu avais l’intention de repasser au village.
En guise de réponse, je levai la tête en direction de Lucie et Julius qui venaient de traverser la place, main dans la main. En les regardant je commençais à me demander si Julius allait accepter de m’accompagner à l’abri 15.
- A mon avis c’est mal barré.
- Qu’es-ce que tu dis Franck ?
- Non, rien, je parle à haute voix.
Sans un mot, Sandra m’embrassa sur le front, puis elle se leva, et parti en direction de la maison de Florence.
Je la regardais s'éloigner.
Le ciel commençait sérieusement à virer à l’orage.



(Photo réelle sans trucage, que j'ai prise dans le sud de la France)

Quelques minutes plus tard, je sentis une goutte de pluie, puis deux, puis trois. J’abandonnais mon banc à regret pour me diriger vers la maison de Sandra. Trelkovsky se tenait sur le pas de la porte de l'ancienne boulangerie, il me regardait d’un air amusé, passer dans la rue au pas de course.
- Alors Franck, me dit-il, vous n’êtes pas amateur de pluies contaminées ?
- Non, en effet.
- D’après vous elles le seront encore longtemps. ?
- Je pense qu’il n’y a plus trop de danger aujourd’hui, lui dis-je, le Césium 137 contenu dans l’air a une durée de vie moyenne de trente ans. (demi vie, en terme scientifique) Mais il faudrait tout de même effectuer quelques prélèvements pour être certain.
- Et bien je suis content de l’apprendre. A plus tard Franck.
Je continuais mon chemin, et je pus entendre derrière moi Trelkovsky jurer.
- Saleté de temps de merde, dit-il en refermant la porte derrière lui. Après être passé devant l'ancien bureau de poste, j’arrivais enfin chez Sandra. Ellie était dans le séjour, assise dans un fauteuil en train de consulter un vieux livre de géographie. A ma vue elle referma l’atlas, et m’adressa un petit sourire.
- J’ai l’intention de partir pour l’abri 15 demain. Pense-tu pouvoir venir avec moi, lui demandais-je.
Au même moment Julius entra à son tour dans la pièce, et sans un mot, il vint s’asseoir à côté d’Ellie.
- Oui, je pense que cela ira, me répondit-elle. Trelkovsky m’a dit de ne pas faire tout de même trop d’effort violent.
- Tu veux partir pour l’abri demain, dit Julius.
- Oui en effet. Tu viens avec moi ?
Julius leva tout à coup sa tête en direction du plafond. Et il me dit :
- Ne le prend pas mal Franck, mais… je me plait bien ici, et rien que de penser à revoir ce cinglé de Maxime Ernst. Tu comprends… Et puis j’ai fais la connaissance de Lucie, et je crois bien que nous nous aimons. Les gens du village m’aiment bien aussi, et puis… je suis en train de réparer avec Lucie un…
- BON ! Ça va, j’ai compris, tu ne viens pas, c’est ça ?
Julius avait l’air embarrassé.
- Pour être franc, je n’ai vraiment pas envie de retourner là-bas. L’expérience avec les chiens ma suffit amplement. Et puis je ne suis pas un baroudeur, ou un homme des bois. Je suis un chercheur, vous comprenez… UN PUTAIN DE CHERCHEUR.
- Ca y est, il refait sa crise d’avant la guerre, s’exclama Ellie. Tu es gonflé Julius, quand je pense que tu as buté plusieurs chiens à toi tout seul au village d’Alex.
- Laisse tombé Ellie, après tout c’est son droit, personne ne l’oblige à venir avec nous. Et puis je crois que notre ami Julius a trouvé une bonne excuse pour rester ici.
- Ah oui ! Laquelle ? répliqua Ellie.
- Lucie, lui répondis-je en regardant Julius.
Ellie sans un mot, se leva lentement de son fauteuil, et se dirigea vers sa chambre. Arrivée en haut de l’escalier elle dit :
- Viens Franck nous allons préparer notre paquetage, demain matin nous partons.
Je me retournais vers Julius, mais il avait disparu de la pièce.

Chapitre 23 : Trelkovsky

18 Mai 2070 :

"Lequel de ces mondes est le plus inhumain ? Celui d’avant, ou celui-ci ?"
Franck Poole



3h00 du matin :
Je me réveillais en sursaut.
« Il y a quelque chose qui cloche dans ce village, mais je n’arrive pas à trouver quoi»
Dormir…
4h30 du matin :
« Ils sont vieux... »
- Oui c’est ça ! Il n’y a pratiquement que des personnes d’âges mûrs ici. Voila ce qui cloche ! Dis-je à haute voix. Je n’ai vu pour le moment aucun enfant.
« J’espère que ce toubib a réussi à soigner Ellie. Dès que je serais levé, j’irais la voir »
Je me retournai, et me retournai encore dans mon lit. J’avais le dos en sueur. Malgré la douleur lancinante causée par ma main, je parvins tout de même à me rendormir.
Un magnifique soleil embrasait le ciel. Assis au milieu de son château, mon fils narguait son assaillant, en brandissant son râteau et sa pelle. Dans cette bataille inégale, les vagues prenaient d’assaut la forteresse de sable. Je me retournai vers Claire, et l’embrassai. Elle me prit dans ses bras. Le bruit des vagues était reposant. Nous étions bien. Je décidais de jeter un coup d’œil à mon fils, le château était vide. Je regardais autour de moi. Il n’était nulle part sur la plage. Mon regard fut subitement attiré par des mouvements dans l’eau. Je vis un bras qui en sortait. Une indicible panique m’envahis, je voulus bondir pour sauver mon fils, mais quelque chose clochait, j’avais beau vouloir essayer de me lever, impossible, j’étais comme collé sur le sable. J’hurlais comme un fou, avec comme seul espoir, de voir ma voix se déplacer à ma place, pour le sauver.
- NICOLAS...NICOLAS !...NOOOOONNN !...
- Monsieur... MONSIEUR ! Réveillez-vous.
J’ouvris les yeux. Je reconnus la femme qui m’avait apporté de l’eau dans ma cellule. Ma première rencontre avec elle, ayant été pour le moins fugace, je remarquais à présent, qu’elle avait beaucoup de charme, probablement dans la trentaine, de longs cheveux châtains, et des yeux verts en amande. Son visage me rappelais une chanteuse Islandaise d’avant guerre, du nom de…Bjord, Bjorn, un truc comme ça. Je ne me rappelais plus. Elle avait aussi une petite cicatrice au menton. Sandra tenait dans sa main un petit pot de fleurs qu’elle s’apprêtait à poser sur le rebord de la fenêtre.




- Elles sont jolies, lui dis-je.
- Vous trouvez ? Merci, me dit-elle, en s’approchant de moi. Je suis venu vous chercher, il est tard. (Je regardais ma montre, elle indiquait 10h10) Je suis déjà venue plus tôt, mais Sylvie m’a dit de vous laisser dormir, vous aviez l’air de ronfler comme un sonneur. Elle eue un petit rire moqueur, puis elle vint s’asseoir sur le lit, à côté de moi.
- Je pensais plutôt voir arriver la femme d’Eric ?
- Sylvie est en train de s’occuper de ses bêtes, me dit-elle. Au fait ! Votre amie Ellie, est sortie d’affaire. Notre docteur a réussi à la soigner. Il ma dit de vous dire, que vous étiez libre, vous et vos amis, et que vous deviez passer le voir dès que vous aurez vu vos amis.
- Merci Sandra, je suis bien content qu’Ellie soit sauvée. (Je poussais un soupir de soulagement).
- Je voulais aussi vous remercier pour nous avoir ramené le toubib, dit-elle. C'est une personne importante, vous savez.
- C'est bien ce que j'ai cru comprendre. J'ai tout de même failli y passer. De toute façon, je n’avais pas trop le choix. (Je la sentais un peu gênée).
- Faîtes voir votre main, dit-elle. (Je la lui tendis). Elle n’a pas l’air de s’infecter, mais la plaie est profonde.
- Le produit que ma donné votre docteur, a stoppé l’infection.
- Je vais vous changer votre pansement. Je ne vous ai pas dit, je suis son assistante.
Sandra s’absenta quelques instants, puis elle revint avec un flacon et un rouleau de pansements.
- Voila ! dit-elle, vous avez un beau pansement tout neuf.
- Merci.
Sans un mot, elle posa sa main sur ma joue, celle-ci était douce et chaude. J’en eu un frisson.
- Je suis désolée me dit-elle.
- Ne vous inquiétez pas, je devrais être plus gêné que vous, cela fait quarante huit ans qu’une femme ne ma pas touchée. (Je venais de gaffer).
- Je ne comprends pas ? dit Sandra, l’air dubitative.
- Non… rien, je plaisantais.
- Ah ! fit-elle, tout en se relevant. Si vous avez faim, Sylvie vous a préparé à manger.
- Merci, mais je dois aller voir mes amis.
- Vous savez, vos amis ne vont pas s’envoler parce que vous prenez le temps de déjeuner. Vous comptez rester un peu au village ?
- D'après Trelkovsky, j'en ai pour une semaine avant que ma main guérisse.
- Je…je suis bien contente que vous restiez un peu (elle se mit à rougir)
Je lui adressais un petit sourire en retour.
- Je voulais dire… Pour votre main… Pour… C’est mieux que vous restiez un peu pour soigner votre main. (Elle était encore plus rouge).
- Oui, bien sûr, lui répondis-je. J’avais compris ça comme ça.
Elle se leva, et s’apprêta à sortir de la pièce.
- Sandra !
- Oui ?
- Je peux vous poser une question ? Quelque chose m’intrigue.
Elle revint s’asseoir à côté de moi.
- Je vous écoute, que voulez-vous savoir ?
- J’ai remarqué qu’il n’y avait que des gens relativement âgés ici.
- C’est exact, pour la plupart, répondit-elle, sans paraître pour le moins étonnée par ma question.
- Il n’y a pas d’enfants dans ce village… des jeunes. ?
- Si, nous avons deux enfants : Thomas, il a dix ans et Sprog, onze ans. Thomas est mon fils. Son père est mort il y a deux ans.
- Je suis désolé de l’apprendre.
- Il est parti un matin à la chasse, et il n’est jamais revenu. Quant à Sprog, c’est le fils de Jessy. (Elle marqua une pause). Il y avait un troisième enfant…Miette.
- Miette ?
- Oui c’est comme cela que nous l’appelions au village. Elle passait son temps à donner à manger aux oiseaux. C’était la fille de Sylvie et d’Eric. Elle était sourde et muette.




- Vous dites « était »
- Elle est morte l’année dernière d’un cancer. Trelkovsky n’a rien pu faire. Elle avait dix ans.
- Pauvre gosse.
- Il y a aussi quelques jeunes adultes de dix huit, vingt et vingt cinq ans environ.
- Vous êtes combien au village ?
- Il y a quatre vingt trois habitants, répondit-elle.
- Je crois que vous avez un sérieux problème de natalité ici.
- D’après Trelkovsky, c’est partout comme ça, me dit-elle. C’est pour ça, que la société ne peut redémarrer.
- Plus de mortalités que de naissances. M’exclamais-je.
- Exactement, dit Sandra… Beaucoup plus de mortalités que de naissances.
Elle se releva.
- Je vous laisse vous préparer, et aller déjeuner. Il y a une bassine d’eau avec une serviette, dans la pièce à côté. Vous me trouverez derrière la maison avec Sylvie.
Avant qu’elle referme la porte, elle me dit :
- Le docteur vous expliquera tout ça, plus en détail.
- J’y compte bien.
Elle disparue dans l’escalier.
Une fois lavé et habillé :
- Mon arme ! Où est mon Sig.
J’avais beau chercher dans toute la chambre, mon fusil avait disparu. Quelques instants après j’étais dans la cuisine. Eric était là, assis sur une chaise, mon arme dans ses mains. Me voyant arriver, il me dit sur un ton légèrement provocateur :
- Jolie arme que tu as là. Je n’ai pas pu résister, je te l’ai emprunté pendant que tu dormais.
Il me sondait et attendait de voir comment j’allais réagir. Mais je n’en fis rien, et je fis mine de l’ignorer, puis je vins m’asseoir juste en face de lui. Je pris le bol de fruits secs que m’avait préparé sa femme, et commençai à manger.
- Oui... belle arme, lui répondis-je sans lever (volontairement) la tête de mon bol.
Surpris par mon attitude (il fit ressortir sa lèvre inférieure) et il me tendit mon fusil, en me disant :
- Tiens !
Je le pris (toujours) sans lever la tête de mon bol, et le posa sur la table devant moi (entre lui et moi). Eric se leva en ronchonnant, et quitta la pièce.
Une fois mon déjeuner avalé, je pris mes affaires, et sortis de la maison.




C’était une belle journée. D’après ce que m’avait expliqué Trelkovsky, la météo était désormais extrêmement chaotique ; Il pouvait faire un ciel magnifique toute la matinée, avec une température de vingt cinq degrés, puis l’après midi, la température pouvait descendre de dix degrés, avec des trombes d’eau. La culture des légumes en était des plus compliquée. Autour de moi, quelques habitants vaquaient à leurs occupations. Sandra fit irruption de derrière la maison, et vint à ma rencontre.
- Je vous emmène voir vos amis, me dit-elle.
- Très bien, je vous suis.
En chemin, je croisai Eric, il était en train d’engueuler un type. Il lui reprochait de s’être endormi pendant son tour de garde.
- Dans quelle maison sont Ellie et Julius ?
- Ils sont chez-moi, me répondit Sandra.
- Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi, Eric m’a hébergé chez lui. Il n’a pourtant, pas l’air de m’apprécier.
- Oh ! Vous savez, me dit-elle. Eric, il est comme ça. Ne cherchez pas à comprendre.
Après quelques minutes de marches à travers le village :
- Voila ! Nous y sommes… Entrez. Vos amis sont au premier étage. Je vous laisse, j’ai du travail.
Je lui dit, avant quelle ne parte :
- Vous savez dans quelle maison est Trelkovsky ?
- Ah oui ! Pardon… Il est dans l'ancienne Boulangerie.
Sandra prit congé.
J'ouvris la porte et me dirigeai en direction de l’étage. L’escalier en bois qui y menait n’était franchement pas en bon état, il me rappela un peu celui de chez mes parents.




Ellie et Julius étaient installés dans une des chambres. A ma vue, Julius se leva d’un bond du fauteuil où il était assis.
- Je savais bien que vous ne nous laisseriez pas tomber. (Il me serra la main chaleureusement). Vous êtes blessé ? Me dit-il.
- Oui, mais ce n’est pas grave. Comment va Ellie ?
- Elle va bien, elle dort. Venez ! allons dans le couloir pour parler, me dit-il, à voix basse.
Une fois dans le couloir...
Ce docteur… Trelkovsky, dit Julius, c’est un crac. Ça je vous le garanti.
- Il vous a posé des questions ?
- Non, pas vraiment, il était surtout préoccupé à essayer de sauver Ellie, on aurait presque dit de l’acharnement. Mais il a tout de suite vu, que nous venions d’un abri. (Il marqua une pause).Puis il me dit :
- Franck !
- Oui ?
- Je vous parle en tant que chimiste et chercheur.
- Oui… Julius, je vous écoute ?
- Ce Trelkovsky, est certainement plus qu’un petit toubib de campagne. Ce type est extrêmement brillant. Et il a, à mon avis, un QI largement au dessus de la moyenne. Mais... (Julius hocha la tête) Je pense que c’est un type de confiance.
- Qu’est-ce qui vous fait penser ça ?
- Quand il nous a dit que nous pensions venir d’un abri, il parlait à voix basse, afin que le garde qui était avec lui n’entende pas. Mise à part qu'il est sauvé Ellie... (Il cherchait ses mots) je crois qu'il a plus besoin de nous, que nous avons besoin de lui. Enfin... c'est mon sentiment.
Je regardais Ellie. Son visage paraissait reposé, détendu. J’étais vraiment content. On peut dire ça comme ça… Oui, j’étais même, rudement content.
Je marchais à présent en direction de l’ancienne boulangerie.




La porte était fermée. Je frappais...
- Qui est-ce ? dit la voie derrière la porte.
- Franck ! Je viens voir Trelkovsky. Il m’attend.
- Un instant, répondit la voie.
J’attendis quelques secondes. Un type armé m’ouvrit en me faisant signe d’entrer avec le canon de son arme.
- Allez-y ! Me dit-il, il est dans la pièce au fond à droite.
Sur ces mots, le garde retourna s’asseoir sur sa chaise.
- Par ici Franck, approchez, disait le toubib.
- Bonjour. Vous faîtes garder votre infirmerie ?
Il parut surpris par ma question. (Je devais reconnaître que ma question n’était pas très maligne. Mais qui ne dit pas de conneries de temps en temps).
- Bien sûr. Je suis obligé de protéger cet endroit. Cette ancienne boulangerie est en quelque sorte la réserve du village. Ici sont stockés les médicaments, les armes et munitions, ainsi que divers matériels tous plus indispensables les uns que les autres, récoltés au hasard de nos expéditions.
- Evidemment… je comprends.
- Dommage que nous ne disposions pas d’un bunker au village. (Il me fit un signe de la main) Venez vous asseoir Franck. Je crois que nous avons pas mal de choses à nous dire, n’est-ce pas ?
- En effet, lui répondis-je.
- Je suppose que mon assistante Sandra vous l’a dit. Vous êtes libre, vous et vos amis. D’ailleurs, j’aurais quelques petites propositions à vous faire. Mais nous en reparlerons plus tard.
Je lui fis un signe de la tête en guise de réponse.
- Bien ! dit-il. Mais avant de rentrer dans le vif du sujet (il m’adressa un clin d’œil, pour me montrer qu’il était assez fier de sa boutade. J’avoue que je n’avais pas compris sur le coup). Tout d’abord, montrez moi votre main.
Je la lui tendis, et il retira lentement le bandage.
- Parfait ! Il n’y à pas d’infection, mais la plaie est tout de même profonde. Je vais devoir vous recoudre. (Je supposais que le vif du sujet c’était ça). Cela risque de vous faire un peu mal.
Me faire mal, c’était peu dire. A chaque fois qu’il enfonçait l’aiguille dans ma peau j’avais l’impression que l’on me plantait un clou dans la main. L’aiguille rentrait et ressortait de ma peau comme dans du beurre, je préférais tourner la tête et porter mon attention sur la croûte (1) accrochée sur le mur. Les piqûres ce n’était pas mon truc.
- Aïe !
- Arrêtez de gesticuler, je vais finir par vous rater, s’exclama Trelkovsky.
- Merci pour Ellie, lui dis-je.
Il ne répondit pas ; sûrement trop absorbé par son travail. Soudain il s’arrêta de coudre, et il leva la tête vers moi.
- Votre amie Ellie, dit-il, elle a quelque chose d’étrange que je n’arrive pas à m’expliquer. Quand j’étais en train de la soigner, elle me fixait du regard. C’est bizarre, je ressentais quelque chose d’indescriptible. Je me… sentais bien, oui c’est ça, comme si j’avais été lavé de quelque chose. Je ressentais du bien en moi, pas du bien au sens sexuel, mais… autre chose (il soupirât et se remit à coudre) Drôle de fille, conclut-il.
- Voila ! C’est fini, vous êtes bon pour faire concurrence à Frankenstein.
Je regardais ma main recousue, et je fus stupéfait de voir avec quelle précision il avait aligné les fils. Un véritable travail de chirurgien.
- Merci toubib. Et votre jambe ?
- Je me suis recousu hier soir, et comme vous pouvez le constater j’ai tout de même mis une attelle. Saletés de clébards.
Trelkovsky tourna la tête en direction du garde posté dans l’entrée.
- Hé ! Fred… Que personne ne me dérange. Je suis occupé.
- Très bien chef, répondit le garde.
- Bien… (Trelkovsky se servit un verre d’eau) Avec ce temps de merde, j’ai tout le temps soif. Vous avez soif Franck ?
- Oui, merci. (Il me tendit un verre).
- Je me disais, dit-il, que depuis notre première rencontre nous n'avions pas vraiment eu le temps de faire vraiment connaissance. Je vous propose un jeu.
- Un jeu ?
- Oui, le jeu de la vérité. Nous nous parlons d’homme à homme. Pas de langue de bois comme ces salopards de politiciens de l’ancien temps. La vérité, rien que la vérité. Ok ?
- Ok ! Lui répondis-je.
- Très bien. Commencez ! Je vous écoute Franck.
« Pas fou ce gars-là »
Je lui racontais donc, toute mon histoire, et-ce depuis mon départ du centre de recherche de Saclay, ce lundi sept février 2022. Mais en omettant tout de même de lui révéler l’emplacement de l’abri 15. (Son jeu était celui de la vérité, certes. Mais avoir des trous de mémoires, ce n’était pas mentir.) Trelkovsky, son verre à la main, m’écoutait religieusement. Mais, quand je me mis à prononcer les noms de Murdoch et Lacombe. Trelkovsky devint subitement livide, il en avala même sa gorgée d’eau de travers, ce qui lui provoqua une quinte de toux. J’avais bien cru qu’il allait s’étouffer.
- Vous allez bien ?
- Oui… oui, merci me répondit-il…. J’ai avalé de travers, c’est tout, continuez ! Me dit-il sur un ton désagréable.
Un fois mon histoire terminée, il me dit :
- Très intéressant tout ça. C’est tout de même une sacrée aventure. On peut dire que vous avez eu un sacré bol, vous et vos amis. (Il me regarda droit dans les yeux). Où se trouve votre abri ?
- Je suis désolé, mais je ne préfère pas vous le dire pour le moment. Je ne sais toujours rien à votre sujet. Reconnaissez tout de même que j’ai joué le jeu.
Trelkovsky reposa son verre sur la petite table. Puis il allongea sa jambe pour la dégourdir un peu.
- D’accord… Allez-y ! Posez votre question, dit-il.
Je commençais moi aussi à prendre plaisir à ce petit jeu.
- Vous n'êtes pas qu'un simple toubib de campagne, pas vrai ?
- Non ! (Il reprit son verre, et le faisait rouler dans ses mains) En effet, je ne suis pas qu'un simple médecin. Il leva la tête pour voir si le garde n’écoutait pas. Tout ce que je vais vous dire doit rester entre vous et moi. Je ne voudrais pas que les habitants de ce village soient au courant. Je dois rester à leurs yeux, le bon docteur de village. J’ai votre parole ?
- Oui… vous l’avez. Vous êtes qui en réalité. Je devrais dire vous étiez qui ou quoi ?
- J'ai bien vu que vous aviez tout de suite deviné.
Je le sentais tout de même mal à l’aise. J’avais l’impression qu’il s’était fait piéger à son propre jeu. A y réfléchir, rien ne l’obligeait à parler. Avait-il besoin de se confier à quelqu’un ? Voulait-il apaiser sa conscience ? Je n’allais pas tarder à le savoir. Julius avait certainement raison, ce toubib avait besoin de nous. De toute façon si cela devait sentir le roussi, j’avais mon arme à portée de main.
- Je suis le lieutenant Colonel Aleksander Trelkovsky. Enfin… je l’étais. Ingénieur et docteur en génétique militaire. J'étais affecté au quartier général de la région Sud/Est du pays.
- Il y avait combien de quartiers généraux ? Lui demandais-je.
- Comment ! Vous ne le savez pas ? Il est vrai que étiez chercheur dans le civil.
- La France était divisée en quatre zone, Nord/Est, Sud/Est, etc. J’ai rejoins le centre de commandement Sud/Est, le six Février 2022, la veille du jour de l'entrée en guerre de la France. Le 7 Février au soir les bombes sont tombées sur le pays. Mais je suppose que vous le savez déjà.
- Oui, en effet, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, j'ai été mis en hibernation le 8 Février, ce qui c'est passé ensuite, c'est à vous de me le dire.
- Les bombes tombèrent pendant deux jours. Puis, plus rien.




Nous suivions l'évolution de la situation grâce aux satellites, ainsi qu'aux différents postes militaires implantés dans le pays. Les premiers rapports étaient effrayants. Le pays avait été touché presque en totalité. Trelkovsky s'interrompit.
Pouvez vous m'apporter un autre verre d'eau s'il vous plait, j'ai encore soif.
- Oui, bien sûr. Je lui tendis, il but une gorgée, puis reprit son récit.
- D'après les premières images satellites, les radiations avaient contaminées plus de soixante pourcent du pays. Nous étions tous là, à regarder ces images avec effroi. Certains hommes parmi nous se mettaient à pleurer, et essayaient en vain d'appeler leur famille. Tout le monde commençait à paniquer. Il y eu quelques emprisonnements du à des cas d'insubordination. Bref, passons... Quelques jours plus tard d'autres rapports faisaient état de la présence de nombreux germes pathogènes dans l'air. Inutile de vous dire que ce n'était pas ceux de la gastro (il eu subitement un rire nerveux). Nous venions de découvrir avec horreur que des bombes bactériologiques avaient été utilisées. Quelques semaines plus tard, nous avions envoyés des drones autonomes sur différents sites. Il reprit une gorgée d'eau, et continua. Nous suivions en direct sur le grand écran du poste de commandement, la progression du drone. Nous l'avions dirigé sur la ville de Lyon. Et, chose incroyable, la ville n'avait pas été rasée. Elle était, c'est vrai, fortement endommagée, mais pas détruite. Un peu comme ces villes qui avaient été bombardées pendant la deuxième guerre mondiale. Les autres quartiers généraux des autres régions, ont fait la même chose. Même résultat. Paris en ruine, mais encore debout. Malgré un troisième étage en moins, la tour Eiffel avait encore fière allure. Strasbourg idem, Bordeaux, Lille, etc.




Je lui dis :
- Ne me dites pas que les missiles ennemis ont tous ratés leurs cibles. Les satellites et les observateurs les ont bien vus tomber ces saletés de bombes. Il est vrai je ne suis pas un stratège militaire, mais tout de même.
- Oui, elles sont bien tombées Franck, mais... à cotées. Leurs cibles étaient les principales bases militaires du territoire; aéroports importants, bases militaires secrètes connues de l’ennemi, etc.
Alors, qu'en pensez vous Franck ? Vous le spécialiste de la fission nucléaire et autres neutrons en folies.
- J'en pense que l'ennemi ne voulait pas détruire les villes.
- Je vais vous poser une question Franck. D'après vous, quand un pays totalitaire est en surpopulation. Ses terres en grande majorités stériles. Ses ressources naturelles pratiquement épuisées. Sont peuple au bord de la famine. Que fait-il ?
- Et bien il balance des missiles pour neutraliser les systèmes défensifs, ensuite des bombes bactériologiques ou chimiques pour décimer la population, puis on attend que la mayonnaise prenne, ensuite il envoie ses troupes pour éliminer les derniers points de résistance. Puis il attend quelques années, que le virus régresse et meurs, par manque d'hôtes humains. Et, enfin, il envoie ses habitants pour s'y installer. Mais ! Attendez une minute, maintenant que j'y pense, les russes n'étaient pas en surpopulation, ni en manque de ressources, mis à part le pétrole, bien sûr.
- Qui vous parle des Russes ? s’exclama Trelkovsky.
- C'est pourtant bien eux qui ont pénétrés en Pologne et en Allemagne, non ?
- C’est exact. Ils ont bien envahis ces pays. Mais pour eux, la route s'est arrêtée là.
- Vous voulez dire que les bombes qui sont tombées sur la France, n'étaient pas Russes.
- Non, mon ami, elles étaient Chinoises. Ils avaient un plan prévu de longue date. Ce gisement de pétrole découvert entre la Russie et la Chine, n'était qu'un prétexte pour déclencher leur plan. Ils avaient prévu depuis longtemps d'envahir l'Europe, y compris la Russie. Ce gisement était une superbe aubaine pour déclencher les hostilités. Vous savez, quand un état est pris à la gorge, il ferait n'importe quoi pour subsister. Imaginez un instant les États Unis, la Russie, voir L'Europe se retrouver avec leur terre stérile, et plus aucune ressource. Rajoutez à cela un dictateur mégalomane qui profite de la situation pour prendre le pouvoir. Imaginez un peu le résultat.
Trelkovsky se leva un instant, puis il se rassit en poussant un petit cri de douleur.
- Voulez-vous connaître la suite Franck ?
- Je suppose qu'elle correspond plus ou moins à mon hypothèse de toute à l'heure, lui répondis-je sans hésitation.
- Vous croyez ? Et bien c'est pire que ça mon ami. Au alentour de la mi février 2022, les bombes bactériologiques tombèrent. Silencieuses, inodores, sournoises. Combien de ces saloperies étaient tombées ? Nous ne le savions pas. Les semaines passaient. Les rapports continuaient à arriver, mais moins souvent qu'au début du conflit. Le 4 juin 2022, nous avions perdu le contact avec le quartier général de la région Nord/Ouest. Le 13 Septembre 2022 avec celui de la région Nord/Est. Les rapports étaient de plus en plus alarmants. La population à la surface, tombait comme des mouches. C'était la panique la plus totale.




- Il n'y avait pas d'abris pour la population ?
- Ah ah ah ! Vous êtes très drôle Franck, votre naïveté… Bref ! Vers le mois de Février 2023 c'était au tour du QG Sud/Ouest de ne plus donner signe de vie. Il n'y avait plus que nous. Mais, le plan de l'ennemi ne s'était pas déroulé exactement comme il l'avait prévu. En fait, ce plan avait tellement bien marché, que tout le monde avait été contaminé. Vous connaissez je suppose la blague de l'arroseur arrosé ?
J’acquiesçais de la tête.
- Et bien, c'est ce qui c'est passé. Contrairement au nuage de Tchernobyl en 1986, qui s'était arrêté à la frontière. Ce nuage là, a fait le tour de la terre, contaminant semaine après semaine toute la population mondiale…
- Je ne comprends pas. L'ennemi devait bien se douter que les germes feraient le tour de la terre.
- Oui, bien sûr, reprit Trelkovsky. Mais ce qu'ils n'avaient pas prévus, c'était la mutation et l'instabilité de cette saloperie.
- Avez vous fais un peu de génétique Franck ? Et plus précisément, le séquençage du génome humain.
- J'ai quelques notions, sans plus.
- Je vais vous expliquer avec un exemple extrêmement simplifié. Vous savez que chaque individu possède un code génétique propre. ?
- Oui
- Bien ! Prenez quatre personnes. La première possède un code génétique, que j’appellerais A. La deuxième B. La troisième C. Et la quatrième D. Ensuite, je prélève un peu d'ADN sur les individus A et B. Le plus simple étant par la salive. Puis j’introduis ces deux codes dans la mémoire du virus, en lui indiquant que ce sont les bons codes. Les gentils quoi ! Une fois le virus répandu dans la nature, celui-ci élimine tous les humains, hormis les A et B. Malheur à ceux qui n'ont pas donné leur salive. Vous saisissez ?
- Mais ! C’est complètement fou !
- Oui, comme vous le dites. (Il marqua une pause) Et comme je vous le disais toute à l'heure, ce virus n'a que trop bien marché, puisqu'il s'est activé pour toutes les lettres, à quelques exceptions près. Heureusement pour nous d’ailleurs. Puis, il ajouta :
- Les allergies !
- Quoi, les allergies ? Répondis-je
- Cela ne vous a jamais frappé Franck, le nombre de plus en plus croissant de personnes qui étaient devenues allergiques. Et ça, bien avant la guerre.
- En effet. Où voulez-vous en venir ?
- En 1998 les Chinois avaient tentés une première expérience avec ce même type de virus, mais de dangerosité moindre. Un virus light en quelque sorte. Et-ce, afin d’éviter d’attirer le doute parmi les autres puissances.
- Comment ont-ils introduits ce virus chez-nous ?
- Made in China, répondit Trelkovsky.
- Made in China ? Je ne comprends pas ?
- Dans certains produits manufacturés, comme les jouets par exemple, que nos gentils bambins portent inexorablement à la bouche.
- C’est ignoble !
- Au alentour des années 2009. Ils ont effectués une seconde expérience avec le H1N1. Déjà à cette époque le virus commençait à muter. Mais ça, ils ne le savaient pas encore.




- Et pour revenir à 2022. Vous aviez une estimation du nombre de survivants ?
Trelkovsky ne répondit pas, il avait l’air perdu dans ses pensées.
- Trelkovsky ?
- Oui ? Pardon… Je pensais à quelque chose... D'après nos calculs de l'époque. Quatre vingt quinze pour cent de la population avait été décimée. Et dans les cinq pour cent restant, une grande majorité des hommes étaient devenus stériles.
- La stérilité chez l'homme était due au virus ?
- En partie, répondit-il. Je le pense… mais nous manquions d'informations.
Trelkovsky s'interrompit un instant, afin de s’assurer que personne ne l’écoutait. Puis il reprit :
- Le 18 Mai 2023, quinze personnes et moi-même, furent placés en hibernation. Je fus réveillé quarante deux ans plus tard, le 15 Juin 2065. A mon réveil il ne restait plus au centre de commandement, qu'une vingtaine de militaires et scientifiques volontaires. Et-ce, afin d’assurer la maintenance du site.
- Ce n’est pas possible, comment ont-ils pu tenir toutes ces années ?
- Il y avait un roulement de trois ans. Un groupe était décongelé, pendant que le précédant décidait de rester ou partir tenter sa chance à la surface, sans espoir de retour. Au bout de trois ans, un autre groupe était décongelé, etc. Comme il n'y avait plus de gouvernement, et afin d'éviter que tout le monde s'entretue dans l'abri en raison d’éventuelles mutineries. Les hauts gradés avaient décidés comme un accord, que chacun était libre de rester ou de partir. Le bunker était vaste, il y avait de la place pour tout le monde, et de la nourriture en quantité.
- Une fois réveillé qu'avez vous fait ?
- Je n'avais pas l'intention de rester au QG. Nous avions effectué une série de tests bactériologiques et radioactifs. Les résultats furent satisfaisants. Nous sortîmes le lendemain.




- Nous ?
- Oui, nous étions trois à tenter l'aventure, répondit le toubib. Un scientifique, un soldat, et moi.
- Comment vous vous êtes retrouvé ici, dans ce village ?
- C'est très simple. Nous avions analysé la carte des zones encore radioactives. La région la moins touchée la plus proche était celle d'Annecy. Il y avait environ une journée de route.
- Vous aviez un véhicule ?
- Oui, un 4x4 de l'armée. Le voyage fut difficile, les routes étaient jonchées de squelettes et d'épaves de voitures. Au début le chauffeur évitait les corps, mais il y en avait trop sur la route. Nous avons fini par leurs rouler dessus sans y prêter attention, jusqu'au moment ou notre véhicule a heurté une mine.




Je fus projeté à l'extérieur du véhicule et je perdis connaissance. A mon réveil, j'avais la tête qui pissait le sang, celui-ci provenait d'une grosse coupure au cuir chevelu, et ma main gauche avait un doigt en moins. Je ne m'en tirais pas trop mal. Mes deux autres compagnons avaient eu moins de chance que moi. Daniel était étendu à côté du 4x4, les tripes à l'air. Et Pierre, du moins ce qu'il en restait, était éparpillé tout autour du véhicule.
Trelkovsky s'interrompit, et baissa subitement la tête. Je voyais une larme qui coulait sur sa joue.
- Vous savez pourquoi je me mets à pleurer Franck ?
- Je pense que c'est du au stress que vous avez subi, vous avez vécu cette horreur en direct.
- Non Franck, ce n'est pas pour ça que je chiale, c'est sur l'homme que je pleure, vous comprenez ? Toute cette évolution, tout ce progrès pour en arriver là. Tout ça pour ça !
Trelkovsky leva le poing au ciel en faisant des moulinets, puis il se mit à crier, faisant sursauter le garde, qui s’était assoupit sur sa chaise.
- SOYEZ TOUS MAUDITS… MAUDITE HUMANITÉ… Et moi avec, par la même occasion, dit-il, tout en se mettant le poing sur sa tempe. Je me hais aussi Franck, moi aussi j'ai ma part de responsabilité.
- Nous avons tous notre part de responsabilité. Répondis-je.
Entre temps, le garde s’était rendormit.
- Vous croyez aux miracles Franck ?
- Je ne sais pas… peut être… à vrai dire, je n’en sais rien.
- Et bien, après ce qui s'était passé, j'avais décidé d'y croire. Vous vous rendez compte, j'étais en vie, j'avais sauté sur une putain de mine, et j'étais en vie.
- Qu'avez vous fait ensuite ?
- Après m'être soigné, je me suis reposé un peu, puis j'ai essayé de récupérer le maximum de choses, notamment un gros sac rempli de médicaments, qui (aussi) par miracle, était intact. J'ai marché en direction d'Annecy, j'avais tout loisir de méditer pendant mon chemin. Je crois que quelqu'un là-haut avait décidé de me laisser une seconde chance. J'avais donc pris la résolution de vouer le restant de ma misérable vie, à aider les autres.
J'ai atterris dans ce village… un type était malade… j'avais des médicaments… vous connaissez la suite. Juste après la guerre. Nous savions tous qu’il y avait eu des exactions commises par certains militaires, notamment ceux qui sortaient des abris. Vous comprendrez donc la méfiance qu’ont les gens envers les militaires. Même si maintenant, il n’y en a certainement plus. Où alors, ils sont très âgés.
- Je comprends maintenant. Il est effectivement plus raisonnable que vous ne soyez aux yeux de ces gens, qu'un simple médecin.
- Le plus étonnant, dit Trelkovsky, c’est que vous êtes, comme moi, un survivant (Il se frotta le menton)
- Je ne m’explique pas pourquoi, certains scientifiques de l’abri 15 ont été décryogénisés, et emmenés de force avec Murdoch. Pourquoi eux, et pas nous ? lui dis-je. D'autre part nous avons constaté des défaillances, ainsi que des données corrompues dans l'ordinateur central.
Une fois encore à l’annonce de ce nom Trelkovsky devint de nouveau livide.
«Cela fait deux fois que je prononce le nom de Murdoch, et à chaque fois il est mal à l’aise. Je suis sûr qu’il me cache quelque chose ».
- Désolé je ne vois pas, me dit-il. Par contre, je sais que l’abri 13 avait eu des problèmes avec leurs modules de cryogénisations, ainsi que leur puce purificatrice d’eau. (2)








Je crois d’ailleurs qu’ils n’avaient pu utiliser aucun module cryogénique après l’attaque.
Trelkovsky s’interrompit un instant, il se leva et fit le tour de la pièce.
- C’est drôle tout de même, vous êtes un des rares survivant Franck. Vous êtes peut être un miraculé comme moi.
- Vous le pensez vraiment ?
- Pourquoi pas. Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, suite à cet accident, j’ai trouvé ma voie.
- Que voulez vous dire par là ?
- Je ne sais pas, je n'ai pas la réponse Franck. Je pense que c’est à vous de la trouver.
Je repensais aux cannibales.
- Comment expliquez-vous une telle différence, entre les cannibales et vous ?
- Je ne sais pas, dit-il. Cela est probablement du au virus qui a affecté ou atrophié certaines parties du cerveau. Pour ceux qui survécurent, les effets secondaires ont été différents en fonction des individus. Certains sont devenus des cannibales, d’autres ceci, et d’autres cela. Mais pour les cannibales, la consanguinité n’a pas arrangé les choses. Et de génération en génération, ils sont devenus de plus en plus dégénérés.
Trelkovsky se tourna vers moi.
- Vous ne m’avez pas dit ou se trouve votre abri ?
- Quelque part… pas très loin d’Annecy.
- C’est drôle, s’exclama Trelkovsky, je ne savais pas qu’il y avait un abri par-là. Comme quoi…
Une pensée me traversa soudain l’esprit.
- Pourquoi le nom de MURDOCH vous met mal à l’aise ?
Trelkovsky reçu cette phrase comme une claque.
- Non !… (Il bafouillait) … pas du tout. Qui est ce Murdoch ?
- J’ai prononcé ce nom à deux reprises, et vous êtes devenu blanc comme un linge.
Silence…
- Vous ne m’avez pas tout dit Aleksander. Je peux peut-être vous aider ?
Trelkovsky s’essuya le front.
- Oui… je connais cette ordure de Murdoch. Qu’il aille en enfer. De toute façon il doit certainement y être maintenant.
- Racontez-moi, lui demandais-je.
- NON ! Pas maintenant. Plus tard peut-être.
Je décidais de ne pas insister.
Trelkovsky tapa dans ses mains.
- Allez ! Ne parlons plus du passé, me dit-il, parlons de l’avenir. J’ai une proposition à vous faire Franck.
- Je vous écoute. Mais si c’est pour retourner chez nos amis cannibales, pas question, j’ai eu ma dose.
Manifestement son visage avait reprit quelques couleurs. Il me dit :
- Je ne vais pas aller par quatre chemins. Nous avons besoin de sang neuf au village. Et d’un peu de matière grise aussi. De nombreux appareils sont en pannes, et ont besoins d’êtres réparés. Notre radio par exemple, est hors d’usage. (Trelkovsky me faisait un véritable inventaire à faire pâlir les meilleurs vendeurs d’électroménager)… Et puis nous avons aussi besoin de…
- C’est bon, arrêtez ! J’ai compris. De toute façon je suis cloué ici pour une semaine.
- Cela vous laisse le temps de réfléchir, le temps que votre main se guérisse. (Trelkovsky affichait un large sourire.)
Quelqu'un frappa à la porte. Le garde ouvrit.
- Excusez-moi de vous déranger chef, mais il y a Daniel, qui voudrait vous parler.
- Fais-le entrer.
Daniel pénétra dans la pièce, accompagné de sa femme.
- Désolé de vous déranger doc. C'est florence, elle a très mal au ventre depuis ce matin.
Trelkovsky se leva, et tourna la tête dans ma direction, en me disant :
- Ah. ! Les affaires reprennent.
Puis il se retourna en direction de Florence.
- Combien de fois t'ai-je dit de ne pas manger ces saletés de champignons mutants.




- Comment avez-vous pu deviner ? dit Florence interloquée.
Trelkovsky se retourna à nouveau vers moi en m’adressant un clin d'œil, et dit :
- Parce que je suis toubib, ma jolie.
Je pris congé et me rendis auprès de mes amis. Nous devions avoir une discussion en ce qui concernait l’abri 15. Nous avions une semaine pour y réfléchir. D’ici là, Ellie serait en meilleure forme.

Traduction pour les Francophones :
(1) Croûte = Tableau moche/horrible.
(2) Un petit clin d'œil à Fallout 1

Chapitre 22 : A la recherche du toubib

17 Mai 2070 :

"Dans ce monde, il n’y a ni bon, ni méchant, mais simplement des créatures qui veulent sauver leur misérable vie."
Franck Poole
 




- Debout !
Quelqu’un me secouait l’épaule, j’ouvris les yeux. C’était le garde de la veille.
- Suis-moi ! Ordonna t-il, Eric t’attend dans le couloir.
Je me levais rapidement, un brusque afflux de sang fit bourdonner un instant mes oreilles, mais, mon mal de crâne avait disparu. Je quittais ma cellule avec un certain soulagement, dans l’espoir de ne plus jamais y mettre les pieds. Eric était adossé à un mur, les bras croisés, la jambe pliée contre. A ma vue, il donna une impulsion à son pied pour se remettre debout.
- Bien dormi, me dit-il ?
Je serrais mes poings dans une vaine tentative de calmer mes nerfs.
- Non ! Ça vous étonne ?
Il hocha la tête avec un petit sourire sur le coin des lèvres.
- Tes amis sont dans cette pièce, il tendit le bras, et me désigna une porte sur ma gauche. Il ajouta :
- Vas-y entre ! Je te laisse dix minutes. Je t’attends ici… et pas d’entourloupe.
Avant que je pénètre dans la pièce, Eric m’attrapa par le bras et me dit à voix basse, un peu comme ci il avait peur que quelqu’un ou quelque chose l’entende.
- La fille… Ellie…elle est bizarre, j’ai une drôle d’impression quand je suis à côté d’elle, je ressens… (Il se sentit idiot) Oui !... Bon…dix minutes pas plus.
La porte s’ouvrit. Ellie était allongée, Julius quand à lui, était assis à même le sol en terre battue.
- Franck !… content de vous revoir, s’exclama Julius.
Ellie quand à elle, m’adressa un petit sourire forcé, je voyais bien sur son visage d’une blancheur inquiétante, quelle avait l’air de souffrir le martyr. Tout en m’approchant d’elle, je fis un signe de la main à Julius pour le saluer.
- Comment va-tu Ellie ? Où es-tu blessé ?
Ellie essayait vainement de retenir les larmes qui lui piquaient les yeux. Malgré la douleur elle parvint tout de même à ouvrir la bouche.
- Franck… je suis contente de te voir (Elle avait du mal à respirer)…ça va toi ?
- Oui, ne t’inquiète pas pour moi. Où es-tu blessée ?
C’est Julius qui répondit à ma question. Je me tournais vers lui.
- Elle a perdue beaucoup de sang. Ce n’est pas le projectile qui en est entièrement la cause. Ellie est tombée sur le tranchant de son couteau.
- Comment ça ? Vous voulez dire qu’Ellie avait son couteau dans la main, quand elle s’est adressée aux personnes assises sur le banc.
- Il semblerait, en effet, dit Julius.
- Quelle connerie…quelle connerie.
- Ensuite une fois réveillé, dit Julius, j’ai vu qu’on lui avait mis un bandage autour de l’abdomen. J’ai tout de suite vu qu’il y avait un problème.
- Quel problème ? Lui dis-je, avec une certaine appréhension.
- Je crois bien qu'Ellie est hémophile, répondit Julius
- Merde !... (Je réfléchis quelques secondes) Mais, je ne comprends pas, (je parlais à présent à voix basse) les cas d’hémophilie chez la femme sont extrêmement rares, et sur sa fiche médicale il n’en est pas fait mention. De toute façon personne ne peut être hiberné s'il est hémophile. Et puis…
Le garde passa la tête à travers la porte pour jeter un coup d’œil furtif, j’interrompis brutalement ma conversation.
- C’est bon il est parti, continuez me dit Julius.
- Oui, je disais… et puis nous avons tous passé des tests médicaux draconiens, avant d’être hiberné, Ellie n’a pas pu tromper le médecin.
- C’est exact Franck, Ellie n’a pas trichée, d’ailleurs elle me l’a dit. (Julius avala sa salive). Ellie n’était pas hémophile avant son hibernation, mais…après.
- Quoi ! Vous voulez dire… mais ! C’est impossible.
- C’est peut être du aux différents produits chimiques injectés lors du réveil… mais je ne saurais trop m’avancer…
- VOUS devriez le savoir, c’est VOUS le brillant chimiste, spécialiste de la conservation des corps.
Julius me regarda d’un air incrédule et navré à la fois.
- Pardon… excusez-moi, vous n’y êtes pour rien.
- Ce n’est pas grave Franck… pas grave…
La voie d’Eric se fit entendre depuis le couloir :
- Plus que cinq minutes.
- CA VA ! J’AI ENTENDU.
Je repris à voix basse :
Ecoutez Julius, je n’ai plus beaucoup de temps. Etant donné qu’Ellie n’est pas en mesure de m'écouter, je vais vous exposer la situation.
- Ne vous fatiguez pas Franck, je suis déjà au courant (il me désigna le garde du menton) Hier soir j’ai entendu deux gardes discuter entre eux, l’un deux disait que vous deviez aller à Annecy chercher un certain Trelkovsky.
- Trelkovsky, c’est ce fameux docteur, c’est ça ?
- Oui, c’est ça, me répondit-il.
Soudain nous vîmes Ellie lever péniblement un bras.
- Franck, dit-elle avec une voix presque inaudible.
- Oui Ellie ? (Je lui tenais à présent la tête, tout en essayant de bien la caler sur un vieil édredon posé à même le sol)
- Ne va pas la bas Franck, tu vas te faire tuer.
- Je n’ai pas le choix, je suis obligé d’y aller… que veux tu que je fasse d’autre. Après tout ce docteur pourra peut être te soigner. Tout ira bien Ellie.
Elle tourna lentement la tête vers moi.
- Nous ne sommes même pas amis, me dit-elle.
Je fus surpris par ses propos, mais elle avait raison… nous n’étions pas amis.
Elle me regardait droit dans les yeux, espérant peut être une réponse. Je ne lui répondis pas, et me contentai de lui passer ma main dans ses cheveux recouverts de poussière.
Au même moment, Eric fit irruption dans la pièce.
- C’est bon, tu les as vus, tu sors maintenant.
- Voila, j’arrive.
Ellie s’était rendormie. Je me tournais vers Julius, et je lui dis :
- Veillez sur elle.
- Vous reviendrez Franck ? N’est-ce pas que vous reviendrez ?
Je tournais les talons sans répondre à sa question, et me dirigeais d’un pas décidé vers le couloir, m’obligeant ainsi à passer devant le garde qui tenait la porte. Celui-ci me regarda passer devant lui, son visage affichait un petit sourire supérieur, qui me parut insupportable.
- Je n’aime pas la façon dont tu me regardes. Lui dis-je
Cette phrase m’était sortie spontanément, et le garde en resta bouche bée, surement peu habitué qu’on lui lance une telle remarque. Le garde referma la porte derrière moi. Je n’avais à présent plus aucun lien avec le passé.
- Puisque maintenant nous avons fait plus ample connaissance, me dit Eric, je te propose d’entrer dans le vif du sujet.
- Allez-y je vous écoute, que dois-je faire ?
- Bien…notre toubib s’appelle Trelkovsky, il est parti visiter l’ancien hôpital de la ville, d’après les plans qu’il a récupérés, il paraîtrait qu’il existe un mini bunker secret sous cet hôpital, il semblerait aussi, que celui-ci contiendrait pas mal de matériel à l’intérieur. Voila, je n’en sais pas plus.
- Il est où cet hôpital ?
Eric sorti une vieille carte, et me montra son emplacement, ainsi que la route à suivre pour y parvenir.



(nda : Je suis assez fier de mon "Hell" sur ce coup-là)

- Garde-là me dit-il, tu en auras besoin.
- Inutile, je vais inscrire les coordonnées sur mon localiseur… si vous me le rendez, bien sûr.
Eric grommela, et il fit ressortir sa lèvre inférieure.
- Je vais te rendre tout ton matériel, ainsi que ton arme. Il fit un signe de la main, et un garde me tendit mes affaires. Je les pris sans me faire prier.
- Va te préparer dit Eric, je t’attends dehors.
Une fois habillé, et tout mon matériel mis dans mon sac à dos. Je pris mon arme, mais comme je m’en doutais, les munitions étaient manquantes. Je m’adressais au garde qui était resté pour me surveiller. (Il n’affichait plus le sourire de tout à l’heure)
- Où sont mes munitions ?
- Tu verras ça avec le chef, me dit-il, ce n’est pas mon problème.
Arrivé à la dernière marche de la cave, j’ouvrais la porte et me retrouvai à l’extérieur. La chaleur bienfaitrice du soleil me fit du bien.
- Approche ! Ordonna Eric.
J’étais sur une petite place, quelques habitants se trouvaient là. Ils me regardaient avec curiosité. Le ciel était d’un bleu profond, aucun nuage. Quelques oiseaux gazouillaient nonchalamment sur une branche. Je me serais presque cru dans l’ancien temps. Mais une voix me ramena à la triste réalité.
- Dépêche-toi ! (Grossièreté)
Arrivé à la hauteur du chef du village :
- Où sont mes munitions ?
- Elles sont à la sortie de la ville. Tu ne crois tout de même pas que j’allais te les donner avec ton paquetage. Le garde à côté de lui, eu un petit rire moqueur. Je m’apprêtais à lui faire la même remarque qu’à son acolyte, mais je préférais ne pas jouer avec le feu.
A ma grande stupéfaction, Eric me mit la main sur l’épaule en me disant :
- Tu sais Franck, je peux t’appeler Franck ?
- Si cela vous fait plaisir. (Je supposais qu’il voulait me prendre par les sentiments)
Il poursuivit à voix basse :
- Contrairement à ce que tu peux croire, nous ne sommes pas des meurtriers sanguinaires. Nous essayons tous, les uns comme les autres, de sauver notre peau, tout autant que toi, tu comprends. Il s’interrompit un bref instant. C’est regrettable ce qui est arrivé à ton amie, mais… elle n’aurait pas due sortir son couteau. Nous vous aurions simplement fait prisonnier au lieu de vous assommer. Il marqua de nouveau une pause, et m’emmena un peu à l’écart du garde. Il poursuivit. Nous avons besoin de notre toubib, c’est vital. C’est une denrée rare par ici, plus rare encore que les munitions.
- Libérez les !
- quoi ? … pas question.
- Libérez mes amis !
- Non, impossible (Il se frotta le menton). Ramène moi Trelkovsky, et je libère tes amis. Puis il ajouta, je n’ai qu’une parole.
- Faites les sortir, et mettez les au moins dans un endroit plus décent. Vous savez très bien que vous ne risquez rien avec eux, vous l’avez dit vous-même hier. De plus Julius pourrait peut être vous être utile dans certains domaines.
Il hocha la tête en guise de réponse.
- Oui, oui je sais vous savez réparer des trucs, et fabriquer des machins compliqués. (Il leva la tête au ciel en fermant les yeux) et dit du bout des lèvres. C’est d’accord, je les fais sortir. Je demanderais à Sandra de s’en occuper. Ça te va… tu es content. Autre chose. ?
- Merci. Lui dis-je
« J’ai l’impression que ce type à l’air d’être sacrément dans la panade sans son docteur, je suis pour lui une chance inespérée, le fait qu’il m’envoie seul là-bas, prouve qu’il n’a que très peu de gardes de disponible »
- Franck !
- Oui ?
- Fait attention aux cannibales, me dit-il. Ils sont dégénérés, mais pas stupides.
Je pris congé, et commençais ma marche. A une centaine de mètres je vis caché à l’abri des regards indiscrets une boîte métallique ou était rangées mes munitions, je les ramassais, et les fourrais dans mes poches, sans oublier de charger mon arme. Je tournais la tête en direction du village, deux gardes me surveillaient depuis l’entrée du village, au cas où je décidais de faire demi-tour. Je n’en fis rien, et je repris ma marche en direction d’Annecy.
Le chemin du Crêt Martian descendait en pente douce. Une poignée de minutes plus tard, le village avait disparu. J’étais seul.
Le temps venait subitement de changer, quelques nuages gris commençaient à prendre d’assaut le ciel.




Mon localiseur m’indiquait de suivre le chemin menant au village de Sur les Bois. Un peu
plus tard, j’arrivais à un petit rond-point. J’y fis halte en plein milieu.
Aucun bruit aux alentours. J’entendais mon cœur battre dans les oreilles. Autour de moi, tel un clown au milieu de la piste, tournaient des constructions vides de tous spectateurs.




Dans ce chapiteau fantôme, il y avait deux sorties. Il fallait que je prenne une décision. En face, la D5 qui allait vers Annecy, vers Trelkovsky. A gauche la D16 qui partait en direction de la montagne.
Soudain, derrière moi, une voix lointaine m’appelait.
- Hé ! Attendez-moi. S’écria la voix.
Je me retournai, mon arme à la main. J’aperçus un homme qui se rapprochait rapidement. Je reconnus immédiatement le type rencontré dans la forêt. Arrivé à ma hauteur, il me dit sur un ton essoufflé :
- Désolé de vous avoir surpris, mais je dois vous accompagner, dit Sylvain.
- comment ça ?
- Eric ma demandé de vous aider à retrouver notre toubib.
- Je croyais qu’il n’avait pas de gars de disponibles ?
- Oui mais… (Il haussa les épaules)
- Vous avez peur que je foute le camp, c’est ça ?
- Non, pas du tout, me dit-il sur un ton pour le moins peu convaincant. Le chef a estimé qu’en définitive, il était trop risqué que vous y alliez seul.
- Je vois.
Sur ces mots, Sylvain se mit en marche. Me voyant toujours immobile, il s’arrêta et se retourna.
- Allons-y, me dit-il, l’air légèrement perplexe. Vous venez. ?
J’avais mon fusil en main. Je détournais mon regard de ce type pour regarder la route à gauche, qui s’enfonçait vers la montagne.
Sans un mot, Sylvain suivit mon regard.
Le ciel était devenu gris, annonçant certainement un gros orage, je sentis un léger vent passer dans mes cheveux. J’avais le sentiment que celui-ci essayait de me parler.
« Ce sont mes amis. Mes seuls amis dans ce monde de fous »
Je pris une profonde respiration, et détourna mon regard de la montagne.
- Oui…j’arrive, répondis-je. Allons chercher ce Trelkovsky.
- Et puis, si nous le retrouvons, il pourra peut-être sauver la fille, dit Sylvain.
Je ne répondis pas.
« Si tu ne les relâches pas... je vous tuerais tous ».
- Passez devant Franck, je vous suis.
Je décidais par prudence de prendre le chemin qui longe le lac, l'appareil indiquait la D909. Quelques gouttes de pluies commençaient à tomber. Une légère brume entourait les rives du lac d’Annecy. Notre progression était tout de même assez rapide. Un peu plus loin, je vis un squelette, gisant sur le sol. 




Il avait une position étrange, comme prostré. Ces os étaient brillants, comme ci quelqu'un les avaient lustrés. Je décidais d'accélérer le pas.
- dépêchons-nous Sylvain. Cet endroit ne m’inspire pas confiance.
- Je suis du même avis que vous, me dit-il.
Tout en poursuivant notre progression, je lui demandai :
- Vous êtes déjà venu ici ?
- Oui, répondit-il, une fois, il y a pas mal d’années.
Quelques minutes après, nous passions devant ce qu'il restait de l'impérial Palace d'Annecy, nous pouvions voir à travers les fenêtres, des visages apparemment hostiles, qui nous regardaient. Je fis halte sans trop savoir pourquoi, et je les regardais à mon tour.
- Ne restons pas ici Franck, c’est trop dangereux, ce sont certainement des cannibales.
Rien à faire, j’étais comme hypnotisé par ces créatures. Soudain, nous entendîmes des hurlements à l'intérieur du Palace, quelques hommes en sortir. Ils s'approchèrent vers nous en beuglants. Ces gens n'avaient en fait plus grand chose d'humain, et j'avais maintenant la certitude que nous devions être leur prochain petit déjeuner. Je pris mon arme et tira une balle en l'air. Ils s'arrêtèrent net en se regardant les uns les autres, puis poussé par je ne sais quel motivation (l’appel du ventre sans doute), ils reprirent leur avancée.
- Surveillez à droite, dis-je à Sylvain.
- Ok !
Je mis en joue, non sans appréhension, le plus près d’entre eux, afin d'être certain de l'avoir du premier coup. Je fis feu, et sa tête éclata comme une pastèque bien mûre, les autres s'arrêtèrent net, et se mirent à brailler en faisant de grands gestes, puis prient de paniques, ils se précipitèrent comme des lapins, à l'intérieur de l'hôtel. Je venais de tuer mon premier homme, j'en tremblais encore. Tuer ou être tué, voila ce qui m’attendait. Ces gens n'étaient pas vraiment des humains, ils ressemblaient plutôt à des bêtes, et étaient difficilement identifiables avec leur chevelure hirsute, et leur visage Couvert de crasse.
- Vous venez de faire connaissance avec les cannibales, me dit-il.
- En tout cas, cannibales ou pas, ils ont tout de même encore la notion de danger.
- Heureusement que nous sommes armés dit Sylvain. D’après votre machin, l’hôpital est encore loin, dit-il, en me désignant mon localiseur du doigt.
- Non, nous sommes (je regardais mon appareil) à environ deux kilomètres. Mais si vous préférez la nage, c’est à un kilomètre.
- Non merci, s’exclama Sylvain, trop peu pour moi, déjà que je n’aime pas trop la flotte.
- Continuons, et restons sur nos gardes. (Tout en marchant je regardais son arme).
- Sylvain
- Oui ?
- Vous êtes sur que votre fusil fonctionne au moins ? Il a l’air…très vieux.
- Pas de soucis, il marche très bien, le seul problème c’est que j’ai très peu de munitions. J’espère que nous aurons l’occasion d’en trouver. Sais t’on jamais.
Une demi-heure plus tard, nous arrivâmes en vue de l’hôpital.






- Rue des Marquisats, nous y sommes. (Je rangeais mon localiseur dans mon sac).
Je levais la tête, le bâtiment se dressait devant nous, il avait un aspect sinistre, une grande majorité des fenêtres étaient brisées, elles vomissaient de vieux rideaux effilochés, tel des langues sataniques essayant de nous atteindre. Le revêtement de façade commençait sérieusement à accuser le poids des ans. Sylvain rompit le silence.
- D’après Eric, Trelkovsky et les deux autres gars devraient être à l’intérieur.
- Oui, et plus précisément quelque part au sous-sol.
Sylvain avala sa salive, et comme pour se rassurer, serrait fermement son fusil des deux mains.
- Franchement, dit-il, on ne peut pas dire que je suis une mauviette, mais je dois avouer que je ne suis pas très chaud, pour rentrer là dedans.
- Parce que vous croyez que je le suis peut-être.
Sylvain et moi regardions aux alentours. Il n’y avait aucun mouvement suspect, du moins en apparence. J’en profitais pour regarder le compteur Geiger.
- Pas de radiation. Bien…
Les grilles de l’entrée étaient ouvertes. Je pénétrais le premier dans la cour, mon fusil dans les mains. Soudain, nous vîmes passer à quelques mètres de nous un chien qui courait en direction de l’entrée principale de l’hôpital. Mais par chance il ne nous prêta manifestement aucune attention.
- Rentrons à l’intérieur. Nous sommes à découvert ici. J’ai l’impression comme au palace de tout à l’heure, que toutes ces fenêtres nous observent.
La poignée de la porte principale me resta dans la main, je tirais sur le vantail de la porte, celle-ci émit un grincement sinistre. Je pénétrais dans le bâtiment. Le hall d’entrée était relativement bien éclairé par la lumière extérieure. En ce qui concernait les autres pièces se trouvant dans les entrailles de l’hôpital, c’était pratiquement le noir total. Tout était dévasté ; chaises cassées, tables brisées, ordinateurs fracassés, armoires tordues, avec leurs portes béantes. Vieux distributeurs à boissons éventrés.







Quelques traces de sang séché parsemaient ça et là le carrelage blanc. Aucun bruit à signaler.
- J’ai l’impression que cet hôpital est vide, murmura Sylvain.
Soudain !
- Oh hé ! Trelkovsky, les gars, vous êtes-la ? cria Sylvain.
Je lui mis brusquement la main devant sa bouche pour le faire taire.
- Vous êtes malade ou quoi, nous allons nous faire repérer.
Il ne répondit pas, et se contenta de baisser simplement la tête.
Je rajoutais à voix basse :
- Vous voulez nous faire flinguer ou quoi !
- Je sais… ce n'est pas très malin de crier comme ça, mais comment voulez-vous que nous les trouvions, en plus dans le noir, c’est comme essayer de chercher une aiguille dans…
- Une botte de foin, je sais.
A cet instant :
- Là ! Regardez, s’écria Sylvain, je crois avoir vu une ombre passer au bout de ce couloir.
Nous marchions à présent à pas lents, je retirais le cran de sûreté de mon arme.







Tout à coup, un bruit de verre brisé derrière moi, me fit sursauter. Je me retournai en un éclair, et je vis un type me foncer dessus à toute vitesse. Sylvain, qui était un peu plus loin dans le couloir, se mit à hurler.
- FRANCK ! ATTENTION IL VOUS FONCE DESSUS.
Mon sang ne fit qu’un tour, j’appuyai sur la queue de détente de mon arme. Le coup parti aussi sec, et le type s'écroula sur le sol. Moi-même j’en perdis l’équilibre et heurta le sol avec mon coude. J'avais eu chaud ! Je me relevais et m’approchais du corps. A le voir, ce type était prêt à me planter un couteau dans le dos. J’en profitais pour le fouiller. Il n’avait rien sur lui, mise à part une petite chaîne autour du cou et un petit morceau de viande séchée qui avait une odeur infect.
- Encore une de ces saletés de parasites, dit Sylvain, en lui donnant un léger coup de pied, afin de s’assurer s’il était bien mort..
- Ne traînons pas ici, essayons de rejoindre le sous-sol. L’escalier devrait être au fond de ce couloir.
Nous reprîmes prudemment notre marche.
« Ce bâtiment à l'air d'être un vrai coupe-gorge ».
Une porte à droite donnait sur une salle de lecture. Quelques vieux livres poussiéreux traînaient sur les étagères.






Pour les autres pièces, c'était partout le même spectacle de désolation; bureaux dévastés, armoires renversées, papiers qui traînaient partout, squelettes humains.








« Je suis cinglé »
Nous arrivâmes enfin au pied de l’escalier menant au sous-sol de l’hôpital. Je regardais ma montre, il commençait sérieusement à ce faire tard.
- descendons ! Surveillez nos arrières, Sylvain.
- Ok ! je vous laisse un peu d’avance.
Il y avait exactement vingt marches qui menaient à ce niveau. Il y faisait extrêmement sombre.
- Sylvain, je crois….
- Chut ! Vous entendez ?
- Non, quoi ? répondit-je.
- Je crois avoir entendu une voix.
- Au secours... (La voie était très faible)






Soudain, se détachant du fond du couloir, nous vîmes quatre silhouettes ressemblant à des gros chiens. A notre vue, ils se mirent aussitôt à nous foncer dessus. J’eus juste le temps de mettre mon arme en mode rafale, et déclenchai un déluge de feu. Difficile de viser dans le noir, mais je réussis à en tuer deux. Sylvain fit cracher son fusil, et il en tua un. Le quatrième chien, quand à lui, eu le temps de me sauter dessus. Je fus surpris par cette attaque soudaine, j’en fis tomber mon arme par terre. Mais par chance, le chien rata son élan, et il tomba juste à côté de moi, puis il se releva à une vitesse fulgurante pour reprendre son attaque. Sylvain, quand a lui, assistait à la scène, impuissant. Son arme venait de s’enrayer. Il posa son fusil au sol, et extirpa son couteau de son fourreau.
Je ne sais pas si cela était dû à l'instinct de survie, je ne me contrôlais plus, mon instinct avait pris le dessus, en une fraction de seconde je sortis juste à temps ma lame, pour la planter dans la gueule du chien, cette saloperie avait tout de même eu le temps de me mordre la main. Je ressortis mon couteau de sa gueule, pour le replanter cette fois-ci dans sa gorge. Le chien partit aussitôt en courant, pour s'écrouler un peu plus loin dans le couloir, en poussant des gémissements atroces. J'avais la main qui pissait le sang.
Sylvain vint haletant, à côté de moi.
- Désolé Franck, c’te saleté de cleps était plus rapide que moi, je n’ai rien pus faire.
- Je sais (je tenais ma main ensanglantée).
Quelques minutes après, avec les effets de l’adrénaline qui s’estompaient, je cédais subitement à la fatigue, et m’affalais sur une chaise qui traînait là.
Un silence de courte durée était retombé.
- Au secours ! À l'aide. (La voix était à présent plus forte). Je suis là bordel ! Au fond du couloir.
Sylvain cria le premier.
- Trelkovsky, c’est vous ?
- Qui voulez-vous que ça soit. Cendrillon !
Sylvain et moi, nous nous regardâmes, hilares.
- Notre toubib est un peu, disons… direct, me glissa Sylvain.
- J'arrive toubib, vous êtes dans quelle pièce ?
- Dernière pièce à droite au fond du couloir. Magnez vous, avec tout ce raffut, cette charmante ville va rappliquer ici, dans la demi-heure.
- Vous êtes seul, s’exclama Sylvain.
- Maintenant que vous avez buté tout ce qui bouge… oui !
Sylvain et moi, arrivâmes devant la porte.
- Restez ici, et surveillez le couloir. Dis-je à Sylvain.
- Celui-ci acquiesça de la tête, et se mit en faction dans le couloir.
- Je vais ouvrir la porte, si vous avez une arme, ne me tirez pas dessus, ok ?
- Ok ! Me répondit Trelkovsky, de derrière la porte.
Une fois ouverte, je vis un homme assis au fond de la pièce, dans un vieux fauteuil en cuir. Il avait l'air mal en point. Sa jambe droite était en sang. Il tenait entre ses mains un fusil M16. C'était un type chauve, assez maigre en apparence du moins. Son regard était perçant.
- Je n’ai pas l’honneur de vous connaître cher ami, dit Trelkovsky sur un ton exagérément mondain.
- Je m’appelle Franck Poole… Ecoutez, je ne suis pas là pour bavarder, j’ai été obligé de venir vous chercher, alors, plus vite nous nous serons tirés d’ici, mieux cela vaudra. Mon amie Ellie est…
Trelkovsky me coupa :
- Minute ! D’où est-ce que vous sortez ? Me dit-il, sur un ton interrogateur.
- Moi et mes deux amis, venons du village de St Gervais, nous avons été attaqués, puis faits prisonniers par votre chef et ses sbires. La fille qui est avec moi, est très mal en point. (Je lui expliquais la situation). Votre chef ma proposé un marché, et ma demandé de vous chercher, puis de vous ramener en échange de leur libération.
Trelkovsky me regardait avec intérêt, puis il me dit :
- Premièrement ce n’est pas mon chef. Deuxièmement, vous n’allez pas me faire croire à moi, que vous venez de St Gervais. Regardez-vous, mise à part votre plaie à la main, vous avez la tête d’un rond de cuir de l’ancien temps. Pas de visage buriné par les années, de magnifiques dents, un système capillaire à faire pâlir les meilleurs acteurs de Sitcom Américains d’avant la guerre. (Il se frotta le front nerveusement). Ne me racontez pas de baratin Franck, je suis toubib. (Il parlait à présent moins fort). Je mettrais ma main à couper que vous venez d’un abri, ou à la rigueur, d’un autre pays. Vous me dîtes d’où vous venez, et j’essaye de sauver votre amie, si nous rentrons vivant de cette aventure bien sûr. Puis il ajouta. Faîte-moi confiance, après tout qu’est-ce qui me prouve que vous avez de bonnes intentions ?
- Dépêchez-vous dit Sylvain, depuis le couloir.
Je dis du bout des lèvres, au toubib :
- Oui, c'est exact, je viens d'un abri, mais nous en discuterons plus tard si vous le voulez bien. Où sont les deux autres gars qui étaient avec vous ?
- J'en étais sûr, dit-il.
Trelkovsky fit une légère grimace de douleur en essayant de se lever. Il se ravisa aussitôt. Puis continua :
- Quand nous avons été attaqués par les cannibales, Jean-Luc a été pris de panique, et il s’est enfui en courant. Je suppose qu'il a du finir en casse-croûte. Quand au deuxième, Régis, il s'est fait tuer en essayant de me protéger. (Il leva les bras au ciel). Je me suis ensuite réfugié dans cette pièce, avec ces gentils toutous mutants aux fesses.
- chiens mutants ? Lui dis-je.
- Oui m’sieur ! J'ai tout de même réussi à fermer la porte. (grimace de douleur). Tous mutants qu'ils soient, ces clébards ne savent pas encore ouvrir les portes (rire nerveux, puis toux)
- Et les cannibales ?
- (Toux et crachat) Nous avons eu le temps d'en descendre trois. Je suppose que les autres se sont enfuis. Ils sont assez peureux de nature. En tout cas pour ceux là. Mais ne vous y trompez pas, ils en existent des sacrements coriaces.
- Je m’en suis rendu compte. J'en ai descendu un tout à l'heure, il a bien failli m'avoir. (Je regardais à présent sa jambe). Vous pouvez marcher ?
- Si je vous dis que non, répondit le toubib. De toute façon je n'ai pas l'intention de crever ici.
- Je vais vous aider à vous lever.
- Attendez ! il y a un sac au fond de la pièce, prenez-le. Dedans vous trouverez une boîte métallique. Donnez la moi.
Je prenais la boîte, et la tendais à Trelkovsky. Celui-ci l’ouvrit, et il en sortit une petite seringue, puis se fit une injection avec.
- Antitétanique ? Lui dis-je.
- Oui, entre autres. Prenez en une pour vous. A voir votre main, je suppose que vous ne vous êtes pas coupé en épluchant des pommes de terres. (Rire et toux)
- Vous gardez au moins un certain sens de l'humour, toubib.
- Si vous le dites. C'est tout ce qu'il me reste dans ce monde de merde.
La voix de sylvain nous parvint depuis le couloir.
- Dépêchez-vous, il faut se tirer rapidos.
- Allons-y dit Trelkovsky, je suis assez drogué, pour courir même sans avoir de jambes.
- Content de vous revoir toubib, s’exclama Sylvain.
- Pas autant que moi mon p’tit, répondit Trelkovsky, en donnant une tape amicale sur l’épaule de Sylvain.
Je décidais de passer devant le toubib. Celui-ci me suivait en traînant la jambe. Sylvain quand a lui, fermait la marche.
M’adressant à Trelkovsky :
- Il reste encore des balles dans votre M16 ?
- Oui assez pour buter encore une dizaine de ces satanés caniches.
- Au fait ! Vous avez réussi à trouver le bunker souterrain ? dit Sylvain.
- Affirmatif mon colonel, mais nous n’avons pas eu le temps d’y parvenir, étant donné que nous avons été attaqués dès notre arrivée ici. Mais je sais ou il est, et je reviendrais. Je suis sur que ce bunker n’a jamais été pillé, et qu’il y a plein de matériel à l’intérieur.
Soudain, Trelkovsky s’arrêta de marcher, et dit :
- Putain…si près du but.
- Quoi toubib ? s’exclama Sylvain.
- Je disais, si près du but… du bunker.
- Attendez ! Vous ne voulez pas me dire que vous voulez aller dans ce bunker maintenant ? En plus dans votre état. M’exclamais-je.
Quelques minutes plus tard, après être passé par la morgue...







- Voila ! C’est ici, dit le toubib.
- Vous êtes sûr ? Sur la porte il est écrit « local poubelles »
Trelkovsky ne répondit pas, il tourna la poignée, et entra dans la pièce.
- Sylvain ! Surveillez le couloir. Franck ! Venez avec moi, dit-il sur un ton autoritaire.
Je m’insurgeai intérieurement, et m’exécutais sans trop comprendre où il venait en venir.
- Il n’y a rien dans cette pièce, mis à part quelques vieilles poubelles. Lui dis-je.
Trelkovsky se retourna vers moi, un petit sourire au coin des lèvres. Il me dit :
- Passez-moi cette vieille pelle qui est à côté de cette poubelle, voulez-vous.
Je la lui tendis, en lui lançant un regard dubitatif.
- Vous voyez ce mur au fond ? Me dit-il.
A ces mots, Trelkovsky commença à frapper du dos de la pelle, sur le mur. Celui-ci commença à se lézarder, puis quelques morceaux commencèrent à tomber.
Le toubib avait vu juste, l’abri de l’hôpital n’avait jamais été visité. Et pour cause, la lourde porte blindée qui accédait au bunker, était soigneusement dissimulée derrière un mur en carreaux de plâtre. L’architecte qui avait conçu ce bâtiment, avait eu la bonne idée de cacher cet abri derrière le local poubelles. Si un conflit devait éclater, le personnel habilité, y entreposerait en toute hâte : médicaments, matériel médical, etc. Une fois cette tâche accomplie. Les techniciens de l’hôpital n’avaient plus qu’à dissimuler l’entrée par une cloison peu épaisse, et éviter ainsi que ce bunker soit pillé dès les premiers jours, et-ce, en raison du chaos ambiant. Une fois le conflit terminé, le personnel médical qui avait survécu, pouvait venir récupérer le matériel. Et ainsi soigner les blessés. Malheureusement, comme toutes les personnes qui connaissaient son emplacement étaient mortes, cet abri sombra dans l’oubli, et demeura fermé pendant quarante huit années.
- Tout va bien dans le couloir ? S’exclama Trelkovsky.
- Rien à signaler pour le moment, répondit Sylvain. Mais, dépêchez-vous, j’ai un mauvais pressentiment.
La porte métallique apparaissait au fur et à mesure de la démolition. Une fois la cloison d’abattue, et les gravats mis de côtés. Je demandais à Trelkovsky :
- Comment allez-vous l’ouvrir ?
En guise de réponse, Trelkovsky extirpa de son sac un petit appareil qu’il posa sur le pavé numérique de commande d’ouverture de porte, il appuya sur un bouton. Quelques secondes plus tard, un petit bip provenant de son appareil se fit entendre, puis, il posa sa main sur la poignée, et la fit tourner. Un petit clic résonna, et la porte s’ouvrit le plus simplement du monde. Bizarrement, aucune (mauvaise) odeur de confinement ne s’extirpa de l’abri. C’était bon signe du bon fonctionnement de celui-ci.
- Voila ! C’est ouvert, me dit-il. Rentrons, ne perdons pas de temps.








Je suivais le toubib, et pénétrais à mon tour dans le bunker. La première pièce était une espèce de sas, assez vaste d’ailleurs. Quelques petites gouttes d’eau perlaient sur les murs. Quelques stalactites de calcaire, pendaient au plafond. Trelkovsky me fit signe de me dépêcher. Nous pénétrâmes dans la pièce suivante. Au dessus de la porte il y était inscrit « Hôpital d’Annecy – Abri ». Plus nous avancions dans l’abri, plus Trelkovsky se comportait comme un gamin dans un parc d’attraction. Mais, il y avait de quoi. La pièce principale, était en fait une espèce de réserve, qui regorgeait de divers matériel. Il y avait : Cinq cryocongélateurs remplis de médicaments.








Une dizaine d’armoires stériles ou était entreposé divers produits, ainsi que des trousses de soins, seringues stériles, ciseaux, pansements, scanners portables, et autres produits non identifiables. Quelques armes aussi, dont deux grenades. En voyant tout cela, Trelkovsky leva les bras au ciel. J’ai bien cru qu’il allait se mettre à embrasser de joie, un de ces cryocongélateurs.
- REGARDEZ ! dit-il, la larme à l’œil. Regardez ! Tout ce que vous voyez ici, c’est de l’or. A quelques exceptions près, tout est en parfait état de conservation. Un véritable miracle que cet abri soit encore opérationnel. Béni soit le Professeur Virdon.
- Allan Virdon ? Lui dis-je.
Il se retourna vers moi, l’air étonné.
- Oui, me dit-il, c’est bien ça, Allan Virdon. Pourquoi, vous le connaissez ?
- J’en ai entendu parler une fois (je préférais faire l’ignorant, que de lui dire que je l’avais rencontré à l’abri 15)
- Vous saviez, dit Trelkovsky, que c’était lui l’inventeur du premier véritable cryogénisateur humain ?
- Ah bon ? (Mensonge)
- Et c’est aussi lui, qui a inventé le produit, qui permet de conserver pendant de très nombreuses années, une grande majorité de produits chimiques, ainsi que les médicaments que vous pouvez voir dans cette pièce. (Il leva à nouveau les bras au ciel) Grâce à Virdon, fini les dates limites de péremptions. (Il prit un flacon dans la main, l’ouvrit et le renifla) En tout cas, par pour ce flacon de Bétadine, qui m’a l’air hors d’usage (Il le reposa sur la table).
Soudain ! Nous entendîmes des coups de feu provenant du couloir.
- VENEZ VITE ! Hurla Sylvain, ILS ARRIVENT.
M’adressant à Trelkovsky :
- Restez-là ! J’y vais. Essayez de récupérer tout ce que vous pouvez.
- S’ils réussissent à pénétrer ici, tout est perdu. Ils vont tout saccager. S’écria Trelkovsky.
Dépêchez-vous Franck, dit Sylvain, ces salopards sont au bout du couloir. Je pense en avoir abattu un.
Effectivement Un groupe de parasites se trouvaient au bout du corridor. De notre position, nous n’avions aucun moyen de nous échapper de cette souricière. La seule issue possible, était de reprendre le couloir, puis de remonter l’escalier qui menait au rez-de-chaussée. Mais l’obstacle était de taille, une dizaine de parasites nous barraient la route. Nous avions beau faire feu dans le tas, ils étaient de plus en plus nombreux. Il est clair, qu’ils avaient décidés d’avoir notre peau. Leur tactique était simple, mais drôlement efficace. Au lieu d’avancer vers nous en beuglant, un peu comme ces bons vieux films d’horreur. Ils restaient tous bien planqués au fond du couloir, et de temps à autre, ils faisaient une brève apparition en nous lançant des pierres, lances, et autres objets pouvant nous blesser, et-ce, afin de nous faire gaspiller nos munitions.






- Ils vont nous avoir à l’usure, nous sommes coincés comme des rats. Je savais bien que c’était une mauvaise idée.
« Comment j’avais pu me laisser attirer dans une telle galère »
Je mis mon arme en mode rafale, et tirai à l’aveuglette dans le noir. Sylvain poussait des jurons tout en faisant cracher lui aussi, son arme.
- Merde ! Plus de munition, me dit-il.
Il jeta avec violence son arme à terre, et sorti son couteau à dents, prêt à en découdre avec l’ennemi.
- APROCHEZ dit-il, BANDE DE BOUFFEURS D’HUMAINS, J’VAIS TOUS VOUS CREVER !
Je repensai aux armes se trouvant dans l’abri.
- Sylvain ! Allez dans l’abri, j’y ai vu des armes. Je les retiens, dépêchez-vous.
- Ok ! Je me dépêche.
La balle traversa sa tête. Sylvain s’effondra comme un vulgaire pantin, à qui l’on aurait coupé subitement ses fils. En le voyant allongé sur le sol, la tête en sang, je fus pris de panique. Les cannibales quant à eux, commençaient à avancer lentement vers moi. L’un d’eux avait un révolver.
- TRELKOVSKY, RAMENEZ VOS FESSES, SYLVAIN A ETE TOUCHE, J’AI BESOIN D’AIDE !
Mon arme finissait de vomir les quelques balles qui restaient de mon avant-dernier chargeur.
« Non, je ne veux pas crever ici, pas maintenant »
Soudain ! Tel un clown sortant de sa boîte. Trelkovsky fit irruption dans le couloir, en criant :
- PLANQUER-VOUS Franck ! Ça va péter.
Trelkovsky tenait dans sa main une grenade, il la dégoupilla et la lança en direction des parasites qui n’étaient maintenant plus qu’à quelques mètres de nous. Le toubib et moi, nous nous réfugiâmes en toute hâte dans le local poubelles.
L’explosion fut assourdissante, projetant des débris humains, ainsi que des matériaux divers, à travers tout le couloir. Quelques secondes plus tard, un énorme nuage de poussières finissait d’envahir le couloir. Un silence de mort était retombé. Tout était fini.
Nous nous relevâmes et retournâmes dans le couloir. Des morceaux de chairs mélangés avec du plâtre étaient éparpillés un peu partout.
Je tremblais de tout mon corps, et je sentais un tic agiter ma paupière de façon incontrôlable.
J’avais soudain envie de vomir. Trelkovsky, quand à lui, fixait le couloir pour s’assurer s’il n’y avait pas d’autres parasites à l’horizon. Quand à ce pauvre Sylvain, il était maintenant recouvert de poussière. Il n’était pas mort, mais c’était tout comme. Son corps était agité de spasmes réguliers. Trelkovsky s’approcha de lui, et l’ausculta quelques instants. Puis, il se tourna vers moi, en me faisant un signe négatif de la tête.
- Il est foutu, dit-il, il n’y a rien que je puisse faire pour sauver ce pauvre bougre. La balle a traversé son crâne de part en part. Je dois abréger sa souffrance.
Sans attendre une réponse de ma part, Trelkovsky mis la main dans sa poche et en ressorti une petite boîte, il en extrait une pilule qu’il glissa minutieusement dans la bouche de Sylvain, puis il lui dit quelques mots que je ne parvins pas à entendre. Le toubib se releva avec une soudaine grimace de douleur (il s’était appuyé sur sa jambe).
- Voila… c’est terminé, dit-il.
J’acquiesçais de la tête. Que pouvais-je bien dire.
Attendez-moi là ! dit-il, je vais chercher mon sac à dos et refermer la porte du bunker.
- Faites vite, nous devons VRAIMENT foutre le camp d’ici, sinon, nous allons tous y rester.
- Je sais, me répondit-il, tout en se dirigeant vers le bunker, j’ai eu le temps de mettre dans mon sac le maximum de choses récupérables.
L’attente me parut interminable. J’entendis un bruit de porte, et Trelkovsky apparut.
- Allons-y, me dit-il, mais avant je vais me refaire une injection. Je commence à avoir de nouveau mal à ma jambe. Et votre main ça va ?
- Oui, pour le moment, le produit fait encore effet.
« Je ne pensais qu’a une chose, c’était me tirer vite fait »
Instinctivement, nous nous retournâmes vers Sylvain une dernière fois.
« Pauvre gars »
Nous enjambâmes les corps disloqués, et rejoignîmes le rez-de-chaussée. Par chance celui-ci était désert. Une fois à l’extérieur, je poussais un soupir de soulagement.
- Dépêchons-nous me dit-il, nous ne sommes pas encore arrivé. La nuit commence à tomber.




Nous pressions le pas. Tout en marchant Trelkovsky me dit :
- Une fois arrivé au village, il faudra que nous ayons une petite discussion tous les deux, beaucoup de choses m’intrigues à votre sujet.
- Je me posais la même question en ce qui vous concerne.
- Malgré que vous ayez été obligé de venir, merci tout de même pour m’avoir sauvé la vie.
J’acquiesçai de la tête, et je lui dis :
- Votre jambe ça donne quoi ?
- Je commence à moins ressentir la douleur. Vive les produits chimiques !
Le chemin du retour fût tout de même, assez pénible. J'avais décidé de reprendre le même itinéraire qu’à l’aller. Le produit ne commençait à ne plus faire effet, et ma main me faisait de plus en plus mal.
Je repassais à présent devant L'Impérial Palace d'Annecy. 





Le type que j'avais descendu ce matin n'était plus là, je suppose qu'il avait du être "recyclé". Quelques visages apparurent derrière les fenêtres. Je décidais par précaution, de tirer une courte salve en direction de l’hôtel, pour les avertir de ce qu’il leurs arriveraient s’ils décidaient de nous attaquer à nouveau. L'expérience fût concluante, les quelques types qui avaient commencés à mettre le nez dehors, retournèrent aussitôt à l’intérieur du Palace.
Je commençais à m’habituer à la mort. Je ressentais des changements au tréfonds de moi.
Une heure plus tard, environ, nous arrivâmes enfin en vue du village.





Il faisait nuit à présent. Eric et ses sbires étaient (évidemment) les premiers à nous accueillir.
Deux types vinrent porter Trelkovsky. Eric nous dit :
- J’ai bien cru pendant un moment, que je ne vous reverrais plus. Content de vous revoir Trelkovsky. Où sont les autres ?
- Il sont morts…tous morts, répondit le toubib.
- Ah ! dit Eric, en guise de réponse. (Il tourna la tête vers moi). C’est bien que tu as ramené notre toubib, sinon…
- Sinon QUOI ! s’écria Trelkovsky.
Eric fut surpris par l’intervention du toubib, et il ne répondit pas, il se contenta de se gratter la tête. Je compris à cet instant, que c’était en fait Trelkovsky le chef de ce village.
- Que fait-on des prisonniers ? s’exclama Eric.
- Vous les relâchez.
- Mais ! Vous ne les avez même pas vu, rétorqua Eric.
- J’en sais assez sur eux, pour savoir que nous ne risquons rien, répondit Trelkovsky sur un ton pour le moins autoritaire. La discussion est close, je suis fatigué, et ma jambe me fait mal. Nous verrons tout cela demain.
- Comment va Ellie ? Demandais-je à Eric.
- J’en sais rien, demandez à votre ami, tout ce que je sais, c’est qu’il a réussi à ralentir son hémorragie.
Je me retournais vers Trelkovsky. Avec un regard implorant. En me voyant, il me dit :
- C’est d’accord, j’irais me reposer plus tard, où est votre amie Ellie ?
- Chez Sandra, répondit Eric.
- Merci Toubib, lui répondis-je.
- J’ai pour habitude de tenir mes promesses.
Je lui dis :
- Je viens avec vous.
- Non ! Vous allez me gêner. Vous verrez vos amis demain, allez vous reposer. Mais ne vous réjouissez pas trop vite. Il n’est pas dit que je puisse la sauver. Mais avec tous les médicaments, et le matériel que j’ai récupéré, j’ai tout de même bon espoir. (Il regarda ma main). Je soignerais votre plaie demain. Puis, il s’adressa à Eric. Emmenez Franck, et installez-le dans un bon lit. Nous lui devons bien ça.
- Sans me regarder, Eric me fit un signe de la main pour me demander de le suivre. Il se dirigea vers une maison sur la droite, soudain ! Il s’arrêta, réfléchi un instant, puis changea de direction. Il m’emmena vers une autre maison. Il ouvrit la porte, je le suivis. Je restais tout de même sur mes gardes, je ne lui faisais pas confiance. La porte se referma derrière moi, la pièce était sombre, je distinguais au fond de la pièce, une deuxième silhouette. Une bonne odeur de ragoût emplissait la pièce, Éric me dit de m'asseoir. Je m'exécutais, j’étais trop fatigué pour polémiquer. Il s'assit à sont tour, puis il alluma une lampe à huile au dessus de la table, l'odeur quelle dégageait était désagréable. Il me dit :
- Je suppose que tu as faim.
- Oui…un peu (mon ventre criait famine)
- Une femme m’apporta une assiette de ce ragoût.
- C’est ma femme…Sylvie, me dit-il.
Celle-ci m’adressa un petit sourire amical.
- Bonjour, me dit-elle. Je suis contente que vous nous ayez ramené notre chef.
A ces mots, Eric foudroya du regard sa femme. Celle-ci resta de marbre, et lui soutînt son regard. (Une scène de ménage se profilait à l’horizon)
Il m’avait donc emmené chez-lui, cela m’étonna.
- Quand tu auras fini de manger, me dit-il, tu pourras allez te coucher à l'étage. Je vais demander à Sylvie de te préparer un lit.
Une fois (l’excellent) repas terminé. Je pris congés, et montais les marches de l'escalier qui menaient dans la chambre. Sylvie était là, elle me souhaita une bonne nuit, et ferma la porte derrière elle. Je m'allongeais sur le lit. Soudain, J’entendis une violente discussion provenant du rez-de-chaussée. Je m’endormis, quelques instants plus tard.


Chapitre 21 : Nâves-Parmelan : L'interrogatoire

16 Mai 2070 :

"Deux choses sont infinies : l'univers et la bêtise humaine ; en ce qui concerne l'univers, je n'en ai pas acquis la certitude absolue."

Albert Einstein






- Bon dieu ! Quel mal de crâne.
J'avais l'impression que ma tête allait exploser. J’étais dans l’obscurité la plus totale, assis sur le sol, adossé contre un mur. Depuis combien de temps ? Aucune idée. J’étais vivant, c’était déjà ça. Une forte odeur d’humidité et de moisi empestait toute la pièce, je devais probablement me trouver dans une cave, ou quelque chose s’en approchant. Aucun bruit.
Je songeais à Ellie et Julius. Ellie s’écroulant par terre. Je priais pour quelle ne soit pas morte, en espérant seulement qu’elle fut « simplement » assommée comme moi. J’appelais, dans l’espoir d’avoir une réponse.
- Julius ! Ellie !… vous êtes là ?
Pas de réponse.
Je passais la main derrière mon crâne, une petite croûte de sang s’était formée, j’essayai de me lever, mais la tête me tournait. Je me rassis aussi sec.
Au bout d’un certain temps, peut être une heure, j’aperçu devant moi une faible lueur passer sous ce qui semblait être une porte. Ce qui me permit d’apercevoir quelques instants la pièce en entier. Mes craintes étaient fondées, j’étais bien seul dans cette pièce.
« J’ai soif »
Après, me semble t-il une demi heure, un bruit de clé passant dans une serrure retentit de l’autre côté de la porte. Celle-ci s’ouvrit, faisant s’engouffrer une lueur éblouissante m’aveuglant l’espace d’un instant.




Une silhouette massive apparue devant la porte, c’était un homme de forte corpulence, dans les un mètre quatre vingt dix environ. La cinquantaine. Il avait des bras, on aurait dit deux troncs d’arbres. Il tenait une chaise en bois dans l’une de ses mains. Un autre type derrière lui, d’aspect nonchalant, montait la garde en me regardant d’un air amusé.
Il s’approcha et posa la chaise en face de moi, tout en me fixant droit dans les yeux, il s’y assit, et me dit :
- C’est grâce à Sylvain si tu es encore en vie mon gars. Il est venu me voir une heure après que nous t’ayons neutralisé, toi et ta fine équipe.
Pendant une fraction de seconde, je me demandais qui était ce Sylvain, puis je me souvins du type que nous avions rencontré dans la montagne.
J’allais ouvrir la bouche, mais il fut plus rapide que moi.
- Il m’a dit que vous n’aviez pas l’air d’être des mercenaires, et que vous vous étiez comporté correctement avec lui. A cet instant, il fit un signe de la main et une femme entra dans la pièce, elle s’approcha de moi en me tendant un verre d’eau.




- Tenez ! Me dit elle, vous pouvez boire… ne craignez rien, elle n’est pas contaminée.
Je pris le verre avec méfiance, et bus tout de même une gorgée. (J’avais terriblement soif)
- C’est bon ! dit-il, laisse nous Sandra, s’il te plaît.
La femme me reprit le verre, en m’adressant un petit sourire crispé, puis elle s’éclipsa dans le couloir. Le type se leva, et commença à arpenter la pièce à pas lent. Le garde derrière lui, tel un métronome, tapotait avec amusement son fusil à pompe.
- Je m’appelle Eric, je suis le chef de ce village, toi !… t’es qui ?
- Où sont mes amis ? Que leurs sont-ils arrivés, Ellie est elle morte ?
- Oh là ! On se calme. Ici, c’est moi qui pose les questions. Répond d’abord à MES questions. Après je verrai si je suis disposé à répondre aux tiennes.
Je levais la tête, et le fixai droit dans les yeux.
- Franck Poole, je m’appelle Franck Poole. Ça vous va.
- Pas de ce ton arrogant avec moi mon ami (il se frotta le menton) Bien… tes amis sont dans une autre pièce.
- Vivants ou morts ?
- Ferme la ! compris.
Je hochai la tête, en guise de réponse.
- D’où est-ce que tu sors, toi et tes amis ? Qu’est-ce que vous êtes venu faire ici ? (Il s’arrêta de marcher et me fixa à nouveau). Un conseil, ne me raconte pas de salade, ok ?
Rien qu’à voir l’expression de son visage, je savais que ce type ne plaisantait pas. Si je m’avisai de lui tenir tête, il aurait rapidement fait de me mettre une raclée au moindre battement de cil.
- Je suis… enfin… nous sommes simplement de passage.
- Ce n’est pas la question que je t’ai posé mon gars (il commençait à ronger son frein).
Mon cerveau tournait à cent à l’heure, je devais trouver une parade, et surtout ne pas parler de l’abri 15.
- Je viens de l’Est…de Saint Gervais.
- Saint Gervais… (Il s’interrompit, et grattât le sol avec l’une de ses chaussures)… Disons que je te crois, continue.
- Comme je vous l’ai dit, nous sommes juste de passage, et…
- Sylvain ma dit que vous étiez des chasseurs/nomades, quelque chose comme ça, et que vous saviez réparer des trucs, c’est vrai ça ?
« Il faut que je me sorte de ce merdier ».
- Heu… oui. Nous savons réparer divers trucs, surtout des trucs électroniques d’avant la guerre.
Il m’écoutait, l’expression de son visage venait subitement de changer, il avait l’air moins rude, plus réceptif.
- Nous savons aussi manipuler divers produits chimiques. Nous avons des notions de médecine ainsi que de pharmacologie.
Ses yeux se mirent soudainement à briller.
- Bien… bien, me dit-il. Intéressant tout ça. Oui… intéressant. Vous savez chasser aussi.
Je ne pouvais pas dire non.
- Oui
Il eu un petit rictus, et il se remit à gratter le sol avec le bout de sa chaussure, et shoota dans un petit caillou.
- As-tu déjà tué des gens ?
- Pour être franc, non… juste des chiens errants.
Il ouvrit grand les yeux.
- Vous êtes des nomades, et vous n’avez jamais tué quelqu’un ?
- En réalité, cela ne fait pas longtemps que nous sommes sur les routes. (Pour une fois je ne mentais pas)
- Ce qui explique le matériel et les habits neufs que vous portez. Vos armes ne sont pas très répandues dans le coin, dit-il, ou les avez-vous trouvés ?
- Nous sommes tombés sur une cachette pas très loin de Saint Gervais. (Encore un mensonge)
- Hum !... Ici nous sommes relativement bien armés, mais ce sont les munitions qui manquent, elles sont de plus en plus difficiles à trouver. Nous essayons de les économiser au maximum.
Je n’en pouvais plus, je voulais savoir ce qui était arrivé à Ellie et Julius. Je me levais d’un bond, ma tête se mit à tourner, mais je décidais de rester sur mes jambes coûte que coûte, si il fallait que je crève, alors je crèverais debout.
Eric fut surpris par mon geste, et il fit machinalement un pas en arrière tout en portant la main à son couteau accroché à sa ceinture.
- Je ne répondrai plus à vos questions, lui dis-je, si vous ne me dites pas comment vont mes amis.
- Rassois-toi, sinon je te casse les deux jambes, et… (Il interrompit sa phrase brutalement et approcha son visage à quelques centimètres du mien).Tu sais mon gars, ne te m’éprend pas, je sais très bien que notre village ne risque rien avec vous. En réalité, j’ai déjà cuisiné tes amis tout à l’heure. Ils sont doux comme des agneaux, j’aurais pu les briser comme une vulgaire brindille. (Il recula, se rassit sur la chaise en allongeant ses jambes devant lui). Que vous veniez de saint Gervais, ou je ne sais de quel bled paumé, à la limite je m’en tape royalement.
Il se releva, et marcha à nouveau à travers la pièce.
- D’accord me dit-il… parle !
- Comment vont-ils ?
- Le type va bien.
- Et la femme ?
- Pas en grande forme, mais en vie, me dit-il.
Je poussais tout de même un soupir de soulagement.
- Quand je l’ai vue tomber au sol, j’ai bien cru quelle était morte sur le coup.
- Qu’est-ce que tu crois, tu nous prends pour des sauvages ou quoi (il leva sa main et la passa dans ses cheveux touffus) .Elle a été assommée. Nos gars sont très forts avec les frondes, c’est silencieux et efficace. Elle s’en remettra… si on la soigne.
- Si on la soigne, lui dis-je.
- Oui, pour être honnête, le projectile quelle a reçue était un peu fort. Il lui faudrait un médecin.
- Et je suppose que vous n’avez pas de médecins ici (Malgré ma fatigue, je commençais à en avoir marre de ce petit jeu de questions/réponses)
- Si, nous en avons un, et un bon en plus, mais il est partit à Annecy avec deux autres gars du village, afin d’essayer de trouver des trucs de l’ancien temps.
- Et ? Lui dis-je.
- Voila trois jours qu’ils sont partis, me dit-il, ils ne devaient s’absenter qu’une journée.
- Pourquoi vous n’envoyez pas d’autres personnes à leur recherche ?
J’aimerais bien, mais le problème, c’est que nous ne sommes pas très nombreux au village, et je ne peux pas prendre le risque d’y envoyer d’autres types. Le village risquerait de se retrouver sans pratiquement aucune défense face aux attaques périodiques des parasites.
- Des parasites ?
- Oui... enfin, des cannibales si tu préfères. Je les appels aussi les parasites.
Ils viennent d’Annecy ?
C’est ça, d’Annecy et de la proche banlieue, enfin... ce qu’il en reste. Ils viennent nous harceler régulièrement. La semaine dernière j’en ai descendu deux qui étaient en train de nous piquer des légumes. Et avant-hier, j’ai sauvé de justesse une de nos femmes, que trois de ces salopards avaient attrapée (il poussa un soupir et regarda le plafond)... sûrement pour la bouffer.
- Mais, je ne comprends pas, nous avons vu pas mal de gibier dans le coin.
- Ce sont des bons à rien dégénérés, s’exclama Eric. Ils sont incapables de faire quoi que ce soit.
Il se rassit une nouvelle fois sur la chaise. Son attitude envers moi avait l’air moins martiale, légèrement plus confiante. J’avais presque le sentiment, pendant un instant, qu’il se confiait à moi.
« Drôle de type »
- Je vais te raconter un truc. Il y a un an de ça maintenant, nous avions attrapé un de ces parasites, enfin… cannibales. Je voulais le tuer, mais notre toubib à voulu le garder pour faire une expérience de sociabilité, disait-il. Nous l’avions enfermé pendant quatre jours. Pendant sa captivité, nous avons essayé de le raisonner. Quelques jours plus tard, il avait l’air d’être visiblement plus sociable. Au bout d’une quinzaine de jours, nous l’avons fait sortir, sous surveillance évidemment. Nous l’avions mis avec un de nos jardiniers, afin qu’il apprenne à cultiver les légumes. Ça c’est bien passé pendant un mois, ils avaient même un peu sympathisé tous les deux… tout allait bien, et une nuit nous avons retrouvé le jardinier les tripes à l’air, avec une massette dans la main, mais je ne pense pas qu’il ai eu le temps de s’en servir le pauvre.




Bien sûr, ce salopard de cannibale avait disparu dans la nature. Tu comprends maintenant pourquoi nous sommes très méfiants, surtout envers les étrangers, pour ce qui est des cannibales, nous savons à quoi nous en tenir.
- Est-ce que je peux rejoindre mes amis ?
- Non ! Enfin… peut être nous verrons.
- Pourquoi m’avez-vous mis dans une pièce à part ?
- Tu es le chef, par principe, nous séparons toujours le chef du groupe.
- Si vous le dites, lui répondis-je.
Il se releva à nouveau, et s’approcha près de moi. Dans le couloir, le garde n’avait plus l’air d’être très attentif à nous, il était en train de plaisanter avec un autre type qui venait d’arriver. Eric les entendit, et il les sermonna copieusement.
- Bon allez !… tirez vous ! Allez vous rendre utile dehors, je vais rester encore un peu avec notre ami.
- Vous êtes sur que vous voulez rester seul avec lui, demanda le garde.
- Oui, c’est bon, je crois qu'il sait très bien que ce n’est pas dans son intérêt de jouer les têtes brûlées avec nous. N’est-ce pas… Mr Poole ? …Poole c'est pas Anglais ça ?
Il prononça mon nom d’une façon qui ne me plaisait guère.
Je lui répondis :
- je suis Franco/Canadien.
Il renifla
- Tu veux que ton amie s’en sorte ? dit-il
- Oui… bien sur.
- Et bien, moi je veux que notre toubib revienne, tu saisis.
Je commençais à comprendre, ou ce gars là voulait en venir.
Il se racla la gorge, et cracha dans un coin du mur.
- Bon… Je te propose un marché. Si tu vas me chercher notre toubib, je te libère toi et tes amis. C’est honnête non ?
- Si je comprends bien, vous voulez que j’aille au casse pipe à votre place.
- Comprend ça comme tu veux mon gars, pense à la fille et à ton pote.
Il y eu un court silence.
- D’accord !... j’irais chercher ce toubib. Vous savez au moins ou il est allé, parce que Annecy c’est grand.
- Pas de précipitation, (il pivota son poignet pour regarder sa montre). Je t’expliquerais tout ça demain, il est tard.
- Je peux voir mes amis maintenant ?
- Demain… tu les verras demain, avant de partir.
Eric se leva sans un mot, et quitta la pièce. La porte se referma. J’étais à nouveau dans l’obscurité.

Chapitre 20 : Une journée à Alex

15 Mai 2070 :




Après une nuit tranquille, nous avions repris notre marche. Une vingtaine de minutes plus tard, notre chemin rejoignait la D909. De notre position, nous pouvions apercevoir, le mont Teret, ainsi que le sommet du Parmelan.
- Que c’est beau, s’écria Ellie.
- Oui, mais toujours pas âme qui vive.
Sur la route, quelques épaves rouillées de voitures obstruaient la voix. Un petit lézard sur une pierre, nous regardait sans bouger. Julius voulu l’observer de plus près, mais le petit reptile disparu dans l’herbe encore recouverte par la rosée matinale. Nous arrivions à un rond point. Aucun bruit, mise à part quelques oiseaux au loin.
- Qu’est-ce que l’on fait dit Ellie ?
- Essayons de rejoindre le centre ville.






La végétation commençait à envahir dangereusement les habitations. Le clocher de l’église était sérieusement endommagé, celui-ci pendait lamentablement sur la rue, tel un doigt inquisiteur, nous menaçant de tomber.




Par mesure de prudence, nous changeâmes de trottoir. Les maisons étaient en triste état, quelques arbustes poussaient au beau milieu de la rue principale, spectacle étrange, presque irréel, on aurait dit que le monde s’était arrêté.
- Là ! Regardez, s’écria Julius.
A quelques mètres de nous, sous un petit appentis, un squelette jonchait le sol, il avait encore des restes de vêtements sur lui. Il serrait dans sa main droite un revolver rouillé. Nous fouillâmes les maisons une à une, apparemment elles avaient déjà été pillées de nombreuses fois. Un chien traversa la rue, et aboya en nous voyant. Puis, il s’arrêta et nous fixa pendant quelques instants.
- Il est bizarre ce chien, dit Ellie, pourquoi il nous regarde comme ça ?
Au même moment, Julius ramassa un caillou, et le jeta en direction du chien, en s’écriant :
- Tire toi ! Sale cabot.
- Foutez lui la paix, il ne vous a rien fait ce chien.
Nous reprîmes notre progression dans la rue. Le bruit des oiseaux s’était tu. Quelques secondes plus tard, Ellie vint à ma hauteur, et m’attrapa la manche, elle me dit à voix basse :
- Franck, je viens de voir une dizaine de chiens qui nous suivent derrière nous.
- Je les ai vus aussi.
A peine j’avais fini ma phrase, nous vîmes les chiens nous foncer dessus. Je criais :
- VITE ! COURONS DANS CETTE MAISON.
Il était trop tard, les chiens étaient bien trop rapides. J’eu juste le temps de prendre mon arme, et d’ôter le cran de sûreté. Je fis feu sur eux sans me poser de question, instinct de survie sûrement. Ellie et Julius en firent de même. Le bruit des coups de feu était assourdissant, et résonnaient dans toute la vallée. Les chiens tombèrent les uns après les autres, dans une gerbe de sang. Nous pensions en avoir fini, quand :
- Attention ! Derrière vous Julius.
Julius se retourna, et fit feu sur trois autres chiens qui voulaient certainement nous prendre en embuscade. Un fois la fusillade terminée. Nous nous regardâmes un instant. Nous étions tous les trois en train de trembler.
- Ouf ! Nous avons eu chaud, nous dit Julius, tout en touchant la tête d’un des chiens, avec le canon de son fusil, afin de s’assurer, si il était bien mort.
- Et bien Julius ! Je constate que vous avez vite apprit le maniement de votre arme, vous venez d’abattre c’est trois chien à vous tout seul, s’exclama Ellie.
- Que ça vous plaise ou non Julius, c’est drôle, mais je vous trouve plus à l’aise, et surtout plus sûr de vous, à l’extérieur, qu’à l’intérieur de l’abri.
- Oui, c’est vrai, dit-il. Je m’étonne moi-même. En tout cas, ces chiens sont loin d’être bêtes, vous vous rendez compte qu’ils nous ont tendus une embuscade. Incroyable !
- Il s’est passé quarante huit ans, dit Ellie, et je pense qu’au fil des générations, c’est chiens qui étaient certainement à l’origine domestiques, sont rapidement retombés à la vie sauvage, mais ils ont gardés en mémoire le souvenir de l’homme.
- Vous voulez dire qu’ils ne nous craignent pas.
- Oui, en quelque sorte dit Ellie. L’homme, du moins si il en reste, est devenu pour eux du gibier, au même titre que le lapin.
- Le chasseur chassé, répliqua Julius.
- Si vous voulez lui dis-je.
Nos émotions passées, nous allâmes faire une pause dans une vieille maison qui avait l’air en relativement bon état. Une fois à l’intérieur, nous pouvions entendre quelques oiseaux gazouiller dans le grenier. Cette maison n’avait pas fait exception à la règle, et avait été pillée elle aussi. Ellie et Julius partirent explorer les pièces. Je regardais dehors depuis la fenêtre de l’entrée, je vis passer en courant un autre chien errant, mais celui-ci ne remarqua pas notre présence à l’intérieur de la maison. Je repensais aux coups de feu de tout à l’heure, on avait du nous entendre à des kilomètres à la ronde. Une chose était sure, ce village était abandonné depuis pas mal d’années. Que s’était-il passé pendant ces quarante huit années ?
Des bruits provenant de la cuisine m’extirpèrent de mes pensées.
- Franck, venez voir. Ellie et moi avons trouvé quelque chose.
Je les rejoignais.
- Regardez, s’écria Julius, en me désignant du doigt, la cheminée.
Je baissais la tête. Il y avait de la vaisselle éparpillée sur le sol, quelques fragments d’habits, et dans le foyer de la cheminée… des ossements noircis. Je me retournais vers Julius.
- Oui, des ossements ?
Sans un mot, avec le canon de son fusil, Julius, extirpa quelque chose du foyer. Je vis un crâne, un crâne humain.




- Vous pensez ce que je pense, me dit-il.
J’acquiesçai de la tête.
- Moi, cela ne m’étonne pas du tout, dit Ellie. Après la guerre, et par manque de nourriture, il y a certainement eu des actes de cannibalisme.
- Et si c’était toujours le cas aujourd’hui ? répondit Julius.
- Raison de plus pour rester vigilant. Je pense que nous n’avons plus rien à faire ici, nous ne trouverons rien de plus dans ce village. Je propose de poursuivre la route plus à l’Ouest, vers Annecy. Quand pensez-vous ? Nous finirons bien par tomber sur quelqu’un. Regardez autour de vous, il y a des ruines, d’accord, mais comme vous pouvez le constater, nous sommes loin d’être dans un désert stérile pétrifié par les bombes atomiques. Il y a de la végétation partout, plus qu’avant d’ailleurs. Voyez toutes ces forêts luxuriantes. Je ne peux pas croire qu’il n’y ai plus d’humains de vivants. Il doit y avoir une explication.
Il était 13h00. Nous reprenions notre route en direction d’Annecy. Mon localiseur m'indiquait que nous devions prendre la D16.




Mise à part quelques squelettes, et épaves de véhicules par-ci par-là, la route n'était pas trop encombrée. A notre droite quelques bâtiments industriels déserts, eux aussi. Il faisait chaud, et nous avions beaucoup bu. Je décidais d’aller remplir les gourdes.




Je descendais au bord de la rivière du Fier, pendant ce temps, Ellie et Julius montaient la garde.
Une fois arrivé au pied de la rivière, je pris mon analyseur, et prélevait un peu d’eau. L’analyse dura quelques secondes.
- Parfais, m’écriais-je, l’eau est potable, aucune trace de radioactivité, ou d’autres saloperies.
Je remplissais les gourdes, et retournais auprès de mes compagnons.
- Alors ? Me dit Ellie
- L’eau est potable, tenez, reprenez vos gourdes.
- Merci.
- Continuons.
Nous étions en train de longer la rivière du Fier, quand un aboiement au loin nous fit stopper notre progression. Nous devions tout de même rester prudent, et nous allâmes nous cacher rapidement sur le bas côté.
- Encore une de ses saletés de clébards, s’écria Julius.
Les aboiements s'éloignèrent, nous continuèrent notre marche.
D’après le localiseur, Annecy était environ à sept kilomètres. Tout en marchant je donnais libre cours à mes pensées.
« En plus des bombes, il y avait eu aussi les armes bactériologiques, ce qui devait expliquer du moins en partie, l'absence de vie. Je ne devais pas oublier qu'il s'était passé plus de quarante huit ans. Peut être qu'une partie de la population encore vivante, avait émigrée. »
Je repensais à ma fille, à l'abri 15, à la guerre, à mon hibernation, à ma famille, mes amis, à... »
- Et merde !
- Quoi ? s’écria Ellie
- Rien, je pense à haute voix.
L'aiguille de mon détecteur commençait à bouger un peu, mais rien de grave pour le moment. Après une vingtaine de minutes, je décidais de faire une courte pause.
- Arrêtons nous cinq minutes ici.
- Ok, me dit Julius.
Je choisis comme siège, un vieux tronc d'arbre mort qui reposait sur le bas côté de la route. J’en profitais pour boire un peu d’eau, et retirer un caillou qui s’était glissé à l’intérieur de ma chaussure. Ellie et Julius en profitèrent aussi pour se désaltérer. Je regardais autour de moi, un petit vent venait de se lever, et vint me caresser la figure, c’était agréable. En y réfléchissant bien, je ne m'en sortais pas trop mal pour le moment, il restait tout de même le problème bactériologique. Il est vrai que j'avais été vacciné contre tout se qui peut exister de connu, et même d'inconnu. Pour ça je pouvais faire confiance à ce regretté Mandrake. Les virus encore présents dans l'air avaient peut être, pour certains mutés. Je regardais à nouveau la route. Tout à coup, mon regard fut attiré par une vague silhouette qui se dessinait au loin.




Elle était immobile au milieu de la route. J’avoue que j'étais un peu inquiet.
- Ellie et Julius, jeter un coup d’œil à droite en direction de la forêt.
- Mais ! Il y a un type là-bas. S’exclama Ellie.
Nous nous levâmes d’un seul chef.
- Attendez moi ici, je vais aller voir. Si il y a un problème vous saurez quoi faire. Et si nous devions être séparés, ne dites surtout pas que vous venez d'un abri, dites que vous venez de... Saint Gervais, c'est un village pas très loin de Chamonix, Ok ?
- D’accord Franck, soyez prudent. Ellie et Julius prirent leur arme dans les mains.
J’étais environ à une bonne centaine de mètre de la silhouette, chose étonnante, elle n’avait pas bougé.
Je décidais de m'approcher un peu plus près. j'ôtais le cran de sûreté de mon arme.
- Et vous là bas ! vous m'entendez ?
Arrivé à une dizaine de mètres de lui, je pouvais maintenant apercevoir son visage. Celui-ci était totalement inexpressif, contrairement à son regard qui lui, ne l’était pas. Il me fixait sans ciller. Je levais un bras en signe de paix. J’étais à trois mètre de lui. C’était un type de grande taille, d’aspect rude. Il portait des vêtements en assez mauvais état. Un énorme couteau à dent était accroché à sa ceinture. La lanière de cuir retenant son arme dans son fourreau était retirée.
- Ne craignez rien, nous ne vous ferons aucun mal. Je souhaite simplement vous parler.
Ses yeux se mirent à bouger comme les chiffres d’un vieux flipper, il me fit un signe de la tête tout en reluquant mon fusil, ainsi que mes deux compagnons. Je lui fis à mon tour, un petit signe de la tête, et lui demanda qui il était, et ce qu’il faisait. Il me répondit :
- Je vais chercher des champignons dans la montagne, pour mon village.
Il marqua une pause, et regarda à nouveau derrière mon épaule, en direction d’Ellie et Julius qui s’étaient entre temps rapprochés.
Il continua :
- Et toi, tu viens d'où ?
- Je viens d'un village plus au sud.
Il me scruta de la tête au pied, apparemment il ne me croyait pas. Le type me dit :
- Longtemps que je n'ai pas vu une arme comme ça. Vous allez où comme ça ?
- Nous allons vers Annecy.
- On voit que vous n’êtes pas du coin. A votre place j'éviterais cette ville.
- Pourquoi ?
- Pourquoi ? Il se mit à rire, en me montrant une rangée de dents toutes jaunes.
- Parce que cette ville est remplie de cannibales et de chiens sauvages.
- Je vois. Dans ce cas, y a t'il un village, disons... plus accueillant, où nous pourrions nous reposer ?
Apparemment, ma question l’embarrassait un peu. Il regarda à nouveau mon arme, avala sa salive, et me répondit :
- Oui, un peu plus bas vers Annecy. Le village s’appelle Nâves-Parmelan.
- Écoutez M’sieur je fais partie d'une petite communauté, nous sommes très pauvres et ne possédons rien qui a de la valeur. Si vous voulez manger (il ravala à nouveau sa salive) Nous avons un potager, et quelques animaux.
Je voyais bien que ce type était mort de trouille. Ou alors il simulait.
Je me répétais :
- Je ne vous veux aucun mal. Je cherche juste à rejoindre un village habité, afin d’avoir des informations, ok ?
- C’est que … votre arme ….La façon dont vous êtes équipé…. Vous êtes un (j’ai bien cru qu’il allait s’arracher la langue pour sortir ce mot) Mercenaire ?
- Non. (Que pouvais-je bien lui dire) Je ne suis qu’un simple nomade de passage. Qui propose à l’occasion ses services. (Cette phrase m’était venue spontanément)
- Quel genre de services ?
- Je répare des trucs, je suis aussi chasseur. (Un autre mensonge, au point ou j’en étais)
- Et pour les deux autres avec vous ?
- Pareil pour eux, nous sommes ensemble. (Je levais un bras à nouveau). Des informations, seulement des informations…
- D’accord, de toute façon, si vous étiez des mercenaires ou je ne sais quoi, cela ferait longtemps que vous m’auriez descendu. Il marqua une pause. Allez voir l'ancien de la communauté, demandez Éric, vous lui direz que vous m'avez rencontré, moi c'est Sylvain. Vous savez, nous sommes très méfiants. Faites attention.
- Très bien, merci pour ces infos, bonne journée à vous.
Il eu l’air étonné par ma phrase, on aurait dit qu’il entendait pour la première fois de sa vie « bonne journée ».
Il grommela. Avant qu’il parte, je lui dis :
- Pourquoi vous ne vous êtes pas enfui tout à l’heure, quand vous nous avez vu. ?
En guise de réponse, il regarda mon arme, puis regarda son couteau.
- Oui… évidemment, répondis-je.
Nous nous séparâmes. Ellie et Julius me rejoignirent, et nous reprirent notre marche en gardant tout de même un œil en coin sur ce gars. Il est clair qu'il ne m'avait pas vraiment cru. Habillé comme je l'étais, je ne ressemblais pas vraiment, à un nomade. D’ailleurs à quoi pouvait bien ressembler un nomade dans ce monde. J'étais tout de même rassuré que notre première rencontre avec un humain, n’est pas finie dans un bain de sang.
- Allons-y, commençons par aller à ce village et trouver cet Éric.
- Espérons, dit Ellie, que nous pourrons en apprendre un peu plus sur ce qui s’est passé pendant toutes ces années.
- Oui… espérons-le.
Quelques centaines de mètres plus loin, nous traversâmes le pont de Dingy, afin de rejoindre la D216. Au bout de quelques kilomètres, la forêt se terminait enfin. Depuis mon point de vue, j'avais une magnifique vue sur la ville et le lac d’Annecy.




Je pris mes jumelles. Les berges étaient totalement envahies par la végétation, je pouvais apercevoir, les parcs de la ville qui s'étaient transformés en véritables forêts vierges. Nous pouvions entendre le vent apporter divers bruits provenant de la cité. Annecy n'avait pas l'air d'avoir trop souffert de la guerre, à part peut être la plus haute tour de la ville, qui avait l’air en piteux état. Je ne distinguais aucun bateau sur le lac. Les taches blanches devaient probablement être des cygnes ou des canards.
Julius et moi commencions à avoir quelques signes de fatigues, il était temps qu’on arrive à Nâves-Parmelan.
- Nous arrivons, dit Ellie.
Ici aussi, quelques maisons en ruines nous accueillaient.




- Continuons.
Un peu plus loin, assises sur un vieux banc, plusieurs personnes, apparemment d’un certain âge, nous regardaient arriver sans la moindre crainte.
- Je n’aime pas ça, c’est trop tranquille.
Ellie s’approcha d’une vieille dame, afin d’engager la conversation.
- Bonjour, nous sommes de passage, et nous souhaiterions rencont…
Au même moment, la pauvre Ellie reçue un projectile en pleine tête. Elle s’écroula sur le sol. Julius et moi furent pris de panique, et le temps de prendre nos armes, nous reçurent un coup de crosse chacun derrière la tête. Tout se mit à tourner autour de moi, et je m’écroulais à mon tour.

Chapitre 18 : Abri 15 : Le Journal

13 Mai 2070






Mon mal de crâne m’obligea à me lever. Il était cinq heures du matin. J’en profitais pour me rendre au réfectoire, boire un verre d’eau recyclé. Un bruit provenant de l’armurerie, m’interpella. Je décidais d’aller y jeter un coup d’œil. Une fois arrivé, je surpris Julius Kelp, avec : Rangers aux pieds, et sac à dos sur l’épaule.
- Qu’est-ce que vous faîtes dans l’armurerie, Julius ?
Il fut surpris de mon irruption soudaine, et fit tomber par terre, l’arme qu’il s’apprêtait à mettre sur l’épaule.
- Ah. !... euh... Franck, vous ne dormez pas ?
- J’ai l’air de dormir !
- Non... évidemment me répondit-il, comme un gamin, prit la main dans le sac.
Je reposais ma question.
- MAIS ! Qu’est-ce que vous êtes en train de foutre Julius ?
A voir sa tête, celui-ci semblait complètement paniqué.
- Je... je... j’en ai marre, je veux me tirer d’ici. J’veux pas crever ici, et finir comme Thorn, bouffé par les cafards. Vous l’avez vu hier celui qui sortait de son crâne. ?
- Non, je ne l’ai pas vu. (En fait, je l’avais vu)
Je décidais de le calmer un peu. Je ramassais l’arme tombée au sol, et la rangeait dans sa caisse. Puis, je lui mis les deux mains sur ses épaules, en lui demandant de s’asseoir.
- Asseyez vous sur cette caisse, nous allons parler, vous le voulez bien ?
Il s’assit, sans dire un mot.
- Ecoutez Julius, vous ne croyez pas qu’il est un peu prématuré de vouloir sortir. En plus, vous risquez de mettre nos vies à tous en danger. Imaginez que vous soyez sorti. Vous auriez très bien pu tomber sur des ennemis (j’essayais d’être rationnel). Ils vous auraient peut être torturés pour savoir d’où vous venez.
Il semblait s’être un peu calmé. Il me dit :
- Mais ! Cela fait quarante huit ans, il n’y a plus d’ennemi. Si ça se trouve, il n’y a plus personne encore en vie, à part nous, sur cette saleté de planète.
- Quand savez-vous ? Pour le moment, nous n’avons aucune idée, sur ce qu’il y a à l’extérieur. Vous comprenez ?
Il hocha la tête en guise d’affirmation.
- Moi aussi, je n’ai pas envie de moisir ici, je ne rêve que d’une chose, c’est de me tirer. Normalement, José doit réparer la sonde extérieure aujourd’hui. Si ça marche, et que les résultats des radiations sont encourageants, nous aviserons. Ok ?
- Ok, me répondis Julius, tout en retirant son sac à dos.
Je me mis subitement à rire. Surpris par mon attitude, il me dit.
- Qu’est-ce qu’il y a, pourquoi riez vous Franck ?
Ce pauvre Julius, dans sa précipitation, avait mis ses chaussures à l’envers.
- Vos Rangers ! Vous avez mis vos Rangers à l’envers.
Il devint, rouge de ridicule, et me dit, sur un ton très calme, (Ce qui m’étonna).
- Je ne veux pas crever ici !
Je lui dis, afin de le rassurer :
- D’accord Julius, si je dois sortir, vous viendrez avec moi. Ça vous va ?
- Merci, Franck.
A cet instant, Maxime entra dans la pièce.
- Que complotez-vous tous les deux dans l’armurerie ? Nous dit-il.
- Nous ne complotons rien, j’avais simplement une petite discussion, disons… amicale, avec Mr Kelp.
Et tout en me levant, je lui répondis.
- Cela vous pose un problème ?
Surpris par ma réaction. Maxime ne releva pas le défi, et parti en bougonnant dans le couloir. A la suite de ça, je pris congés de Julius, en espérant qu’il ne fasse pas une autre bêtise.
Il était maintenant 10 heures du matin. De son côté, José s’activait à la réparation de l’ordinateur, gérant la sonde extérieure. Apparemment, la panne n’était pas due à l’alimentation. Se qui l’obligea à démonter tout le système. Nous l’entendions pester depuis le PC de commandement, jusque dans la salle commune. De son côté, Ellie essayait, sans succès pour le moment, de capter une émission hertzienne, avec l’émetteur récepteur de l’abri. Julius, quand à lui, errait dans les couloirs, à la recherche du journal de bord. A le voir courir partout, on aurait dit un pauvre chevalier errant, à la recherche du Saint Graal.
« Il est vraiment doux dingue, ce gars la » me disais-je.
Valérie était dans la réserve en train de finir l’inventaire. Maxime et moi, nous nous occupions de transporter les corps à la morgue, de Nathalie Guérande, Bob Hawk et Richard Thorn. Pour Nathalie, la tâche ne fût pas trop difficile. C’était maintenant au tour de Bob.
En m’approchant de son caisson, je vis un petit pendentif en or, dépasser de celui-ci. Je me retournais en direction de Maxime.
- Je pense avoir trouvé la cause de la mort de Hawk.
- Qu’est-ce qui vous fait dire ça, me dit Maxime.
- Il avait pris un objet avec lui. Un pendentif semble t-il. La chaîne dépassait du caisson, ce qui à certainement du provoquer un défaut d’étanchéité du joint.
- Pourtant, il savait bien, qu’il ne fallait surtout pas emporter d’objets.
Sur ce point, Maxime avait raison.
Après avoir vidé le liquide à l’intérieur. J’ouvris le caisson. Une odeur épouvantable s’en dégageait. Nous faillîmes vomir plusieurs fois. En effet, le corps de ce pauvre gars, était tout de même resté en semi conservation, il n’était par conséquent, pas entièrement décomposé. Nous l’emportâmes sur une civière, afin qu’il ne tombe en morceaux. Ce fût très éprouvant.




- Plus que Thorn, et nous aurons fini s’écria Maxime.
- Ce sera plus facile pour lui.
En effet, nous avions estimés qu’il serait plus simple de transporter le squelette de Richard avec son matelas.
- On lève à 3 ! 1...2...3.
Une fois le matelas lever. Maxime le premier vit, posé sur le sommier, un carnet bien enveloppé, dans un plastique de protection.
- Regardez ! Me dit-il.
- Oui, j’ai vu, lui dis-je. Emmenons d’abord le corps à la morgue.
Une fois de retour dans la chambre, Maxime, ramassa le carnet, il retira le plastique de protection, et prit le carnet dans la main, feuilleta quelques pages, et dit.
- Nous l’avons trouvé Franck. Ce carnet est le journal de bord de l’abri. Appelons les autres, dit-il sur un ton pour le moins supérieur.
Quelques minutes plus tard, nous étions tous réunis dans la grande salle, debout autour du journal posé sur la table.




- Qui souhaite faire la lecture ? s’écria Maxime.
Sans un mot, Ellie prit le carnet, et commença à lire à haute voix. Nous allâmes nous assoires.
- Journal de bord de l’abri 15. Ouvert le 7 Février 2022. Tenu par Richard Thorn, Directeur de l’accélérateur de particules de Genève et Saclay.
Elle tournait les pages des 7 et 8 Février. Puis elle reprit à haute voix.
- 13 Février 2022 : Le lieutenant Berthier à eu en ligne ce matin le QG Sud/Ouest. Il semblerait que de nombreux missiles ennemis soient tombés sur le pays, sans provoquer la moindre explosion, ni dégâts matériel.
- 18 Février 2022 : Nous avons reçu tout à l’heure, un rapport alarmant, faisant état de nombreux cas de personnes infectées par un virus inconnu. Tout le pays serait apparemment touché.
- 22 Mars 2022 : Le virus s’est répandu. Toute l’Europe serait touchée.
Nous vîmes Julius se lever d’un bond de son siège, avec le poing levé en l’air.
- Les salopards ! Je suis à peu près sur que les Russes, ont utilisés l’arme bactériologique.
- J’ai bien peur que vous ayez raison, dit Ellie. Puis, elle reprit sa lecture
- 25 Mars 2022 : D’après les analyses effectuées par le ministère de la santé. Le virus aurait une durée de vie de trente huit ans environ.
- Au moins, intervint Maxime, nous savons maintenant pourquoi, nous avons été hibernés si longtemps.
Au même moment, Ellie leva la tête vers moi, et m’adressa un large sourire. Puis reprit son récit.
- 27 Mars 2022 : J’ai réussi à contacter un confrère à Québec. Il a va pouvoir faire hiberner la fille de Franck Poole. Etant donné l’ampleur du virus, et sa durée de vie conséquente, j’ai donc pris la responsabilité de la faire hiberner pour une durée de 40 ans. Merci d’en informer Mr Poole à son réveil.
Je ne savais quoi dire. Savoir que ma fille serait peut être encore en vie. Richard avait réussi à faire hiberner ma petite Camille. Je me mettais à pleurer de joie, en me disant :
« Elle est peut être en vie, elle est peut être en vie, merci Richard, merci »
Tout le monde se retourna vers moi en me faisant de grands sourires. Valérie se leva, et vint me serrer la main, et me dit :
- Je suis vraiment contente qu’il y ait un espoir pour qu’elle soit en vie. En tout cas, dit-elle, votre fille devrait avoir maintenant, dans les seize ans.
- Oui, c’est exact. Vous n’imaginez pas à telle point je suis content.
- On peut dire que vous avez maintenant, une sacrée motivation pour rester en vie Franck. C’est loin d’être notre cas, s’écria Julius.
- Parlez pour vous, lui rétorqua Valérie. Moi aussi je veux vivre.
Maxime interrompit d’un geste la conversation.
- Bien… vous pouvez poursuivre la lecture Ellie, s’il vous plait ?
Ellie fronça les sourcils en direction de Maxime, puis reprit la lecture du journal.
- 01 Avril 2022 : Les derniers rapports indiquent que toute la planète est maintenant touchée. Les morts se comptent par centaines de milliers. Nous avons eu aussi un petit incident avec le cryo-congélateur n°2, mais tout est rentré dans l’ordre en fin de soirée. Petite altercation avec Murdoch en ce qui concerne la disparition du double de clé de l’armurerie. Pour lui, Mandrake et moi sommes les coupables.
Elle tournait les pages, s’arrêtant uniquement sur les événements marquants.
- 15 Août 2022 : Murdoch et Lacombe ont fait décryogéniser ce matin, une partie des scientifiques. Mandrake et moi n’avons rien pu faire, pour les en empêcher. Je ne connais toujours pas la raison qui les a poussés à faire ça. Et surtout, pourquoi avoir décryogénisé certains scientifiques et pas les autres ?
- Oui, c’est vrai ça. Pourquoi eux, et pas nous, s’écrièrent José et Maxime.
Ellie continua.
- 18 Août 2022 : Départ des militaires et des scientifiques. Nous avons mis en garde Murdoch des risques du virus, s'il s’avisait de sortir d’ici. Malgré cela, Murdoch a décidé de quitter l’abri, comme il l’avait toujours prévu. Smyslov, Servadac et Elodie Dulac, ont essayés de s’opposer aux militaires. Ils ont été menacés de représailles. La mutinerie s’est arrêtée aussi vite quelle a débutée. J’ai aussi essayé de raisonner le lieutenant Berthier, il ma répondu qu’il n’était pas très pressé pour sortir, mais qu’il était obligé d’obéir aux ordres de ses supérieurs. Le départ est fixé à 10h00 du matin. Liste ci-dessous :
* Scientifiques contre leurs grès (je tiens à préciser ce point) :
André Smyslov
Stéphanie Mercier
Henri Moisan
Roland Romain
Pierre Servadac
François Eichinger
Elodie Dulac
* Militaires :
Colonel John Murdoch
Capitaine Clément Lacombe
Le lieutenant Berthier
L’opérateur radio
Le médecin
Les deux gardes
Ces salopards ont embarqués tous les véhicules, ainsi que de la nourriture pour plusieurs jours. Mandrake a remarqué une chose étrange ce matin, peu avant leur départ. Il m’a dit avoir vu Lacombe faire une injection sous-cutanée, à tout ceux qui quittaient l’abri.




Mais malheureusement Mandrake n’a pu récupérer aucune seringue, Lacombe les ayant fait incinérer immédiatement après. Et puis après tout, qu’ils s’en aillent, bon débarras.
Ellie s’interrompit.
- qu’est-ce que c’est que cette histoire de seringues, s’exclama t-elle.
- Aucune idée, répondit Julius. Peut être un vaccin quelconque. Mais ! Pourquoi Lacombe leurs a fait une injection juste avant de sortir. ?
- Je savais bien, dit Ellie, que Murdoch et Lacombe, étaient louches.
Elle reprit la lecture.
- 19 Août 2022 : Mis à part les hibernés restant. Mandrake et moi, sommes à présent, les seuls résidents de l’abri.
- 04 Novembre 2022 : Nous avons entendu, pendant environ une bonne heure, des bruits provenant du fond du couloir principal. Comme ci quelqu'un tapait contre un mur.




- 18 Février 2023 : Depuis ce matin 6h00 nous n’avons plus aucune nouvelle de l’extérieur. Mandrake et moi, n’arrivons plus à contacter qui que ce soit.
- 12 Avril 2023 : Malades depuis deux jours.
- 15 Mai 2023 : Contre mon avis. Mandrake a décidé de sortir. Le virus étant encore actif, je sais pertinemment qu’il n’a aucune chance de s’en tirer. Il ma simplement répondu, qu’il ne pouvait plus rester enfermé ici, vu son âge, il n’en avait plus rien à foutre de claquer.
- 22 Mai 2023 : N’ayant pas de nouvelles de Mandrake depuis maintenant une semaine. J’ai décidé, par mesure de prudence, de prolonger jusqu’en 2070, l’hibernation des scientifiques encore présents dans l’abri.
- 23 Mai 2023 : Maintenant, je peux dire que je suis l’unique gardien de ce tombeau. Il faut que je tienne le coup. Je dois assurer la maintenance de cet abri le plus longtemps possible.
Ellie tournait les pages. Faisant abstraction des divers problèmes lies à la maintenance de l’abri, ainsi qu’aux soucis de santé de Richard, qui étaient de plus en plus fréquents au fil des mois.
- 03 Septembre 2024 : Ce matin, j’ai entendu à nouveau des bruits provenant de l’extérieur.
- 18 Octobre 2025 : Je me souhaite un joyeux anniversaire.
- 13 Mars 2026 : Problème avec un cryo-congélateur. Réparé en fin de matinée. Cause : Un rat était en train de bouffer un câble.
- 14 Mars 2026 : Chasse aux rats; J’en ai tué trois. Je suis assez fier de moi. J’ai même trouvé l’endroit par où ils passaient.
- 25 Juillet 2027 : J’ai lu tous les livres de la bibliothèque, et les films, je les connais tous par cœur.
- 11 Novembre 2028 : J’en ai marre, j’ai envie de sortir, et crever dehors. Je dois me ressaisir, et penser à ceux qui dorment dans leurs caissons. Je dois tenir, pour eux.
- 18 Octobre 2029 : Richard ! Je ME souhaite un joyeux anniversaire…. Et merde ! De toutes ces conneries.
- 01 Janvier 2030 : Bonne année, oui ! Bonne année à cette chère humanité destructrice, allez tous en enfer. De toute façon j’y suis déjà. Allez au diable !
- 05 Février 2030 : Je me suis fait mordre par un rat ce matin. Mais j’ai eu sa peau. Et après, je l’ai mangé. Ce n’est pas si mauvais que ça.
- 08 Février 2030 : Malade depuis quatre jours. Je commence à devenir cinglé. Ce matin, j’ai vu un type en peignoir, assis dans le réfectoire, en train de manger. Je me suis approché de lui, et il a disparu. J’veux crever, j’en ai marre.
- 22 Mars 2030 : J’ai un nouvel ami, c’est un petit cafard. Il est très intelligent, et il me suit partout, nous discutons souvent ensemble. Il m’a même dit qu’il serait mon ami pour toute la vie, et qu’il veillerait sur moi après ma mort… mort, MORT, MORRRRRRTTTTTTTTTT.
- 26 Avril 2030 : Mes forces diminuent de jours en jours. N’étant plus trop sûr de mes actes, je préfère mettre l’abri en gestion automatique.
- 28 Avril 2030 : J’ai encore craché du sang ce matin. J’ai de plus en plus de mal à me concentrer sur ce que je fais. Les médicaments ne me font plus d’effet.
- 30 Avril 2030 : Mon ami le cafard ma dit que j’allais bientôt mourir. Je lui ai demandé si il pouvait rester près de moi jusqu’à la fin. Je lui ai dit que je ne voulais pas mourir tout seul. Il a accepté.
- 1 Mai 2030 : Trop fatigué pour écrire… peut plus me lever…. Fatigué…
Ellie leva la tête et dit :
- Le journal s’arrête à cette date.
Silence…
- Le pauvre type, il est devenu complètement cinglé, s’exclama Maxime.
- J’aimerais bien vous y voir vous, tout seul pendant sept ans, lui dit Ellie.
- Rendons tous hommage à Richard, pour son courage. C’est grâce à lui, si nous sommes encore en vie, nous dit Valérie.
- La bonne nouvelle est, que le virus n’est certainement plus actif. Sa durée de vie était de trente huit ans, c’est ça ? S’écria Valérie.
- Oui, trente huit ans. Mais il reste le taux de radioactivité, dit José.
- Et bien ! Qu’est-ce que vous attendez pour aller réparer cette sonde lui dit Maxime.
Nous nous attendions à voir José se lever, pour aller coller un coup de poing dans les gencives à Maxime. Mais, à la surprise générale, il répondit :
Oui ! Vous avez raison Maxime, plus vite ce sera réparé, plus vite nous serons fixés sur notre avenir.
- Notre avenir à l’extérieur, ou à l’intérieur de l’abri. S’exclama Julius.
- Nous serons fixés dès que j’aurais réparé la machine, répondit José.
Nous acquiesçâmes tous de la tête. Puis, la conversation porta sur divers points, concernant la gestion de l’abri. Quelques minutes plus tard, chacun reprit ses occupations.
Quand à moi, je pris le carnet de bord qui reposait sur la table, et l’ouvris à la page du 27 Mars 2022, afin de lire avec mes propres yeux les phrases écrites par Richard.
« Quel bonheur de savoir, que tu es peut être encore en vie »
Je refermais le journal, en m’apprêtant à le reposer sur la table. Un stylo se trouvait à proximité. Je le pris machinalement. Je rouvris le journal, et me rendis à la page du 1 Mai 2030. Je la tournais, la page suivante était vierge. J’écrivis :
- Dimanche 11 Mai 2070 : Je percevais une faible lueur…
Il était environ 16h00, quand José fit irruption dans la salle commune.
- Voila ! C’est réparé, nous allons pouvoir faire les sondages.
- Excellente nouvelle, je vais prévenir les autres. Au fait, c’était quoi le problème ?
- En fait, me dit-il. Il y avait plusieurs pannes. La première concernait le circuit de refroidissement à l’azote, du microprocesseur, qui était hors service. Et le deuxième c’était un condensateur qui était grillé.
Quelques instants plus tard, nous étions tous dans le PC, debout autour de José. Il mit aussitôt en marche la sonde extérieure. Un petit bruit se fit entendre.
- Quel est ce bruit ? dit Ellie.
- L’ordinateur est en train de calculer le taux de radioactivité extérieur, répondit José.
Nous croisions tous les doigts. Valérie et Julius quand à eux, fermaient les yeux.
Quelques secondes plus tard, l’imprimante cracha son rapport. José retira la feuille, en me la tendant.
- Tenez Franck, sauf erreur de ma part, je crois savoir que c’est vous le spécialiste de l’atome.
Je pris le papier, et j’analysai les résultats.
- Apparemment, ils ont l’air acceptable. Environ 2000 Bq (Becquerels) par mètre carré. Pour comparaison, les retombées radioactives sur la France, après l’accident de Tchernobyl en 1986 étaient en moyenne de 4000 Bq/m². Il y a aussi, quelques résidus d’ Iode 131, de Tellure 132, Tellure 129m, Ruthénium 103, Césium 137, Césium 134 et Baryum 140. Mais à très faible dose.
- En gros, ce qui veut dire ? Dit Julius.
- Ce qui veut dire, que nous pouvons sortir.
Tout le monde poussa, un « Ouf !» de soulagement. Ellie s’approcha de moi, et m’embrassa sur la joue, et elle me dit.
- Merci
- Ce n’est pas moi qu’il faut embrasser, mais la machine.
- Et moi alors, dit José, personne ne m’embrasse, j’ai tout de même réparé la sonde.
A ces mots, Ellie embrassa aussi José.
Tout le monde se mit à rire.
Julius intervint.
- Nous pourrions tenter une sortie demain, qu’en pensez-vous ?
- Oui, pourquoi pas, répondit Ellie.
- A mon avis, ce n’est pas très prudent que nous sortions tous à la fois dit Maxime. Nous n’avons aucune idée de ce qui nous attend dehors. Il faut penser à l’abri, pour le moment, il est notre unique refuge. Nous devons le maintenir opérationnel. (Il se grata la tête nerveusement). Je propose que deux d’entre nous sortent demain en éclaireur. Qu’en dites-vous ?
- Je pense que votre remarque est pertinente, lui répondis-je.
- Qui est candidat pour la sortie de demain. ? demanda Maxime.
A peine avait-il fini sa phrase.
- Moi ! dit Ellie.
- Vous êtes consciente qu’il y a un risque s’exclama Maxime
- Evidemment que j’en suis consciente. Et arrêtez de me prendre pour une adolescente attardée voulez-vous.
- Pardon, MADAME répondit Maxime.
- Je suis candidat aussi. Répondis-je.
- Parfait ! L’équipe est formée. Franck et Ellie partiront donc demain en éclaireur.
Je vis Julius me regarder en faisant la moue.
- Maxime !
Il se retourna.
- Oui ! Franck ?
- J’emmène aussi, Julius avec nous.
Il tourna les talons en direction du couloir, et sans me regarder, Maxime me répondit.
- Bonne idée, je n’en attendais pas mieux, cela me fera des vacances.
Puis il disparu dans le couloir. Au même moment, Julius vint vers moi.
- Merci Franck, vous avez tenu votre promesse.
- Que nous soyons bien d’accord. Nous vous emmenons, mais pas d’entourloupes une fois dehors.
- Ok, ok ! Franck (Nda : Petit clin d’œil, il se reconnaîtra)
Ellie me dit :
- Je pense qu’il serait préférable de préparer notre paquetage demain. Qu’en pensez vous Franck.
- Vous avez raison, nous verrons cela demain à tête reposée.
- Très bien, je vous laisse.
Ellie sortie du PC de commandement, et disparue dans le couloir. Julius en fit de même. Entre temps, José et Valérie s’étaient rendus dans la salle radio, dans l’espoir de capter quelques signaux extérieurs.



- Alors ! Vous arrivez à capter quelque chose ?
- Non, dit José, toujours rien, c’est à croire qu’il n’y a plus personne à la surface.
- Et bien, nous serons fixés demain.
- Nous comptons sur vous, me dit Valérie.
- Sur-ce. Je vous laisse.
- Ok, Franck. Valérie et moi restons encore un peu, pour écouter les ondes.
Je sortais de la salle radio, et me dirigeais vers le réfectoire.
« Demain, c’est le grand jour »
- Pourvu que tout se passe bien.
- Qu’est-ce que vous dites ? s’exclama José depuis la salle radio.
- Rien rien José, je parle tout seul.

Chapitre 19 : Abri 15 : La sortie

14 Mai 2070 :





Pour une fois, j’avais dormi comme un bébé. Savoir que ma fille était peut être encore en vie, y était certainement pour quelque chose. En tout cas, cela m’avait grandement motivé. Étant comme à mon habitude très matinal, je prenais mon petit déjeuné, seul dans le réfectoire. Oh ! Rien de bien extraordinaire; fruits secs et gâteaux décryogénisés, au goût insipide. A y réfléchir, je m’étais toujours réveillé de bonne heure. Je pense que c’était du en partie au travail de mon père. Il se levait vers 5h30 du matin. Je me rappelle, j’entendais son réveil sonner depuis ma chambre. Et comme un rituel, je pouvais entendre tous les matins, un enchaînement de bruits que je connaissais par cœur ; d’abord il descendait les marches de l’escalier, en essayant de faire le moins de bruit possible. L’escalier en bois était vieux, et comme d’habitude, la troisième marche grinçait affreusement. Ensuite les bruits de vaisselles, avec la bonne odeur de café qui remontait jusque dans ma chambre. Le bruit apaisant de la douche. Une fois habillé, il remontait, et venait dire au revoir à ma mère et
Moi, en me passant sa main dans mes cheveux, tout en les ébouriffants. Il me disait toujours : « A ce soir fiston ».
- Dans vos pensées Franck ?
Je me retournais sur ma chaise, et je vis Ellie.
- Oui ! Et vous, bien dormi ?
- Non pas très bien. J’ai pas mal gambergé pour notre sortie d’aujourd’hui.
- Je m’en doute.
- Nous pourrions peut être nous tutoyer, me dit elle.
- Vous… tu as raison, c’est fou les habitudes que l’on peut garder.
Elle vint s’asseoir en face de moi avec son bol de fruits secs. Sans un mot, elle se mit à manger. Je la regardais. Quelque chose que je n’arrivais pas a d’écrire, émanait d’elle, une sorte de bonté naturelle, de sérénité même. C’est simple, quand je l’observais je me sentais plus détendu, comme si cette femme était une éponge absorbant les toxines des corps gravitant autour d’elle.
Elle leva la tête.
- Qui a-t-il Franck, pourquoi me fixez-vous du regard comme ça ?
- Pardon Ellie, je suis désolé, mais ! Non… rien.
- Le départ est toujours prévu vers onze heures, c’est ça ?
- Normalement, oui.
Au même moment, Julius entra dans le réfectoire, et nous adressât un large sourire.
- Mes amis ! Vous êtes là. Je peux me joindre à vous ?
Ellie et moi, nous nous échangeâmes un petit rictus.
- Venez Julius, asseyez vous. Nous allions parler des préparatifs au départ.
Une demi heure plus tard, nous étions tous à l'armurerie, en train de préparer notre paquetage.
Pour ma part, le choix était simple à faire, il me fallait tout d'abord une arme robuste et polyvalente.
Hors de question de s’encombrer avec cinquante fusils et pistolets. N'étant pas spécialiste en la matière, et n'ayant à mon actif que quelques heures de cours pendant mon service militaire. Je décidais de garder le Sig Sauer 552 que j’avais récupéré lundi. Après un rapide contrôle, je constatais que l'arme était en excellent état de marche. Pour le reste du matériel à emporter, il y avait : Un localiseur, une paire de jumelles, deux gourdes, un couteau de combat fort impressionnant, une lampe torche à recharge solaire, un compteur Geiger, quelques médicaments, de la nourriture déshydratée pour une semaine, un briquet, une carte de France papier, au cas ou mon mini localiseur électronique tombe en panne. Bien sûr celui-ci ne fonctionnait plus en réseau, mais la mémoire interne suffirait à m'indiquer les principales routes et villes de ce pays. Et aussi, chose importante, un purificateur d'eau portatif. Une merveille cet appareil, j'avais eu l'occasion d'en tester un une fois, lors d'un de mes cours à Saclay.
- Ah oui, quel idiot, j'allais oublier les munitions.
- Alors Franck, vous perdez la tête, me dit Julius.
- Et de votre côté, ça y est votre paquetage est prêt ?
- Oui, me dit Julius. Ellie est une vraie mère pour moi, elle m’a aidée à le faire.
- Cela ne m’étonne pas, répondit Maxime, qui, depuis l’entrée de l’armurerie, les bras croisés adossé sur le bâti de la porte, nous regardaient faire nos préparatifs.
- Tenez, prenez ces quelques habits supplémentaires, au cas ou, me dit Valérie.
- Merci. Voila, je crois que j'ai fais le tour.
Je refermais mon sac à dos.
- voyons voir le poids de tout ce merdier. Ourf ! Bon, et bien, de toute façon je n'ai pas le choix, il va falloir que j'emmène tout ça.
Il était maintenant, presque onze heures. Nous avions fini la préparation des paquetages. Nous retournâmes tous dans la salle commune, pour un dernier briefing.
- Je viens de faire un dernier prélèvement extérieur, nous dit José. Tout est Ok. Mais par mesure de prudence, je préférerais que vous sortiez par le tunnel secondaire, côté montagne. Autre chose, soyez sur vos gardes à l’ouverture de la trappe en haut du puits.
- Tenez vous en, à ce qu’on à dit. Dit Maxime. Vous sortez, vous explorez les alentours, et vous revenez.
Je n’avais pas envi de polémiquer. Je lui répondis :
- D’accord.
Nous nous serrâmes tous la main, pour nous souhaiter bonne chance. Même Maxime et Julius, en firent de même, et accomplirent ainsi un acte mutuel de bravoure.
- Allons-y ! s’écria Julius, qui manifestement trépignait d’impatience.
Ellie, et Julius prirent la direction du couloir secondaire. Je m’apprêtais à en faire de même, quand Maxime m’interpella.
- Attendez une seconde Franck.
- Oui ?
- Prenez ceci.
- C’est quoi ?
- Des capsules de cyanures. (Il marquât une pause). Personne ne sait ce qui vous attend là haut. Je ne voudrais pas que, si il vous arrivait malheur, vous voir mourir d’en d’atroces souffrances. Vous comprenez ?
- Je comprends. Mais, ne vous tracassez pas Maxime, je n’ai absolument pas l’intention de mourir dans l’immédiat.
José en profita pour me donner une tape amicale sur l’épaule.
- Bon chance Franck. Me dit-il.
Valérie intervint.
- J’espère que nous arriverons à capter quelque chose pendant votre absence.
- Essayez de revenir entier, pour nous raconter ce que vous avez vu. Après nous aviserons sur la marche à suivre s’exclama Maxime.
Je serrais machinalement, une dernière fois la main à Valérie, Maxime et José.
Tout en marchant vers la sortie secondaire, je fis un dernier au revoir de la main, et rejoignis Ellie et Julius, qui m’attendaient déjà au fond du couloir.
- Allez-y passez devant, nous vous suivons, me dit Ellie.

Quelques instants après, nous arrivions devant la porte blindée, celle-ci s’ouvrait sur un conduit vertical comportant une échelle, qui menait à la sortie.
Un léger courant d’air tiède, vint nous caresser la figure.
- Il va falloir grimper tout là haut ? s’exclama Julius.
- Ah non ! Ne commencez pas, s’écria Ellie. Nous avons à peine fait cent mètres qu’il se plaint déjà.
L’ascension de l’échelle n’était pas très aisée. Les sacs à dos y étaient pour quelque chose.
Je touchais enfin du bout des doigts la trappe métallique. Je fis pivoter lentement la poignée, la trappe s’ouvrit sur l’extérieur, dans un grincement désagréable.
- Qu’est-ce que vous voyez Franck ?
- Attendez une minute, laissez-moi quand même le temps de sortir la tête.
- Soyez prudent, me dit Ellie. Je sortais la tête prudemment, et regardais autour de moi. Je pris une bonne bouffée d’air, en espérant que la sonde ne s’était pas trompée. De toute façon, il était trop tard pour reculer. Je prenais appuis sur le dernier barreau de l’échelle, et mis le pied sur la terre ferme, compteur Geiger en main, au cas ou. 





Voila ! Enfin sorti, le compteur à l'air de ne pas trop s'exciter, à part vers l'Est.
Ellie et Julius sortirent à leurs tours.
Autour de nous, la forêt. La végétation était assez importante, bien que n'étant pas botaniste certaines plantes me paraissaient totalement inconnues.




- La plante que vous regardez, est une Cyclamen europaeum. Sa floraison va de Juillet à Octobre. Mais, je n’en ai jamais vu de cette couleur. Me répondit julius.
- Je ne savais pas que vous aviez des talents de botanistes, Julius.
- C’est ma grande passion, en dehors de la chimie.
- Contente de l’apprendre, intervint Ellie. Cela pourrait nous être utile.
Nous avancions prudemment à travers la forêt. 





De temps à autre, quelques bruits lointains se faisaient entendre. Une heure plus tard, nous arrivâmes à un sentier. A droite, il allait vers la montagne, et à gauche vers la vallée. J’orientais le compteur Geiger vers la droite, l’aiguille s’affola. Puis vers la gauche. L’aiguille redescendit presque à zéro, en indiquant « no radiation ».
- Et bien, je crois que nous n’avons pas trop le choix, nous allons donc prendre le chemin de la vallée.
- C’est étrange, s’écria Ellie, je n’entends aucun bruit d'oiseau.
Le chemin descendait en pente douce vers la vallée. Tout à coup, nous entendîmes un aboiement dans le lointain.
- C’était quoi ? dit Julius.
- Probablement un chien.
Je m’arrêtais un instant pour prendre mon arme dans les mains, prêt à m’en servir au moindre danger. Nous continuâmes notre progression. Tout en marchant, je m’adressais à mes compagnons.
- Ellie et Julius. Evitez de marcher au milieu du chemin. Je préférerais que vous restiez derrière moi, avec un espacement de trois mètres entre nous. Les uns à côté des autres nous formons une cible digne de la foire du trône.
- D’accord, dit Ellie.
La progression était assez rapide. Et, au bout de quelques centaines de mètres.
- Là ! Regardez, je vois un clocher au loin. S’écria Julius.
Je pris mon localiseur, et l’orientais vers le clocher. La mire se fixa dessus, et un bip discret se fit entendre.
- D’après l’appareil, ce clocher au loin est celui du village d’Alex. Je propose d’y faire étape.
- Ce calme ambiant dit Ellie, ne me dit rien qui vaille.
- Moi non plus, raison de plus pour être sur nos gardes. Allez, essayons de rejoindre ce village. Il y a peut être des habitants.
- Où des morts, répliquât Julius.
- TAISEZ-VOUS ! Sinon, vous passez devant.
- Sans façon, dit Julius, je préfère assurer l’arrière garde.
Nous continuâmes notre marche, en direction de ce village. Quelques oiseaux perchés dans un sapin, s’envolèrent à notre approche.
- Franck !
- Oui Ellie ?
- Si tu n’y vois pas d’inconvénient, je préfèrerais que nous nous arrêtions ici pour la nuit. Nous descendrons au village demain matin. D’accord ?
Je fus surpris par ses propos.
- Qu’est-ce qu’il y a, tu as un mauvais pressentiment ?
- Oui, en quelque sorte. Me répondit-elle.
- Bon… très bien. Installons-nous ici pour la nuit.
Entre temps, Julius avait trouvé, derrière un buisson, un emplacement pour le bivouac.
- Ellie ! Franck ! Venez j’ai trouvé un endroit idéal pour camper. Ici nous serons bien cachés.
Je me retournais vers Ellie.
- A y réfléchir, je crois que tu as raison, il est peut être plus sage de s’arrêter maintenant. De toute façon, je commençais à être un peu fatigué par cette marche. A mon avis, il faudra encore attendre quelques jours, afin que nos muscles soient de nouveau, totalement opérationnels.
- Et puis, la nuit porte conseil, dit Ellie.
- Alors, vous venez ?
- Oui Julius, nous arrivons.

Chapitre 17 : Abri 15 : Une certaine odeur

12 Mai 2070 :






Un magnifique soleil embrasait le ciel. Assis au milieu de son château, mon fils narguait son assaillant, en brandissant râteau et pelle. Dans cette bataille inégale, les vagues prenaient d’assaut la forteresse de sable.
Je me retournai vers Claire, et l’embrassai. Elle me prit dans ses bras. Le bruit des vagues était reposant. Nous étions bien.
Je décidais de jeter un coup d’œil sur mon fils, le château était vide. Je regardais autour de moi. Il n’était nulle part sur la plage. Mon regard fut subitement attiré par des mouvements dans l’eau. Je vis un bras qui en sortait. Une indicible panique m’envahis, je voulus bondir pour sauver mon fils, mais quelque chose clochait, j’avais beau vouloir essayer de me lever, impossible, j’étais comme collé sur le sable. J’hurlais comme un fou, avec comme seul espoir, de voir ma voix se déplacer à ma place, pour le sauver.
- NICOLAS...NICOLAS !...NOOOOONNN !
- FRANCK…FRANCK... FRANCK, REVEILLEZ VOUS !
J’ouvrais les yeux :
- Claire, c’est toi ?
- Non, Franck, c’est Ellie. Ellie Harroway ! Vous vous souvenez ?
- Oui...je me souviens, j’étais dans le couloir, et puis plus rien.
- Tout va bien Franck, vous êtes maintenant réveillé, comme nous tous, enfin...
- Où sommes nous ?
- Dans l’infirmerie.
Je levais la tête, et bien que, encore un peu dans le brouillard, je pouvais reconnaître autour de moi :
Julius Kelp, Ellie Arroway, Valérie Rivière, José Vasquez, Maxime Ernst. Et, allongée sur un lit, Nathalie Guérande.
Une main se posa sur mon épaule.
- Content de vous revoir, me dit José. Tenez, prenez ces vêtements. Ce doit être les vôtres.
- Merci, mais…Ou sont les autres personnes, il en manque. ?
- A part ceux que vous pouvez voir autour de vous, et Bob Hawk, dit Ellie, il n’y a personne d’autre ici. Nous avons fait le tour de tous les compartiments. Smyslov, Mercier, Moisan, Romain, Servadac, Eichinger, et Elodie Dulac, sont manquants, leurs caissons sont vides. Selon toute logique, nous en avons déduit, qu’ils avaient du être décryogénisés avant nous.
- Bonne déduction mon cher Watson. S’exclama Julius. Alors pourquoi, ils ne nous ouvrent pas ? Pourquoi il n’y a personne pour nous récupérer. ? Ils doivent certainement être de l’autre côté. Ça doit être une salle blague de ce vieux fou de Mandrake.
Julius se leva brusquement, et frappa avec ses points sur la porte, en criant :
- OUVREZ NOUS, BORDEL ! J’VEUX PAS CREVER ICI VOUS ENTENDEZ, OUVR…
José l’attrapa par le bras :
- Calmez vous Julius, cela ne sert à rien de crier, vous ne faite qu’énerver tout le monde. Nous allons trouver une solution. Asseyez vous.
Je demandais :
- Nous ne pouvons pas sortir ?
- Non ! fit remarquer Ellie, nous sommes bloqués dans la zone stérile, les deux portes de l’infirmerie, sont fermées. Impossible de les ouvrir. Même celle qui donne sur le couloir de sécurité. (NDA : voir plan de l’abri 15)
Je demandais :
- Ou est Bob Hawk, je ne le vois pas ?
- Il est dans son caisson... mort ! Me dit Maxime Ernst. Mais à votre place je n’irais pas. Ce n’est pas beau à voir.
- Vous savez ce qui c’est passé pour lui. ?
- Aucune idée, dit José, mais ce qui est sur, c’est qu’il est décédé, il y a pas mal de temps.
Je tournais la tête en direction de Nathalie Guérande, qui était allongée sur un lit dans l’infirmerie.
- Et pour elle ?
Maxime Ernst répondit à ma question.
- Elle est très mal en point, José et moi l’avons sorti de son caisson toute à l’heure, elle était en train de s’étouffer. Apparemment, son tuyau ne s’était pas retiré correctement. Une fois réveillée, elle allait bien, puis, quelques instants après, elle s’est mise à vomir de la bile, puis à saigner du nez. Puis elle s’est écroulée sur le sol. Je ne suis pas toubib, mais je ne lui donne pas cher pour sa peau.
- Justement, vous n’êtes pas toubib, rétorqua Ellie.
- Pardon ! s’écria Maxime. Je ne voulais pas…
- Avec le réveil de Franck, dit José, nous sommes donc au complet. (Il se tourna vers moi). Nous attendions votre réveil, avant d’entreprendre de sortir d’ici.
Puis, il y eu un long silence. Nous nous regardions les uns les autres, assis en tailleur, comme des boys scouts grotesques, autour d’un feu de camp. Chacun était dans ses pensées. José rompit le silence.
- Quelque chose ne tourne pas rond. Il y a quelque chose qui cloche.
- Qu’est-ce qui cloche s’exclama, Valérie Rivière.
- Je ne sais pas, dit José, mais… Ce n’est pas vous Ellie, qui aviez vu un cafard dans votre compartiment ?
- Oui, c’est exact, acquiesça Ellie il y avait un cafard dans un angle de la pièce. Pour une zone soit disant stérile, c’est tout de même étonnant. Et surtout, comment a-t-il pu arriver dans mon compartiment ?
J’intervins :
- Pour ma part, c’était une colonie de fourmis, celle-ci traversait ma cellule, pour aller je ne sais ou.
- Comme quoi, la nature tôt ou tard, reprend ses droits, sur l’œuvre des hommes, rétorqua Valérie.
- Oh ! Comme c’est beau, vous avez trouvez ça toute seule ? Lui dit Julius
Maxime se leva d’un bond, en levant son poing en direction de Julius. Et lui dit.
- Fermez-la Kelp, ou c’est avec votre tête, que je vais ouvrir cette porte. Vous commencez à me fatiguer, et ce, même après trois ans de sommeil.
- Très drôle lui rétorqua Julius.
A défaut d’avoir plus de renseignements, restons professionnels. Vous le voulez bien ? dit José.
Tout le monde acquiesça de la tête.
- Premièrement, je vais commencer par aller interroger l’ordinateur, dans l’espoir d’avoir des renseignements. J’en profiterais aussi pour essayer de déverrouiller les portes depuis celui-ci.
Sur ces mots José se leva, et se dirigea au fond du couloir. Sur la porte était marqué « Ordinateur central H.A.L.15-Vault-Tech » Il pianota son code d’accès, s’engouffra dans la pièce, en refermant la porte derrière lui.
Sur le lit, Nathalie n’avait plus l’air de faire le moindre mouvement.
Je me levais et m’approchais d’elle. Je n’entendais aucune respiration. Je pris son pou, il était inexistant.
- Je n’entends plus le pou de Nathalie ! Dis-je à haute voix.
A ces mots, les autres se levèrent et vinrent à mes côtés. Valérie confirma mon diagnostic.
- Oui, c’est fini pour elle.
Valérie prit un drap blanc dans une armoire, et recouvrit délicatement le corps de Nathalie.
Pendant ce temps, dans la salle informatique.
- Bien, voyons voir ce que tu vas nous apprendre, dit José.
Il retira la housse de protection du clavier, et commença à frapper les touches du clavier.
Le curseur vert clignotait, tel un métronome. José appuya sur un bouton, et un message apparu sur l’écran.

« CODE D’AUTHENTIFICATION : »
« 456SDF17 »
« CODE EXACT. BONJOUR PROFESSEUR FLOYD, POSEZ VOTRE QUESTION : »
José se mit à parler à haute voix, comme si l’ordinateur pouvait lui répondre.
- Professeur Floyd ! Qui c’est celui-là ? Qu’est-ce qu’il raconte cet ordinateur. Je suis José Vasquez, je t’ai conçu. Je suis…. Qu’est-ce que je dit, moi !
Se rendant compte du risible de la situation. Vasquez reprit son travail sur le clavier.
« Question : Processus code A56 compartiments cryogéniques. »
« DECRYOGENISATION DES COMPARTIMENTS : 1-5-8-10-15-18-20 LE 15 AOUT 2022 à 6h32 »
- Août 2022 ? Mais, ce n’est que six mois après notre mise en hibernation. S’exclama José.
« Question : Nom du donneur d’ordre pour décryogénisation du 15 Août 2022 ? »
« PAS D’INFORMATION DE DISPONIBLE - ERREUR SYSTEME-DONNEES CORROMPUES »
- Merde ! Continuons
« Question : Processus code A32 Caisson 2 »
« BOB HAWK DECEDE LE 18 AVRIL 2035 CAUSE DU DECES : INCONNUE.
- QUOI ! 2035 !
Une frayeur envahissait peu à peu, José.
« Question : Date actuelle ? »
L’ordinateur moulina quelques secondes, on aurait dit, qu’il avait un malin plaisir à le faire patienter.
- Dépêche-toi ! Saleté de machine.
« DATE ACTUELLE : LUNDI 12 MAI 2070 »
- Ce n’est pas possible, il doit y avoir une erreur.
« Question : Confirmation date »
« DATE CONFIRMEE - ERREUR IMPOSSIBLE »
José fit retomber ses bras le long de son corps.
- 2070, ça fait quarante huit ans. Quarante huit putains d’années. Mais que s’est il passé, pour que nous soyons hiberné aussi longtemps ? Quand les autres vont l’apprendre.
« Question : Processus code B…
Il s’arrêta.
- Ma mémoire me joue des tours.
José prit le manuel des codes, et l’ouvrit à la page 8.
- Ah ! Le voila.
Puis il reprit.
« …code B52. Ouverture des portes zone stérile »
« OUVERTURE PORTE PRINCIPALE IMPOSSIBLE : SYSTEME HYDRAULIQUE DEFAILLANT. OUVERTURE PORTE DE SECOURS IMPOSSIBLE : ERREUR SYSTEME – DONNEES CORROMPUES.
- Pas de panique
José réfléchit un instant.
« Question : Processus code rouge 10 »
« MOT DE PASSE : »
« Vault 15 »
« MOT DE PASSE ACCEPTE. POSEZ VOTRE QUESTION »
« Ouverture d’urgence porte de secours n°02 »
« OUVERTURE D’URGENCE ENCLENCHÉE. VEUILLEZ DÉGAGER LES ACCÈS »
José se leva d’un bond de sa chaise, et sorti dans le couloir en criant.
- SORTEZ DE L’INFIRMERIE LA PORTE VA ÊTRE EXPULSÉE !
Sans nous faire prier, nous courûmes nous abriter dans un compartiment voisin.
« 5 »
« 4 »
« 3 »
« 2 »
« 1 »
« EXPULSION »
Nous entendîmes une déflagration. La porte fut expulsée à quelques mètres, dans le couloir, comme un vulgaire fétu de paille.
Une fois retourné dans l’infirmerie, nous poussions des cris de joies en voyant la porte reposant à plat, sur le sol en béton.
Je me retournai en direction de José.
- José vous venez, c’est ouvert.
Il me dit, du fond du couloir :
- J’arrive dans un instant. J’ai encore quelques petites choses à voir avec l’ordinateur. Franck ! Vous pouvez venir une minute.
- Très bien, j’arrive. Qui a-t-il José ?
José retourna s’asseoir sur la chaise devant l’ordinateur, et me dit.
- Tout à l’heure, Valérie nous disait que la nature finissait toujours par reprendre ses droits, en parlant notamment, des fourmis dans votre cellule.
- Heu… oui ?
- Je vous laisse le soin de regarder la date d’aujourd’hui, sur l’écran.
Je m’approchais du moniteur, et je vis.
- 12 Mai 2070 ! Vous voulez dire que nous sommes en 2070 ?
- Oui, Franck. D’après l’ordinateur, nous sommes bien à cette date.
- Ce n’est pas possible !… comment vais-je…
Je mettais mes mains sur ma figure, et fermait les yeux.
José posa sa main sur mon épaule.
- Nous sommes vivants Franck, vous comprenez… VIVANTS.
- Mais, que s’est-il passé ? Lui dis-je.
- J’aimerais bien le savoir. Mais, connaissant Thorn et Mandrake. Ils devaient avoir leurs raisons, pour nous faire hiberner si longtemps. Pour le moment, rejoignons les autres, j’ai hâte de sortir d’ici. Nous y avons passé assez de temps vous ne croyez pas ?
- Oui, en effet.
- José
- Oui ?
- Nathalie est morte.
Il hocha la tête, et leva un bras en l’air, en guise de réponse.
Nous arrivâmes près des autres. José informa le groupe, que nous étions en Mai 2070. Cette annonce fit l’effet d’une bombe. Mais chacun accepta cette nouvelle sans broncher. Même, Julius Kelp ne fit aucune remarque. Il devait être encore plus abattu que les autres.
Une fois remis de nos émotions. Et après avoir déposer provisoirement, le corps de Nathalie Guérande dans un compartiment. Maxime prit la parole.
- Je ne sais pas s'il est très prudent que nous allions tous à la fois rejoindre l’autre partie de l’abri.
Bien que celui-ci semble désert. Nous n’avons aucune idée sur ce qui pourrait se trouver derrière cette porte. Je préférerais que l’un d’entre nous y aille, disons… en éclaireur. Quand pensez-vous ? Vous peut-être ? Mr Kelp (Maxime le fusillait du regard). En entendant son nom Julius fit mine de ne pas entendre.
- Je vais y aller, lui répondis-je.
- Et bien, merci Franck. Allez juste voir dans le couloir, puis revenez. Inutile de prendre trop de risques, ok ?
- Ok !
« Pas téméraire ce Maxime, me disait-je »
La déflagration provoquée par l’expulsion de la porte, avait détruite toutes les lampes du couloir.
J’avançais prudemment dans le noir, vers l’unique porte, se situant au fond du couloir.





J’appuyais sur la poignée, celle-ci s’ouvrit sans problème. Je me retrouvais dans la morgue, elle était vide. Il y faisait un froid de canard. Quelques petites traces de moisissures parsemaient, ça et la, le plafond et les murs. J’ouvrais à présent la porte donnant sur le couloir principal. Aucun bruit. J’essayais tout de même d’appeler.
- Oooh ! Il y a quelqu’un ?
Une fois encore, ma voix me revint en guise d’écho.
En face de moi la porte de l’armurerie, à ma gauche le couloir menant à la sortie de secours, à ma droite vers la salle commune. Par mesure de prudence, je décidais de me rendre d’abord à l’armurerie, pour récupérer une arme (si-il y en avait). Étonnement, la porte, n’était pas fermée à clés. Je pénétrais à l’intérieur. Quelques caisses en bois et en métal, y étaient empilées, à différents endroits de la pièce. Il y avait aussi, quatre grosses armoires métalliques, munies d’un cadenas à code.
- Voyons voir cette caisse en bois.
Je soulevais le couvercle. A l’intérieur, se trouvait une dizaine de fusils de marque SIG SAUER modèle 552, bien enveloppés dans une espèce de gélatine de protection. J’en pris un, ainsi qu’un chargeur.





- Mieux vaut être prudent !
Je retournais voir les autres, afin de leur signaler que la voix était libre.
- C’est bon, vous pouvez venir. Pour le moment je n’ai pas vu âme qui vive.
- Etrange, que cet abri soit vide, me répondit José.
Nous, nous retrouvions tous les six dans le couloir. Maxime et José, allèrent à leur tour à l’armurerie pour récupérer une arme. Ils portèrent leur choix, sur un révolver.
- Je propose que nous restions groupés, nous dit Ellie.
- Vous avez raison, pour le moment, c’est plus prudent, répondit-je.
Nous inspections les pièces une à une. Nous pouvions entendre à l’intérieur du local machinerie, les moteurs ronronner tranquillement.






Une fine poussière recouvrait le sol, ainsi que les diverses machines. José s’approcha des différentes jauges, et manomètres, il constatât que les machines ne présentaient pas d’anomalies de fonctionnement.
- C’est déjà ça s’écria t-il.
Le réfectoire et la cuisine, vide aussi. Et partout cette poussière.
- Eh ! Venez voir. S’écria Valérie, depuis le réfectoire.
Une fois arrivé sur place, Valérie nous désignât une table du doigt. En disant.
- Regardez, il y a des restes de repas sur cette table.
En effet, nous pouvions y voir : Une assiette, contenant quelques os. Un verre, des couverts, un morceau de pain dur comme de la pierre, ainsi que deux boites de médicaments.
- Manifestement quelqu’un à manger ici. Mais à voir les restes, et l’état de la vaisselle. J’en déduis que ce repas remonte à pas mal d’années. S’exclama José.
Au même moment, un bruit nous fit tous sursauter.
- La ! Regardez, un rat, s'écria Julius.
Nous continuions nos recherches. Maxime ouvrit la porte donnant sur la réserve. Une forte odeur de putréfaction s’en dégageait.
- Pouah ! Quelle puanteur, s’écria Maxime, en refermant la porte aussitôt.
A peine eu t’il le temps de refermer la porte, qu’un énorme cafard s’engouffra dans le couloir. Maxime l’écrasa d’un coup sec du pied, provoquant un craquement sinistre.
- Un de moins dit-il.
- A mon avis, certains congélateurs cryogéniques, doivent êtres défaillants. J’espère en tout cas qu’ils ne le sont pas tous. Nous verrons cela tout à l’heure. Poursuivons nos recherches. S’exclama Maxime.
Au fur et à mesure que le temps passait, Maxime, se comportait de plus en plus comme étant le chef du groupe, et cela n’était pas du tout du goût de Julius Kelp.
Julius m’attrapa par le bras, et-ce, afin de me faire comprendre de rester en arrière des autres. Il me dit à voix basse.
- Vous avez vu Ernst, pour qui il se prend avec ses grands airs, celui-là. Il se prend déjà pour le chef. Moi, je n’ai pas confiance, et en plus ce gars la il ne m’aime pas, j’en suis sur.
Je lui dis :
Je n’ai rien contre vous, ne le prenez pas mal Julius, mais il faut reconnaître que vous ne faites pas beaucoup d’efforts de sociabilité depuis notre réveil. Pour répondre à votre question. Je ne pense pas qu’il se prenne pour le chef. Et si vos doutes sont fondés, nous aviserons.
- J’ai peur Franck, s’exclama Julius, vous comprenez, J’AI PEUR ! Je suis un scientifique, pas un légionnaire.
- Moi non plus, je ne suis pas un légionnaire. Mais, j’essaye de contenir ma peur. Mais, pour vous rassurer, je pense que, mise à part quelques rongeurs et insectes. Il ne devrait pas y avoir trop de danger dans cet abri. A mon avis il est abandonné depuis longtemps.
- Ah, vous croyez ?
Puis, il rajoutât :
- Vous êtes sympa, je vous aime bien.
- Si vous le dites.
Je rejoignais les autres qui étaient déjà dans la grande salle commune.
- Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais à mon avis cet abri est désert depuis un bon bout de temps.
Tout le monde avait l’air d’être du même avis.
- Si vous êtes d’accord, je propose de former deux groupes pour continuer les recherches. Un groupe qui ira visiter la partie Est de l’abri, et l’autre les dortoirs au Nord.
- Bonne idée Franck, s’écria Maxime. (Il marqua une pause). José et Valérie, vous venez avec moi.
Au moment de partir avec le groupe à maxime. José tourna sa tête vers moi, en me faisant un petit rictus nerveux.
Je me retournais vers Ellie et Julius.
- On y va ?
- Allez-y, nous vous suivons.
J’ouvrais les portes des chambres, les unes après les autres, elles étaient toute vides. La chambre n°6, elle, ne l’était pas. Un squelette était allongé sur un lit. Celui-ci avait encore ses habits sur lui, et plus particulièrement une blouse blanche. Je m’approchais du corps, je pouvais voir une étiquette avec un nom de marqué dessus. Richard THORN.
Mon sang ne fit qu’un tour. Je me retournais vers Ellie et Julius.
- C’est Thorn !
- Mon dieu, s’écria Ellie. Mais que s’est il donc passé ici.
Du pas de la porte, Julius s’écria.
- Normalement, chaque abri dispose d’un journal de bord. Si, celui-ci a été tenu à jour, nous devrions en apprendre d’avantage sur ce qui est arrivé.
- Vous avez raison Julius, nous allons essayer de mettre la main sur ce journal.
Je fouillais la chambre, dans l’espoir de trouver quelques indices supplémentaires.
Les armoires contenaient quelques habits, ainsi que divers objets sans importances. Il y avait aussi, posé sur l’étagère la plus haute, un révolver et deux boites de cartouches.
Ellie, quand a elle, prit le drap du lit supérieur, et le déplia sur le corps de Thorn.
- J’espère qu’il n’a pas souffert avant de mourir dit-elle.
- Il n’y a rien dans cette chambre. Retournons dans la salle commune, leurs dis-je.
Ellie, Julius et moi, étions de retour dans la salle. L’autre groupe n’était pas encore revenu.
- Allons les rejoindre, nous dit Ellie.
Le groupe de Maxime se trouvait dans le PC de commandement. A notre vue, José se retourna, et nous dit :
- Vous avez trouvez quelque chose ?
- Oui ! Nous avons trouvés un squelette allongé sur un lit. Sur l’étiquette de sa blouse, il y est écrit Richard Thorn.
- Et bien, nous savons maintenant que Thorn a fini ses jours ici. Pas de trace d’autres personnes ? s’écria Maxime.
- Non ! Dit Ellie .Mais Julius nous disait tout à l’heure, que chaque abri disposait d’un journal de bord.
- C’est exact répondit José, nous sommes justement en train de le chercher. Dans le même temps, j’ai essayé de faire fonctionner l’ordinateur qui gère la sonde extérieure, afin de connaître le taux de radioactivité. Mais, en l’allumant, il y a eu un court circuit. Je crois bien que l’alimentation est morte. La poussière sans doute. Pour ce qui est de la radio. Je n’arrive à capter aucune fréquence pour le moment.




- Pourquoi ne pas sortir ? dit Julius.
- Vous êtes CON OU QUOI, JULIUS ! Lui dit Maxime.
- C’est bon Maxime, lui dis-je, laissez le tranquille, nous sommes déjà assez énervés comme ça, vous ne croyez pas. ?
- Vous prenez sa défense, c’est ça !
- Maxime… vous me décevez, je vous croyais plus intelligent que ça.
Maxime leva les yeux au ciel, et fit un geste de dépit de la main.
- A mon avis, fit remarquer José (il y eu un silence, et nous nous retournèrent tous vers lui), c’est trop risqué. Nous ne savons absolument pas ce qui nous attend dehors. Je tiens à vous rappeler qu’il s’est passé presque cinquante ans. Sous réserve qu’il y ai eu un problème, et en mettant de côté les personnes décryogénisés avant nous. Je pense que le prolongement de notre hibernation n’est pas le fruit du hasard. Je suis à peu près sur que nous pouvons remercier Richard Thorn, pour cela. J’espère en tout cas que nous trouverons une réponse à tout cela. Mais pour l’heure, je pense, qu’avant de pousser plus loin nos investigations. Il serait souhaitable de parer au plus urgent, c'est-à-dire la nourriture, vous ne croyez pas ?
Tout le monde acquiesça.
Nous, nous rendîmes tous dans la réserve, et-ce, afin d’évaluer l’ampleur des dégâts.
- Trois cryo-congélateurs sur six sont hors d’usages, dit Valérie. D’après les indicateurs, le premier a du tomber en panne très récemment, ce qui explique la présence des cafards et autres insectes rampants.






Le deuxième à l’air de ne plus fonctionner, depuis pas mal d’années. Quand au troisième, le thermomètre indique une température de -45 ° centigrade. Inutile de vous dire que rien n’y sera comestible. Pour les trois qui fonctionnent encore, il faudra tout de même effectuer quelques prélèvements, pour être sur de ne pas être empoisonné à la première bouchée. Nous devrions commencer par évacuer les trois congélateurs hors d’usages, et procéder à un nettoyage de la réserve. Nous limiterons, du moins pour le moment, les dégâts.
Nous nous mirent tous au travail, avec gants et masques. A la fin de la journée, nous avions terminé de remettre en l’état la réserve.
- Voila ! Je viens de terminer l’inventaire alimentaire, s’exclama Valérie. J’ai effectué un rapide calcul. Nous sommes six. A raison de deux repas par jour, nous pouvons tenir environ… un an.
- Un an ! Et bien Valérie, si votre estimation s’avère exact, cela nous laisse tout de même un peu de temps pour aviser.
- Où, pas assez, si nous ne pouvons sortir à l’extérieur, en raison des radiations mortelles encore présentent. Rétorqua Maxime.
- J’espère pouvoir réparer demain l’ordinateur qui gère la sonde extérieure, dit José, tout en se mettant à bailler, à en faire décoller sa mâchoire. Mais pour le moment, j’avoue que je suis un peu fatigué. Je vais essayer d’aller dormir un peu.
- Je crois que nous allons faire comme vous répondirent Ellie et Julius.
- En ce qui me concerne, dit Maxime, je vais continuer un peu mes recherches dans l’abri.
- Vous n’êtes pas fatigué, Franck ? Me demanda Ellie.
- Non, pas trop…Je vais rester un peu ici. Bonne nuit Ellie.
- Bonne nuit Franck.
Je vis Maxime partir seul en direction du couloir Ouest.
« Il va falloir que je l’ai à l’œil celui-la. Je trouve son comportement de plus en plus agressif »
Quelques instants après, je me retrouvais seul dans la grande salle. Je m’asseyais sur une chaise.
J’avais la tête baissée, mes mains sur le front. Je regardais mes chaussures.
« Je suis un fantôme… un fantôme perdu dans les méandres du temps. Qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui est faux. Qu’est-ce qui est rêve, qu’est-ce qui est réalité ? »
- Ma pauvre Camille, que vais je bien pouvoir devenir. ? Il faut que je retrouve ce journal de bord. Connaissant Richard, je suis sur qu’il nous à laissé des informations importantes quelque part »
Je me mettais à bailler à mon tour.
- Je dois retrouver ce satané journal, si il existe ?

Chapitre 16 : Abri 15 : (Re)naissance

11 Mai 2070 :

"Que vaut le temps, s'il n'en reste plus pour s'émouvoir, s'attendrir, aimer ? Ce n'est pas nous qui décidons de notre temps, mais le temps qui tisse les jours, fait et défait les volontés, les aspirations de l'homme. "
Lauréanne Harvey



6h30 :
Je percevais une faible lueur à travers mes paupières closes.
7h00 :
Mise à part quelques spasmes ponctuels, aucun muscle ne répondait encore aux instructions de mon cerveau.
8h00 :
Je parvenais difficilement à ouvrir mes paupières. La lumière, quoique tamisée, me provoquait une gène dans les yeux. Ma main gauche commençait a bouger un peu.
8h32 :
A travers le plexiglas de mon caisson, le plafond m’apparaissait maintenant, distinctement. Je réussissais à lever les deux bras jusqu'à la hauteur des coudes. En ce qui concernait mes jambes, elles étaient encore aux abonnés absents. Impossible aussi, de tourner la tête.
10h30 :
Une sensation de bien être commençait peu à peu à m’envahir. Je ressentais des picotements parcourant tout mon corps, déclenchant une chair de poule généralisée. Cela devait probablement être du aux produits chimiques circulant dans mon organisme. A moins que cela soit mon sang qui était réinjecté dans mes veines.




Je baissais légèrement les yeux vers la droite, je pouvais apercevoir deux gros tuyaux. Un, comportait un liquide blanchâtre, qui avait l’air de s évacuer de mes bras, et un autre avec un liquide rouge, probablement du sang. J’avais du mal à voir pour celui-ci.
12h10 :
Un goût métallique désagréable, emplissait ma bouche. Je pouvais enfin bouger mes deux jambes. J’essayais la tête.
«À droite, Ok »
«À gauche, Ok »
15h07 :
J’étais toujours allongé sur le dos, impossible pour le moment de se retourner. Je vis une fourmi passer sur le plexiglas de mon caisson.
« Bonjour, petite fourmi »
Je me mettais à penser à mes autres compagnons, qui, comme moi, pour passer le temps, devaient compter les dalles du faux-plafond, ou le nombre de fourmis. Malheureusement, du fait que nous étions dans des compartiments individuels, je ne pouvais voir personne. Cela m’aurait tout de même réconforté de croiser un autre regard.
16h30 :
Des aiguilles rentraient et sortaient dans mes cuisses. A vrai dire, je ne sentais pas grand-chose à cet endroit. J’essayais de relever la tête, et-ce, afin de pouvoir voir ce qu’il se passait, mais, ma nuque étant encore enchylosée. Je décidais de rester la tête baissée.
17h00 :
Je commençais à recouvrir une partie de mes sens. Notamment le toucher et l’odorat. Pour ce qui était de la parole ; impossible de prononcer le moindre mot.
18h00 :
Un liquide tiède remplissait peu à peu mon caisson.
« Ils m’avaient pas parlé de ce machin là »
La panique m’envahissait peu à peu. Quelques instants plus tard, j’étais totalement immergé dans cette substance. Je respirais grâce à mon tuyau.
18h15 :
En l’espace de quelques secondes, le liquide s’évacua. Il était temps que tout cela finisse. Enfin je l’espérais.
18h30 :
Un « pschittt » se fit entendre, le couvercle de mon caisson se déverrouilla. A peine celui-ci ouvert, mon tuyau de respiration se retira automatiquement de ma gorge. Je fus pris tout à coup, d’une violente nausée. Mon cerveau passa outre, m’obligeant à prendre une grande bouffée d’air. « Je réalisais seulement maintenant, que je revenais, en quelques sorte, d’entre les morts. J’étais vivant »
Au même instant, la voix de synthèse féminine, que j’avais entendue pour la dernière fois avant de m’endormir, aboya dans le haut parleur.
« Veuillez ne pas bouger, et rester allongé. Veuillez ne pas bouger et rester allongé. Un responsable va venir vous chercher dans quelques instants »
Cela faisait maintenant un bon moment que les « quelques instants » étaient passés.
« Personne pour nous accueillir, c’est tout de même étrange. J’espère qu’il ne sait rien passé de grave pendant notre hibernation »
Ma voix était revenue, je décidais d’appeler.
- Richard !..... Quelqu’un m’entend ? OOHHH !
Ma voix me revint en guise de réponse. Un silence pesant régnait dans la pièce.
- Il y a quelqu’un ? OOHHHH !
Je tentais de me lever. D’abord en me roulant sur le côté, puis en essayant de mettre un pied sur le sol. Ce fut pour moi un véritable calvaire.
« La deuxième jambe maintenant »
J’étais maintenant debout, mes mains se cramponnaient sur le caisson.
- Il faut que je sorte d’ici.
Tenant à peine sur mes jambes, mon premier pas me fit tomber par terre. J’étais maintenant étalé de tout mon long, la joue contre le sol froid. Quelques fourmis passaient devant mes yeux, j’avais apparemment perturbé leur caravane. Étant tout à coup confronté à un nouvel obstacle, les insectes firent une petite bifurcation.
La porte de mon compartiment n’était qu’à quelques mètres. Je décidais de ramper.
« Allez, un petit effort, j’y suis presque »
J’étais nu, et je commençais à avoir froid.
La progression était lente. Quelques minutes plus tard, j’arrivais à la porte, m’accrochant à celle-ci dans l’espoir de me mettre debout. Une fois sur mes deux jambes, j’appuyais sur le bouton d’ouverture de la porte, un couinement suivi d’un sifflement se fit entendre, et la porte s’ouvrit. Je passais ma tête dans le couloir, toutes les autres portes étaient encore fermées.



« Je dois certainement être le premier »
Je décidais de crier à nouveau.
- OOHHH !!! Quelqu’un m’entend ?
J’avais des vertiges, ma tête me tournait. Je fis quelques pas dans le couloir, en me cramponnant sur le mur. Tout se mit à tourner autour de moi, je sentis mes jambes se dérober à nouveau. Je perdis connaissance.

Chapitre 15 : Abri 15 : Jour de l'hibernation

8 Février 2022 :

« On ne tue pas le temps, c’est le temps qui nous tue »

Franck Poole



Je n’avais pratiquement pas dormi de la nuit. Le contraire aurait été étonnant, à moins d’avoir pris une boite entière de somnifères. J’avoue que je n’étais pas fan de ces saloperies. Ma nuque me faisait mal, en me levant, la tête me tourna l’espace d’un instant. Je descendais de ma couchette en essayant de ne pas marcher sur mon voisin allongé sur le lit inférieur. Ma montre indiquait 6h32. Je tentais de ne pas faire trop de bruit pour ouvrir l’armoire.
- Ne vous fatiguez pas Mr Poole, nous sommes tous déjà réveillés, je crois que personne n’a fermé l’œil de la nuit. Vous pouvez allumer la lumière, si vous le souhaitez.
J’allumais la lumière. Celle-ci m’aveugla un instant.
- Nous n’avons pas eu l’occasion de faire les présentations. Je me permets de la faire pour tous les occupants de cette cellule… pardon, chambre. Derrière vous, le Docteur Maxime Ernst. Au dessus de moi. Elodie Dulac. Et (Il se mit le poing sur le thorax) José Vasquez, pour vous servir.
Je lui dis :
- J’ai cru comprendre que vous êtes à l’origine du programme qui fait tourner le cryogénisateur.
- Oui, c’est exact. Et je peux vous dire que cela n’a pas été une sinécure. Mais maintenant il est au point.
Elodie Dulac :
- Encore heureux qu’il soit au point votre programme. Sinon, il n’est pas question que je rentre dans cette boite de sardines, faisant office de caisson cryogénique. Au fait vous l’avez vu le caisson, Mr Poole. ?
- Non. Mais, vous pouvez m’appelez Franck.
Dulac :
- Très bien.
Maxime Ernst intervint :
- Normalement, notre cryogénisation est prévue pour cet après midi.
- C’est ça. dit Vasquez, 16h00 normalement. (Il se tourna vers moi). Comment avez-vous atterri ici Franck ?
Je leurs racontais mon histoire. Ils m’écoutèrent avec intérêt.
- J’espère sincèrement dit Elodie Dulac, que vous pourrez rejoindre votre fille quand tout cela sera fini.
- Oui, je l’espère…. Je voulais vous demander, peut être savez vous cela. Je crois savoir qu’au Québec, il y a des abris qui possèdent des caissons cryogéniques.
Vasquez prit la parole :
- Bien sur, il y en a dans certains abris privés, qui appartiennent en grande majorité à des centres de recherches, un peu comme ici, en Europe. Il y en a dans les villes de Québec, Montréal, Val-d’or. Et…je crois qu’il y en a aussi en Gaspésie. Mais je ne me rappelle plus du nom de la ville. Pourquoi ? Vous songez faire cryogéniser quelqu’un, c’est ça ?
Je lui dis :
- A vrai dire je ne sais pas, de toute façon je ne connais personne là-bas d’assez haut placé, qui pourrait faire quelque chose.
Vasquez :
- Ce n’est pas sur, vous devriez demander à Thorn. Vu ses relations avec certains ministres, ambassadeurs, et j’en passe. Je crois que c’est le seul ici qui pourrait faire quelque chose. (Il marqua une pause, et se gratta le menton). Il y a aussi Ellie Arroway. Son père est, je crois, secrétaire d’état.
Ernst :
- Quelle mémoire José. Vous connaissez toutes les villes comportant des caissons cryogéniques. ?
Vasquez :
- Oui, presque. Ayant déposé un brevet pour mon programme. J’ai supervisé l’installation des logiciels pour tous ces abris.
Dulac :
- Au fait, vous saviez qu’il y avait deux généticiens militaires parmi nous. J’ai essayé de discuter avec eux hier matin, mais ils sont restés muets comme des carpes. On aurait dit deux vieux ours mal léchés. Je me demande tout de même ce qu’ils sont venus foutre ici ? Qu’il y est des militaires pour la surveillance de l’abri, je veux bien le comprendre, mais eux ?
Ernst :
- Je ne comprends pas. Nous sommes bien dans un abri civil, et privé de surcroît.
Vasquez :
Oui, c’est vrai, mais en temps de guerre. Il parait que c’est comme ça… c’est la règle. Encore heureux qu’ils ne nous ai pas tous mis dehors, pour nous remplacer par des docteurs Folamour.
Vasquez se retourna vers Elodie Dulac.
- Qui a-t-il Elodie, vous avez l’air songeuse.
- Je pensais à Allan virdon, c’est moche. C’était un type remarquable.
Ernst :
- D’après le médecin militaire, c’est sa valve mitrale artificielle qui a lâchée.
Vasquez :
- En ce qui me concerne, j’aimerais bien avoir des infos de l’extérieur.
Je leurs dis :
- Je pense que nous devrions en avoir tout à l’heure.
La lumière de notre chambre vacilla un instant. Aussitôt après, une voix dans un haut parleur se fit entendre.
« Veuillez s’il vous plait rejoindre la salle de réunion, merci »
Il y eu un larsen désagréable, et la voix se tue.
Ernst :
- J’aimerais bien me laver, et déjeuner avant, tout de même.
La voix dans le haut parleur se fit entendre à nouveau.
« Il est inutile de vous laver, et surtout, veillez à ne rien manger. Cela fait parti du programme de cryogénisation. Merci »
Elodie Dulac :
Vous avez la réponse à votre question, Docteur Ernst.
Vasquez :
- Et bien, allons y.
Nous sortîmes de notre chambre, et nous nous dirigeâmes vers la salle commune. Nous étions les derniers. Les autres membres de l’abri étaient déjà assis. Je pris place à côté de Julius Kelp. La salle était assez sombre. Quelques néons blafards éclairaient la pièce. Je crus voir l’espace d’un instant, un rat, dans un recoin de la salle.
« Je hais ces bestioles »
Julius Kelp me vit faire la moue, et me dit à voix basse :
- Salut… Vous c’est Poole, c’est ça. ?
J’acquiesçais de la tête.
- Et bien mon ami. Je crois que nous avons des passagers clandestins sur ce rafiot.
Il marqua une pause. Il me regardait à présent dans les yeux. Je pouvais voir son regard. Il était… comment dire… étrange, oui, c’est ça, étrange. Il me dit :
- Vous savez, je crois bien que dans quelques mois, le rat sera très recherché pour sa viande. Vous avez déjà mangé du rat, Mr Poole ?
Je tournais la tête.
« Ce type était cinglé. Mais ce qu’il venait de dire était probablement vrai.»
Richard Thorn se leva et prit la parole.
- Bonjour à tous, malgré que ça n’en soit pas un. Désolé d’avoir été si direct dans le haut parleur tout à l’heure. Mais, vu les circonstances, vous le comprendrez volontiers. Tout d’abord des nouvelles de l’extérieur. Je viens d’avoir le rapport de notre opérateur radio. Il y a une bonne, et, une mauvaise nouvelle. Je commence par la mauvaise. Elle concerne le taux de radioactivité. Pour le moment ce n’est qu’une estimation. Il serait malheureusement assez élevé, et –ce, un peu partout en France, à l’exception de quelques zones. Notamment du côté de Annecy. NE VOUS REJOUISSEZ PAS TROP VITE ! Merci. Toujours d’après ce rapport, soixante pour cent du pays serait contaminé. Il est inutile de vous dire que toute sortie est impossible pour le moment. La bonne, concerne les dégâts. Apparemment, certaines grandes villes comme Paris et Lyon, seraient encore debout.
Stéphanie Mercier leva la main.
- A-t-on une idée du nombre de missiles tombés sur la France ?
Thorn examina son rapport.
- Non, désolé, je n’ai aucune info à ce sujet. Ce qui est sur, c’est que toutes les grandes villes ont été touchées, du moins en partie. Bien. Avant d’aborder le sujet des préparatifs pour votre hibernation. Je tenais à vous signaler, que nous avons placé le corps du Professeur Virdon, dans une chambre mortuaire improvisée. Pour ceux qui souhaitent lui faire un dernier adieu, vous pouvez vous y rendre. Le Lieutenant Berthier, procédera dans une heure à la crémation.
Thorn regarda sa montre.
- Bien. Passons aux préparatifs. Je vous demanderai d’être attentif, merci.
Le Professeur Mandrake se leva à son tour, et vint se mettre à côté de Thorn.
- Je laisse la parole à Mr Mandrake.
- Votre mise en hibernation est prévue pour cet après midi, 16 heures. Avant cela, vous subirez différents examens, que je vais vous décrire dans l’ordre.
1) Vous devez être à jeun jusqu’à l’hibernation. Dans le cas contraire, il va falloir vomir ce que vous avez avalé. N’est ce pas Mr Kelp !
Celui-ci fit mine d’être étonné.
Mandrake continua :
2) Analyse d’urine, ainsi que divers prélèvements.
3) Séance esthéticienne. Vous serez rasés entièrement, de la tête aux pieds.
- Entièrement ! S'exclama Ellie Arroway
Mandrake :
- Oui, entièrement, désolé, mais c’est indispensable. Veuillez à ne pas m’interrompre à chaque phrase. Je n’ai pas terminé.
- 4) Radio des poumons, et scanner du cerveau. Indispensable pour les différents implants.
- 5) Séance de vaccins et piqûres diverses. Je préfère ne pas vous en indiquer le nombre.
- 6) Trente minutes de repos, vous l’aurez bien mérité.
- 7) À ce stade, vous passerez en zone stérile.
- 8) Douche décontaminante collective, désolé mesdames. Vous serez ensuite plongés pendant
quelques secondes, dans une solution liquide. Vous verrez, la sensation est assez agréable.
Julius Kelp allait faire une remarque, probablement graveleuse. Je le fis taire aussitôt, avant qu’il n’ouvre la bouche.
- 9) À la suite de cette douche, vous serez mis sur un chariot automatique. Celui-ci vous emmènera dans votre compartiment. Vous serez à présent seul. En effet, chaque Hiberné dispose d’une pièce individuelle totalement isolée par rapport aux cellules voisines.
- 10) Une fois dans votre compartiment, le chariot se positionnera contre votre caisson d’hibernation. Il vous suffira simplement de vous rouler à l’intérieur. Une fois allongé sur le dos. Le programme de Mr Vasquez, rentre en jeu. Je lui laisse la parole.
Vasquez se leva à son tour, et prit la parole.
- C’est effectivement à ce moment, que mon programme rentre en activité. Une fois que nous serons sur le dos. Toutes les manipulations suivantes, seront automatisées, et-ce, jusqu’au réveil.



Une fois sanglé, nous recevrons une injection anesthésiante. En effet, notre organisme a besoin d’être détendu pour recevoir différents corps étrangers. J’en arrive à la partie la plus désagréable. L’insertion des tuyaux, sondes, et autres réjouissances dans le corps. Le plus pénible, à mon avis, étant l’introduction du tuyau dans la gorge. Vous comprenez pourquoi on vous demande d’avoir le ventre vide. Enfin, c’est une des raisons.
Julius Kelp :
- C’est sur que, si vous mangez un cassoulet juste avant. Cette fois-ci je fus pris de vitesse, pour le faire taire. Cette boutade ne fit rire personne.
Vasquez continua :
- Une fois tous cela fait, le caisson se referme hermétiquement. Vous patientez quelques minutes. Une injection est pratiquée au niveau de votre cou. Vous comptez jusqu’à dix et ensuite, gros dodo ! Une fois endormi le processus de cryogénisation se met en route automatiquement pour une durée déterminée par les techniciens, et l’ordinateur. Voila c’est à peu près tout. Des questions ?
Henri Moissan :
- S’avez-vous combien de temps nous allons hiberner. Je crois savoir que la durée ne peut être calculée que quelques heures avant la cryogénisation.
Mandrake :
- En effet, l’ordinateur calcule le temps d’hibernation en fonction du résultat du taux de radioactivité le plus récent. Je simplifie évidemment.
Je posais à mon tour une question :
Combien de temps maximum la machine peut nous maintenir en hibernation ?
Vasquez :
- Je suis étonné de ne pas avoir eu cette question plus tôt. Disons que, si tout baigne dans l’huile, comptez quarante cinq, à cinquante ans, sans trop de problèmes. Passé cette limite, les risques deviennent exponentiels.
Roland Romain :
- Pourquoi ?
Vasquez :
- C’est très simple. Comme vous le savez. Rien n’est éternel. L’électronique se détériore, les fils se craquellent, les tuyaux deviennent poreux. Les composants électroniques, quoique soumis à une température constante, s’abîment. Certaines parties de programmes disparaissent, sans compter les produits chimiques qui perdent leurs effets. Vous savez, cinquante ans, c’est tout de même un exploit. Personne à ce jour n’a osé tenter l’expérience. Mis à part en simulateur, évidemment.
Maxime Ernst :
- Vous êtes allez jusqu’à combien en simulation.
Vasquez :
- Nous nous sommes amusés à faire le test sur une période de cent ans, en ne tenant pas compte du facteur d’usure mécanique, évidemment.

- Et pour le cobaye ? Demanda Maxime.

- Il était devenu un légume, répondi José.
Le colonel John Murdoch posa à son tour une question.
Tout le monde se retourna vers lui.
- Et le moins longtemps, que l’on puisse cryogéniser quelqu’un ?
Mandrake :
- Votre question est pour le moins… enfin, pour vous répondre, je dirais qu’il faut une semaine pour qu’un corps soit parfaitement cryogénisé. Interrompre le processus, pourrait être fatal. A mon avis, je pense que, un mois de cryogénisation, est un minimum.
Murdoch :
- Merci, c’est tout ce que voulais savoir.
François Echinger :
- J’ose espérer que cette machine s’arrête automatiquement au bout de cinquante ans.
A peine avait-il fini de prononcer sa phrase. Nous vîmes le Lieutenant s’approcher de Thorn. Le militaire prit la parole.
- Le radio vient de m’apprendre qu’une nouvelle vague de missiles va tomber dans quelques minutes sur le pays. Je vous demanderais de bien vouloir vous asseoir par terre. Et d’attendre la fin de l’alerte.
Nous nous assîmes. J’entendis Smyslov pousser un juron. Dans la pièce. Le silence, à nouveau. Nous attendions que le ciel nous tombe sur la tête. Nous entendîmes encore ce bruit lointain et sourd. Une quinzaine de minutes plus tard, l’opérateur radio fit un signe affirmatif de la tête au lieutenant. Celui-ci se releva et nous dit :
- Voila c’est terminé, vous pouvez vous relever.
Nous regagnâmes tous nos places sans mot dire.
Thorn prit la parole :
- Lieutenant, pensez vous que ce sera la dernière vague d’attaque ?
Le lieutenant Berthier :
- Pour être franc, je n’en n’ai pas la moindre idée. Mais d’un point de vue purement stratégique. Je pense que oui.
Thorn :
- Espérons le. (Il regarda sa montre). Il est maintenant 10h00. Je vous laisse tranquille jusqu’à 12h00, le temps de recevoir les résultats du taux de radioactivité. Ensuite, retour pour un dernier briefing.
Je profitais de cette courte pause pour aller voir Thorn.
- Je peux vous parler quelques instants Richard ?
- Je n’ai pas beaucoup de temps, mais allez y.
Avant que je n’engage la conversation il rajouta :
- Franck. Si c’est ça qui vous inquiète, sachez que je ne vous oblige pas à être hiberné. Mais, j’ai peur que vous risquiez de trouver le temps long à rester éveillé. Et pour combien de temps ? Cela nous le saurons tout à l’heure.
- Ce n’est pas pour ça que je désirais vous parler Richard. C’est au sujet de ma fille.
- Votre fille ? Je vous écoute.
- Je m’inquiète beaucoup pour l’avenir. J’ai vraiment peur que le conflit s’étende sur toute la planète. Je n’ai qu’elle, vous comprenez.... J’ai...j’ai déjà perdu mon fils... il avait cinq ans.
- Je suis vraiment désolé Franck, je ne savais pas que vous aviez eu un fils. Mais le temps presse, je dois....
- Vasquez m’a dit ce matin, qu’il existait au Québec, quelques abris appartenant à des centres de recherches. Certains disposes même de caissons cryogéniques. Alors je me suis dit, avec vos relations....
- Hum. (Il baissa la tête, puis la releva). Cela va être difficile... mais….
- Richard, je n’ai pas pour habitude d’implorer….
- S’il vous plait ! Pas de ça, Franck. (Il marqua une pause). De toute façon cela ne changera rien. Je vais essayer de voir ce que je peux faire. Mais je ne vous garanti rien. Je vais déjà voir, si je peux les faire mettre en lieu sur, au moins provisoirement, si la guerre se généralise.
Je vis le Colonel Murdoch et Lacombe s’approcher de Richard. Je pris congé, et m’éloigna de quelques pas. Murdoch adressa aussitôt la parole à Thorn. De ma position, je parvenais à entendre quelques bribes de conversation. Celle-ci était d’ailleurs assez houleuse.
Thorn :
….… Mais ! Je ne comprends pas, il était prévu que vous……pourquoi voulez-vous rester…..
Murdoch :
- Vous êtes peut être le responsable de cet abri, mais sachez que........
Thorn :
- …… Vous n’avez aucun droit ici, et je........
Murdoch :
…... estimez vous heureux……..considérez ça comme un ordre. Et, en tant que Colonel, j’ai le pouvoir de vous .......
Thorn :
- Je me doutais bien en vous voyant arriver…..problèmes. Que vont pensez les autres……
Lacombe intervint à son tour, dans la conversation. J’en profitais pour me rapprocher sournoisement.
Lacombe :
- Ce n’est pas notre problème. Vous n’aurez qu’à simplement les avertir à la fin du briefing, sans trop vous étendre. De toute façon, nous n’avons aucune justification à vous donner.
Thorn :
- Et bien, je suppose que je n’ai pas le choix.
Murdoch :
- Exactement. N’oubliez pas que nous sommes en guerre, j’ai donc tout pouvoir, même ici. Alors ne soyez pas trop bavard. Comme le disais Lacombe, restez vague, ou inventer un prétexte bidon. Une dernière chose concernant les véhicules…….
Tout à coup, Murdoch, tourna la tête vers ma direction, me voyant traîner à proximité, il me foudroya du regard. Il prit poliment le bras de Thorn, afin de l’emmener à l’écart de mes oreilles indiscrètes.
« Je n’aime pas ces deux types, j’ai l’impression que Richard à des soucis avec eux »
Au même instant je sentis une main se poser sur mon épaule. C’était celle d’Ellie Arroway.
- Mr Poole c’est ça ?
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